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Culture / Culture

“Nulle autre voix”, de MaÏssa Bey

L’écriture pour transcender la violence

© D. R.

Victime de  ses violences,  une femme tue son mari.  Après  avoir purgé  sa peine de 15 ans de prison, elle vit enfermée chez elle, entretenant très peu de contacts avec son environnement. Un jour, une écrivaine rompt sa solitude en lui proposant d’écrire un livre sur son histoire. D’abord réticente, elle finit par accepter et découvrir que l’écriture est une thérapie et un moyen de délivrance de ses angoisses longtemps contenues.

“L’écriture m’a sauvée”, dira-t-elle, car “écrire, c’est effacer, remplacer”.  Mais pourquoi Maïssa Bey réserve-t-elle la mort comme châtiment au mari indigne ? “Dans ce livre, j’aborde la violence extrême, c'est-à-dire la mort d’un homme.” Certains critiques littéraires relèvent d’ailleurs que Maïssa Bey introduit souvent la colère dans ses romans : “Oui, il y a toujours de la colère dans mes écrits, j’écris souvent sous un coup de colère.”

Au demeurant, dans Nulle autre voix, ce sentiment se trouve justifié par le thème abordé, les violences faites aux femmes, qui est  devenu un sujet universel de grande actualité. Le constat qu’un homme puisse battre sa femme parce qu’il a un ascendant “musculaire” sur elle suscite effectivement un sentiment de colère chez n’importe quelle personne sensée.

Pour des raisons diverses, les victimes s’enferment dans le silence. Maïssa Bey choisit “d’aller au-delà du silence des femmes”. Elle aide l’héroïne du roman à comprendre son acte de tuer au lieu de simplement quitter son mari. Après, c’est un sentiment ­— que l’on peut trouver morbide — de liberté qui envahit la meurtrière lorsqu’elle franchit la porte de la prison. “Elle s’est sentie libre, n’ayant plus à obéir à un homme, à la société, à dépendre du regard des autres, du jugement des autres.”  

Contraste  puissant  choisi  par  l’auteure  pour  exprimer  l’intensité  de  la souffrance qu’éprouvent les femmes violentées. Souffrance, colère, révolte, violence extrême sont autant de sentiments que l’écriture permet de transcender  afin de permettre aux victimes de se reconstruire en exorcisant leurs peurs et leurs angoisses.

“Aux horreurs de la décennie noire, l’écriture était la seule solution, cela m’a sauvée de la folie, je me suis inventé un autre monde que celui où j’évoluais”, confie Maïssa Bey qui, en s’engouffrant dans ce genre de thématiques prisonnières des tabous de la société algérienne, pourrait être confrontée à la censure : “On n’est pas censurées, mais on est assez mal vues dans les sociétés traditionnelles, par des personnes, y compris par d’autres femmes…

J’ai été interpellée par des gens de mon entourage qui me reprochent de parler de certaines choses. Mais ce n’est pas dangereux pour l’ordre établi car cela ne s’adresse qu’aux intellectuels.” Maïssa Bey est née à Ksar El-Boukhari. Diplômée d’études universitaires de lettres à Alger, elle enseigne le français à Sidi Bel-Abbès. 

Parmi ses œuvres, on peut citer : Au commencement était la mer, éditions Marsa, 1996, Nouvelles d'Algérie (nouvelles), éditions Grasset, 1998, Entendez-vous dans les montagnes, éditions de l’Aube, 2002, Surtout ne te retourne pas, éditions de l'Aube et Barzakh, 2005, Hizia, éditions Barzakh 2015… 

Maïssa Bey a reçu  plusieurs distinctions  :  Grand Prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres en 1998, Prix Marguerite Audoux en 2001;  Prix  Cybèle en 2005 ;  Grand Prix des libraires algériens pour l'ensemble de son œuvre en 2005 ; Grand Prix du roman francophone au Sila 2008 ; Prix de l'Afrique Méditerranée/Maghreb en 2010.

Nulle  autre voix,  en  abordant  le thème de la violence  faites aux  femmes, s’inscrit dans une tendance universelle de dénonciation et de lutte contre ce phénomène que la civilisation humaine se doit d’éradiquer, sous peine d’amorcer un inexorable déclin.   
 

ALI BEDRICI
Nulle autre voix, de Maïssa Bey, éditions Aube/Barzakh,
248 pages, 2018.


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