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Culture / Culture

“Tu reviendras”, de Brahim Metiba

Une autofiction sur les tabous, l’exil et le déchirement

© D. R.

Brahim Metiba raconte des pans de sa vie à travers une fiction : “Un grand conflit oppose son Moi d’aujourd’hui  avec le Moi de son passé à Skikda… Il fouille son passé pour trouver des réponses à ses questions du présent.”

Est-il possible, pour une société conservatrice, d’admettre des idées et des attitudes non conformes à ses de valeurs établies ? Telle semble être la lancinante question que soulève ce livre de l’écrivain algérien Brahim Metiba, Tu reviendras, paru aux éditions Elyzad (Tunis) en 2019. Alors que cela relève de la normalité en Occident, peut-on imaginer qu’une famille, un voisinage ou une cité admettent sans réflexe de rejet une personne “différente” d’eux par ses choix sexuels ? En un mot, dans nos sociétés maghrébines, algérienne en particulier, un homosexuel peut-il vivre sa différence dans son environnement social en toute tranquillité ? La réponse est un “non” catégorique, suggère de prime abord Brahim Metiba.

L’auteur y raconte sa propre histoire, faisant qualifier son livre d’autofiction. De quoi s’agit-il ? “Un homme, qui vit à Paris, décide de retourner parmi les siens, après dix ans d'absence. L'Algérie lui manque, la mort de son père est imminente. Les relations sont rompues depuis l'annonce de son homosexualité. L'idée lui vient de consigner son voyage dans un journal. Écrire dans un souffle l'histoire d'un retour, pour conjurer les tourments et ne rien oublier.” 

L’homme souffre. Il peut ressentir que dans sa situation, le tourment dans sa terre natale est plus doux que la “liberté” en exil. “Mon absence avait trop duré, je ne pouvais plus fuir éternellement, il fallait revenir et affronter la situation.” Retour après dix années d’exil volontaire en France, choix imposé par la nécessité de fuir les tensions avec la famille et l’environnement à la suite de la découverte de son homosexualité. 

Pensait-il, en l’avouant à ses parents, que cette “tare” pouvait être tolérée ? “Jusque-là je croyais être homosexuel comme on a une passion pour le violon ou les timbres postaux : ça va un moment, puis ça passe, que je finirais par entrer dans le rang. Ce sont, toujours, mes mots de l’époque.” Mais l’incompréhension, résultat d’une culture ancestrale bien enracinée, le ramène sur terre. Le salut viendra de la fuite. Une dizaine d’années en France allège son fardeau mais alourdit son âme : il veut retourner au pays, chez les siens, pour affronter son destin.

Si l’appel du pays et de la famille est compréhensible, l’espoir de découvrir un changement du regard de la société sur des gens comme lui est illusoire. À part les mutations physiques de Skikda, sa ville natale, il ne décèle aucun changement dans le regard des gens. Il décide alors de repartir vers des cieux où son “anomalie” est acceptée. Exil, incompréhension, regrets, déception suscitent en lui des sentiments ambivalents : déchirement entre le désir de liberté et l’attachement aux racines, à la famille.

Ce court séjour à Skikda “est-il signe de futurs retours à la terre natale ou d’une rupture définitive ?”. Brahim Metiba raconte des pans de sa vie à travers une fiction. “Un grand conflit oppose son Moi d’aujourd’hui avec le Moi de son passé à Skikda… Il fouille son passé pour trouver des réponses à ses questions du présent.” Mais dans cette histoire où le déchirement est réel, la vraie question est la suivante : le conservatisme de notre société, adossé à la religion, est-il irrémédiable ou pourrait-il s’ouvrir un jour au débat sur des questions relevant aujourd’hui d’un tabou absolu ?

Figurant parmi les nouveaux noms de la littérature algérienne, Brahim Metiba, né en 1977 à Skikda, compte quelques publications parmi lesquelles Ma mère et moi en 2015 aux éditions Manconduit (prix Beur FM), Je n’ai pas eu le temps de bavarder avec toi (même éditeur, 2015), La voix du Papagéno (Elyzad, 2017).
 

ALI BEDRICI
Tu reviendras, de Brahim Metiba, éditions Elyzad, 2019.

 


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