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editorial / ACTUALITÉS

Et la fille-justice ne tua pas le père-système

Après dix jours de grève, les magistrats ont mis fin à leur fronde immédiatement après la survenue d’un fait qui était plutôt de nature à exacerber leur colère : l’intervention musclée de la force publique à l’intérieur même de l’enceinte de la cour d’Oran où des juges, hommes et femmes, ont été malmenés, voire violentés. La péripétie a choqué à travers tout le pays, et au-delà de la corporation, mais aussi à l’étranger. Et, de fait, la vague d’indignation qui s’en est suivie a vite donné lieu à un élan de solidarité miraculeux. Miraculeux, car quelques heures auparavant, un tel soutien populaire, même s’il était quelquefois prudent et souvent mitigé, ne pouvait être espéré par un corps professionnel qui, disons-le sans détour, avait totalement perdu la confiance des citoyens-justiciables. 
Mais il était dit que les juges n’allaient pas saisir l’opportunité de ce début de “retour en grâce” pour s’atteler à la construction d’une relation rénovée avec la société, avec le peuple au nom duquel ils énoncent leurs verdicts. Au nom d’autres choix qu’ils auraient faits en toute conscience, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, ou en raison de trop fortes pressions qu’ils auraient subies, les magistrats ont abandonné la partie. Et, du même coup, ils ont sacrifié, même s’ils en parlent encore, la seule revendication qu’ils partageaient avec les citoyens-justiciables toutes catégories confondues : l’indépendance de la justice qu’ils brandissaient, pourtant, comme une exigence cardinale, une priorité absolue. Au sein de l’opinion, ce revirement a été immédiatement perçu comme le reniement d’un serment. Il fait l’effet d’une douche froide. Et nous rappelle alors une amère réalité : l’institution judiciaire ne peut se détacher et encore moins s’affranchir, du système politique qui, parce qu’il l’a enfantée et formatée par besoin, s’efforcera toujours de la maintenir dans son giron s’il veut rester en vie. Le fonctionnement de l’appareil judiciaire, son action quotidienne, ses poussées de fièvre syndicale, ses indisciplines occasionnelles et même ses révoltes sporadiques sont déterminés, pour toujours et à jamais, par le code non écrit du fonctionnement bien rodé du système. La Justice, comme les autres secteurs de la vie institutionnelle, a toujours souscrit et obéi à ce code, et celui-ci est encore en vigueur. 
Moralité d’une grève de dix jours qui, après avoir été qualifiée de “rébellion” par la tutelle, a pris fin au prix d’un accord qui ressemble à un marché de dupes : la fille-justice n’achèvera pas le père-système. Elle n’ira jamais jusque-là. 


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