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Culture / Culture

…SOUFFLES…SOUFFLES…SOUFFLES…

Un musulman peut-il être laïque ?

© Archives Liberté

Qui a fait de la laïcité la bête noire à combattre dans les sociétés arabes et maghrébines ? Ce sont d’abord les marchands de religion politique qui ont inculqué la peur du “laïcisme” chez les simples fidèles. Un musulman peut-il être laïque ? Les Arabes et les Nord-Africains ne peuvent, en aucun cas, imaginer qu'un musulman puisse être laïque ! Être musulman laïque signifie que ce dernier est devenu le citoyen dans un État civil permettant l'égalité de tous ses ressortissants, loin de toutes considérations idéologiques, régionales ou religieuses. 

Être un citoyen musulman laïque ne signifie en aucun cas perdre le chemin de Dieu, mais devenir un citoyen s'opposant à l'instauration d'un “État théocratique”. Parce que dans un État théocratique, ils ne sont respectés que les citoyens qui croient en la religion de cet État. Les citoyens appartenant à d’autres confessions sont condamnés. 

Quelles sont les raisons pour lesquelles les sociétés arabes et nord-africaines sont-elles hostiles à la laïcité ? Les sociétés qui s’opposent à la “laïcité” sont caractérisées par certains facteurs socioculturels et politico-médiatiques. Dans ces sociétés, les chaînes de télévision sont un QG islamiste ou militaire. Les trois dernières générations sont victime des discours haineux des stars prédicateurs islamistes à l’image de Mohammed al-Ghazali, de Yousef al-Qaradawi, de Tariq Ramadan, de Salman al-Awda, de Aaid al-Qarni, de Mohammed al-Arifi et d'autres.

Les sociétés qui ont peur de la laïcité sont celles dont la population est dépourvue de la culture politique critique. Dans lesquelles les partis politiques dominants jouent le rôle de machine à nourrir l'hypocrisie politique et religieuse. Les chefs de ces partis défendent l’État religieux quand ils sont en poste de commandement et préfèrent vivre, sur la rive nord, dans un État laïque dès qu’ils sont marginalisés ou hors jeu ! 

La crainte de la laïcité est également causée par l’absence de la culture des lumières portée par le livre, le cinéma, le théâtre, les arts plastiques et la musique. Ainsi les intellectuels des Lumières sont la première cible du terrorisme religieux. Les sociétés qui ne lisent pas leur Histoire et n’arrivent pas à communiquer librement avec leurs symboles, ces sociétés sont habitées par la haine de la laïcité, manipulées par les marchands de religion politique.

Ainsi je me demande si les Algériens ont bien lu la personnalité du cheikh Abdelhamid Ben Badis, loin de toute mythification ? Je pense qu’à l'exception du chercheur Ali Merad (1930-2017) dans son livre “Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à1940” publié en 1967, aucun autre chercheur n’a été libéré de la légende appelée Ben Badis. 

Aujourd'hui, de nombreux Algériens croient que Ben Badis serait tombé en martyr lors de la révolution de libération ! Qu’il serait l'un des dirigeants de la révolution du 1er Novembre 1954 ! Les ulémas d’aujourd’hui ceux de l'actuelle Association des ulémas musulmans, n’ont aucun rapport avec cette personnalité. En réalité, ces adeptes sont devenus des militants du parti des Frères musulmans. Ils prêchent pour un islam étranger. 

Hurlent pour le port du voile le considérant comme le point focal de la religion, oubliant que l'épouse de cheikh Ben Badis ne l’avait jamais porté ! 
Ils luttent contre l’enseignement du français, oubliant que Ben Badis était déterminé à l’enseigner et à le défendre. Ben Badis aimait la musique, et l’association des Ulémas avait son groupe musical, et les ulémas d’aujourd’hui appellent à la lutte contre la musique. Lui adorait la scène théâtrale, et les ulémas d’aujourd'hui contestent le quatrième art le considérant comme une menterie. 

Ben Badis adorait la littérature, les ulémas d’aujourd’hui voient en elle de la “turpitude morale” ! Cheikh Abdelhamid Ben Badis était-il musulman laïque ? 
Dans les années 1930, Ben Badis a clairement appelé à la nécessité de respecter la société islamique algérienne avec sa culture et sa langue sous l'égide de l'État français laïque. Ben Badis plaidait pour une école laïque.

Dans un article publié dans le journal “Assirat”, porte-parole de l'association des musulmans algériens, du 23 octobre 1933 sous le titre “Écoles du gouvernement laïque”, Ben Badis a clairement attiré l'attention sur le respect de la laïcité, car c’est le seul mode de gestion qui respecte la diversité et la pluralité religieuse et linguistique.

N’oublions pas que cheikh Ben Badis a fermement défendu le laïque Mustafa Ataturk, en déclarant : “Oui, Mustafa Ataturk a retiré les Turcs des règles islamiques… mais il leur a rendu leur liberté, leur indépendance, leur souveraineté et leur grandeur parmi les nations de la terre.” Abdelhamid Ben Badis n'était-il pas un musulman laïc ? 
 

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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