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Culture / Actualités

“L’Enfant du diable” d’Ursula Wernly Fergui

Les orphelins de Ceausescu, la tragédie à hauteur d’homme

Une scène du documentaire © D.R

Projeté avant-hier dans le cadre du neuvième Fica (Festival international du cinéma d’Alger), L’enfant du diable, un documentaire à cheval entre le documentaire et l’enquête, revient sur le destin de ces laissés-pour-compte, les orphelins du régime de Ceausescu.

“Faites des enfants, l’État s’en occupera”, une phrase à la légèreté déconcertante, prononcée par l’ex-dictateur roumain Nicolae Ceausescun au plus fort de sa dictature. C’est aussi la citation en préambule du documentaire signé Ursula Wernly Fergui, projeté avant-hier à la salle Ibn Zeydoun dans le cadre du 9e Fica, qui suit la quête de Marion Le Roy-Dagen, une Française adoptée en Roumanie dans les années 1980. L’œuvre est moins un film historique sur le régime de l’ex-dictateur, qu’un ressenti de l’une de ces orphelins, en l’occurrence Marion, adoptée par un couple français, qui retourne dans son pays d’origine à la recherche de ses géniteurs. Digne, taciturne, impassible, voire dure, Marion Le Roy-Dagen affiche une détermination sans faille, stimulée d’ailleurs par la naissance de son fils, Pierre, qui lui donne le courage de remonter le fil de son histoire et de son enfance. Après la joie, c’est l’incompréhension qui envahit la jeune femme. Maman à son tour, elle se demande comment la sienne a pu l’abandonner ? La jeter dans la gueule du loup, dans ces orphelinats qui ressemblent plus à des casernes qu’à des lieux où des bambins pourraient s’épanouir. Au fil de cette œuvre à cheval entre le documentaire et l’enquête, on découvre que celui qui prétendait être le père de substitution de milliers d’enfants était en fait l’ordonnateur d’un “business”, qui fera gagner à l’État roumain pas moins de deux milliards de francs.
Un sentiment de malaise, de dégoût et de terreur envahit le grand écran de la salle Ibn Zeydoun. À plus forte raison, Marion et Élisabeth Blanchet, une photographe qui avait visité les orphelinats dans les années 80, découvrent toute l’étendue des horreurs commises par “le diable”, ce géniteur autoproclamé qui détruira les destins et rêves de toute une génération. Mais au lieu de s’apitoyer sur son sort, de jouer la carte de la victimisation, la jeune femme va aller, dignement et courageusement, jusqu’au bout de sa quête. Plus dans la compréhension que le jugement, elle rencontre sa mère, Ana, et son père, Nicolae, sans jamais demander d’explications ou d’excuses, parce que, dira-t-elle : “Je veux rattraper le temps qui m’a été volé, mais je sais que je ne le rattraperai jamais.” Ana, justement, tiraillée entre le regret et la confusion, tente tant bien que mal d’expliquer les raisons de cet abandon. Mais Marion, qui s’était montrée froide au début du documentaire, dira ressentir de la tristesse pour cette mère qui n’a pas eu non plus une vie facile : “Tout comme moi, elle a été victime de Ceausescu.” Si le destin a été un peu plus clément avec la jeune maman, le documentaire n’élude pas pour autant celui des autres orphelins, qui vivent jusqu’à présent dans leur chair les conséquences d’une politique destructrice, sur les plans humain, physique, psychologique et matériel. Eux, ce sont les enfants de Popricani, l’orphelinat de l’horreur, où abus sexuels et maltraitances en tous genres étaient pratiqués sur eux. Le temps semble s’être figé dans ce village qui transpire la misère. Les répercussions de ce pan tragique de l’histoire roumaine sont palpables : certains de ses enfants, devenus parents à leur tour, reproduisent le même schéma. L’une d’elle placera ses deux filles en famille d’accueil pour, dira-t-elle, “pouvoir travailler”. Un documentaire touchant, qui tente de dépasser les rancœurs et les regrets sans faire dans le misérabilisme, en donnant, au contraire, une touche d’espoir.


Yasmine Azzouz


 


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