La philosophie du système toujours de mise

Pendant que les étudiants et d’autres citoyens s’égosillaient hier, par milliers, dans les rues d’Alger et d’ailleurs, pour redire leur rejet d’un processus électoral lancé à la hussarde, les textes devant encadrer l’élection présidentielle voulue “dans les plus brefs délais” étaient adoptés en commission à l’Assemblée nationale. Cela suffit sans doute à rendre compte, si besoin est, des difficultés qui attendent la mise en œuvre concrète dudit processus électoral et du risque d’avortement, bien réel, qui le guette. Le pouvoir ne l’entend manifestement pas de cette oreille, lui qui, par la voix du chef d’état-major de l’armée, puis par celle du chef de l’État par intérim, affirme que l’élection présidentielle est une “revendication insistante du peuple”. Une affirmation que l’Assemblée nationale s’apprête donc à faire sienne en votant les textes législatifs élaborés aussi vite que de besoin par le panel de Karim Younès et adoptés lundi en Conseil des ministres. Pour la petite histoire, ce sera la seule et unique implication de cette Assemblée dans le débat politique depuis l’entame de la révolution du 22 février ! 
Ce seul fait suffit à disqualifier complètement le Parlement et à le tenir à l’écart de toute initiative de sortie de crise. Surtout lorsque, au moment même où il exécute sa part d’une feuille de route politique rejetée par le peuple, ce même Parlement apprend que plusieurs députés et sénateurs sont réclamés par la justice. Eh bien ! non : avant de perdre leur immunité parlementaire et de rendre des comptes, ces parlementaires, du moins certains d’entre eux, comme ceux qui, par ailleurs, sont de purs produits de la fraude électorale, vont participer à la confection des lois devant garantir une vraie élection présidentielle ! 
Sans doute plus que le gouvernement Bedoui, l’implication du Parlement, dont on connaît le manque de représentativité et de légitimité mais aussi l’omnipotence de la majorité FLN-RND qui y fait la pluie et le beau temps, sera un boulet de plus pour le processus électoral engagé au pas de charge, sans vrai consensus et sans vrai dialogue, quoi qu’en dise Karim Younès.
N’aurait-il pas été plus judicieux d’opter pour une transition négociée et rigoureusement encadrée au lieu d’engager ainsi un processus politique incertain, voire exposé à un risque d’avortement ? Et qui, parce que conduit au forceps, ne changera sans doute pas grand-chose à la donne politique actuelle ? Le pouvoir a fait son choix. Celui qui lui convient le mieux. C’est que, dans cette phase historique qui commande les remises en cause les plus audacieuses, la philosophie du système a encore une fois prévalu.