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Colloque international consacré à l’écrivain Rachid Mimouni

Une écriture imprégnée de la société

Benaouda Lebdaï, aux côtés de Habib Tengour lors du colloque. © D.R.

Les conférences se sont poursuivies au premier jour du Colloque international consacré à Rachid Mimouni, organisé les 28 et 29 novembre dernier à la Maison de la culture éponyme de Boumerdès, où les intervenants sont revenus sur son écriture, marquée par le quotidien des Algériens et leurs rapports aux autres.

Lors de l’après-midi de la première journée du Colloque international sur Rachid Mimouni, les intervenants se sont tour à tour penchés sur la place de cet écrivain dans le champ littéraire algérien ou encore les marques de l’écriture “mimounienne” souvent rattachée au quotidien des Algériens, notamment les moins bien lotis d’entre eux. Évoquant la place de Mimouni dans la littérature nationale, Benaouda Lebdaï est revenu sur “l’autorité de l’écrivain” et son influence sur la génération de la post-décennie noire. Pour Lebdaï, “une nouvelle vague de romanciers, comme Maissa Bey, Abdelkader Djemaï ou encore Kamel Daoud” se réfèrent à Mimouni pour son écriture réaliste, influencé à son tour par le réalisme russe, “une écriture proche du peuple et de son vécu”. Les personnages “mimouniens” sont inspirés de cette réalité algérienne, de son village, Boudouadou et de toute l’Algérie, a expliqué le professeur. À partir de ce terreau social, il créera sa fiction, passant ainsi du “réalisme formaliste” au “réalisme magique”. L’autre influence de Mimouni sur la génération des écrivains des années 1990 concerne l’engagement, au “sens sartrien” explique Lebdaï, notamment avec son essai De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier. “C’est à ce moment-là qu’il est devenu une autorité”, argumente le conférencier. Et d’ajouter : “La position de Kamel Daoud est dans cette ligne-là. Dans l’inconscient des intellectuels qui sont venus après, il a laissé cette trace de révolte, et elle transparaît dans les positions de ces mêmes auteurs aujourd’hui.”
L’oralité, socle de l’écriture
de “Tombéza”
Cette réalité que transpose l’auteur de Tombéza dans son écriture et qui garde en son sein les socles de l’identité algérienne, à savoir l’oralité, la langue, les traditions, éléments qui instaurent une complicité culturelle entre lecteur et personnage, était aussi le sujet de l’intervention du professeur et auteur Mansour Benchehida. Intitulée “La scénarisation sociétale en littérature, cas de Rachid Mimouni”, la communication portait sur l’aptitude de Mimouni à toucher le lecteur grâce à l’introduction d’un langage abreuvé en grande partie par l’oralité. “Il était un fabuleux meddah. Dans L’honneur de la tribu à la page 11, il entame le récit exactement comme le ferait un meddah maghrébin traditionnel.” Mais encore faudrait-il qu’il ait assez de talent et de savoir pour réussir à capter son lecteur avec un chant libre. Pour lui, “il plaçait une interface entre le narrateur et celui qui écrit, parce qu’il était très conscient de la problématique de la langue. Il s’agissait de savoir comment écrire en français et traduire cela en langue algérienne”. Par ailleurs, le conférencier exhorte, en tenant compte du réalisme des écrits de Mimouni et de leur capacité à en rendre compte, à les adapter en pièces théâtrales, voire au cinéma et à l’audiovisuel, car “ils sont scénarisés, saisissants de vie et imprégnés de notre quotidien”.

L’Autre dans l’écriture mimounienne : entre rejet et acceptation
Issu lui-même d’une famille de paysans, Mimouni attire l’attention sur la situation du paysan dans Une paix à vivre, selon Fatima Brahimi, tout en dénonçant le regard du citadin “qui combine ségrégation de classe et ségrégation culturelle”. À travers cette confrontation paysan-citadin, l’auteur tente aussi de dire, expliquait la communicante, que “le paysan a plus souffert de la guerre et de la misère que le citadin”. À travers ce mécanisme scripturaire, “il tentait d’effacer l’image ou la représentation négative que l’on a du paysan”. Dans Tombéza, les rapports du personnage principal avec sa société, “un référent” au travers duquel l’altérité ne peut s’opérer, sont d’autant plus compliqués. Il est le fruit d’un viol, son grand-père et les siens le rejettent. “Il n'existe pas d'altérité entre Tombéza, sa famille et la société. Sa mère et lui sont privés de leur humanité”, précisait Nawel Krim, dans sa communication “Les miroirs brisés de l’altérité dans Tombéza”. Par ailleurs, l’existence du personnage ne se fera paradoxalement, expliquait-elle, que grâce à une autre femme, Malika, son épouse. Si au début elle le rejette, à cause de ses difformités, sa patience et son refus de quitter le domicile conjugal apporteront à Tombéza un certain apaisement quant à ses rapports sociaux.


Yasmine Azzouz