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Culture / Culture

“1990-1995, Algérie, chronique photographique” dE Ammar Bouras

Quand l’art se réapproprie l’histoire


Publiée aux éditions Barzakh, cette série de clichés, prise entre 1990-1995, à laquelle le plasticien et photographe a voulu redonne vie, témoigne d’une Algérie en mouvement, tiraillée entre désir de liberté et revendications.

À partir d’une collection d’archives, où sont capturés les mouvements sociaux de l’Algérie des années 90-95­ – grèves, manifestations, meetings et autres marches – le photojournaliste Ammar Bouras, qui fait son entrée en la matière à l’ancien journal Alger républicain, dévoile, comme l’on dévoilerait l’existence d’un trésor longtemps dissimulé, de précieux négatifs de sa prolifique carrière dans la presse. À ce propos, Malika Rahal, historienne et chercheuse à l’Institut d’histoire du temps présent au CNRS,  écrit : “À côté des photographies prises pour la presse, il n’a jamais cessé de photographier pour lui-même, en recherche pour son travail de plasticien, mais aussi en réaction quasi instinctive à la société qui l’entoure.” Avant de poursuivre, à propos de la valeur de ces clichés : “Plus remarquable encore aux yeux de l’historienne que je suis, quelles qu’aient été les circonstances de sa vie professionnelle, il a toujours conservé tous ses négatifs, constituant une archive exceptionnelle, soigneusement ordonnée chronologiquement. Cette archive, dont je ne connais pas d’équivalent, constitue une sorte de chronique photographique de la vie du pays.” Les évènements de post-Octobre 88, les années de sang, l’ouverture du champ politique et le multipartisme, et même des évènements internationaux qui ont eu écho en Algérie sont présents et retracés, non pas par des mots, mais des clichés, tous en noir et blanc, rendant compte d’un pan essentiel de notre histoire contemporaine. Finalement, la force de ces instantanés qui deviennent des témoins de l’Algérie en marche, est de mettre, avant tout, le peuple, sa conviction, ses engagements et son abnégation. 1992, jour de mobilisation du parti de feu Aït Ahmed, le FFS, contre l’arrêt du processus électoral ; des hommes et des femmes, se mobilisant dans le calme, sont derrière quelques policiers en kalachnikov. Dans le cliché suivant, un hélicoptère survolant le boulevard du Front de mer à Alger le jour de la grande marche du FFS. La comédienne Sonia, l’écrivain Rachid Boujedra, sont aussi présents dans ce “livre-mémoire” où mouvements sociaux, politiques et arts s’entrecroisent. Plus loin, ce ne sont pas des clichés, pris sur le vif, lors de manifestions ou de rassemblements, mais celle d’une émission télévisée qui passait en pleine décennie rouge à la Télévision nationale. “I3tirafat irhabi” (Confessions d’un terroriste), est en effet diffusée avant le journal de 20h, soit à une heure de grande écoute coïncidant avec celle du couvre-feu. “Sidéré par la violence du dispositif et la terreur qu’elle installe, tétanisé par ce à quoi, impuissant il assiste, Ammar Bouras a le réflexe de prendre son appareil et de photographier les images qui se succèdent à l’écran.” Arme pointée sur la tête d’un homme, cadavre gisant à terre, témoignages d’hommes et de femmes, voilà ce que l’appareil du plasticien retient. Plus tard, Bouras “composera avec ce matériau, une peinture reprenant le titre de l’émission”. Par ailleurs, et après avoir dévoilé ses photographies, Bouras se dévoile lui-même au travers d’un entretien avec son compagnon de route et écrivain Adlène Meddi. Dans ces quelques lignes, le beauzariste revient sur la naissance de sa passion pour la photographie, qu’il découvre très tôt au collège. Et de parler de son besoin de garder les négatifs de ses travaux, en ces termes : “L’archivage, dans les rédactions, n’était pas une priorité. Ce besoin de garder la main sur mes négatifs d’en rester le propriétaire, c’était instinctif.”


Yasmine Azzouz

 1990-1995, Algérie, chronique photographique  de Ammar Bouras, Éditions Barzakh, 240 pages, 2018.



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