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Culture / Culture

“L’Art de perdre”, un roman d’Alice Zeniter

Une fresque romanesque puissante et audacieuse

© D.R.

Lauréate du Prix Goncourt des lycéens 2017 et, la même année, du Prix du journal Le Monde et le Prix Landerneau du roman. L’Art de perdre figure parmi les meilleures ventes en France, en 2017 et 2018, et a été publié en livre de poche en 2019.

De père algérien et de mère française, Alice Zeniter est une romancière, traductrice, scénariste, dramaturge et metteuse en scène. Son roman L’Art de perdre (Flammarion 2017) obtient le Prix Goncourt des lycéens 2017 et, la même année, le Prix du journal Le Monde et le Prix Landerneau du roman. Il figure parmi les meilleures ventes en France en 2017 et 2018, et a été publié en livre de poche en 2019. Ali, père de famille prospère, s'engage dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale. À son retour, il retrouve sa famille dans la même opulence, mais des bouleversements se profilent. La guerre d’Algérie éclate. À partir de là, Alice Zeniter, très bien documentée, déroule la succession d'évènements historiques, toujours racontés à travers le prisme de la famille d'Ali : la montée du FLN, la façon dont les Français ont instrumentalisé les harkis, les massacres, les attentats, les accords d'Évian, l'exil, le racisme et les humiliations. À la fin de la guerre, “les partisans de l'indépendance ne pardonnent pas à Ali et à ceux qui ont combattu dans l'armée française… L'Algérie les appellera des traîtres. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil”. Est-ce à ceux-là qu’Alice Zeniter veut donner la parole ? “En faisant le choix de la fiction, j’ai préservé ceux qui n’avaient pas envie de parler”, a-t-elle écrit. Dans “cette fresque romanesque puissante et audacieuse”, la romancière veut retraverser les trajectoires des générations d’avant pour voir que tout ce qui est naturel à Naïma (la jeune héroïne du livre) a été une découverte, un apprentissage, parfois douloureux, pour son père et son grand-père. “C’est un sujet que je creuse depuis longtemps. Plusieurs générations d’une famille, quand bien même elles seraient liées par le sang et par une vie commune, peuvent avoir des outils de pensée, pour comprendre le monde, tellement différents qu’il y a un fossé insurmontable. Il n’y a pas de famille qui ne soit un conflit de civilisation”. Mais cette problématique n’est pas propre à la famille du roman de Zeniter, elle concerne une large proportion des nouvelles générations issues de l’immigration, déchirées entre la culture de leur époque et celle de leurs aïeuls. Alice Zeniter “condamne le poids que la société fait peser sur cette nouvelle génération”. Il est aussi des silences qu’elle cherche à briser : d’abord “ces pages tues de l'histoire des harkis, que ce soit pendant la guerre en Algérie, et puis ensuite dans les camps de transit et de reclassement où on les a parqués à leur arrivée en France, mais pas uniquement (...). C'est aussi le silence de ce que veut dire être immigré, le silence de ceux qui arrivent dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, dont ils ne possèdent pas les codes ; le silence de cette population qui est tenue hors de la parole, et hors de la littérature de manière encore plus évidente”.
 

Ali BEDRICI

L’Art de perdre, d’Alice Zeniter, Flammarion, 2017, publié en 2019 en livre de poche, 600 pages.


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