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Économie / Entreprises

Mourad Goumiri, Expert financier

“Il y a effectivement des coûts apparents et des coûts cachés”

© Archives/Liberté

Liberté : La polémique au sujet de l’acquisition par Sonatrach de la raffinerie d’Augusta est relancée de plus belle cette semaine, suite à l’analyse postée par Petrostrategies et dans laquelle le montant de cette reprise, proche de “725 millions de dollars”, était considéré comme “surpayé”. Quel est votre commentaire ?
Mourad Goumiri : Le terme “surpayé”, utilisé par la revue Petrostrategies, n'est ni économique ni financier, une évaluation sérieuse aurait dû déterminer le montant de la transaction par rapport à son prix sur le marché et indiquer la “différence” supposée. Seule une expertise pointue d'un bureau d'évaluation peut réaliser ce travail et tirer les conclusions adéquates. Les compagnies d'assurance et de réassurance internationales (Lloyd's) qui assurent le complexe peuvent, à juste titre, entreprendre une évaluation et donner un prix proche de la réalité du marché. Toutes autres démarches ne sont que spéculatives et prêtent à caution. 

Au   montant  de  la  transaction s’ajouteront  d’autres  engagements,  dont la   couverture  des dépenses immédiates  de mise  en conformité  avec les normes environnementales (décontamination des sols) et la remise en l’état des installation vieilles de sept décennies et pour lesquelles un emprunt a été contracté auprès des Saoudiens. Sommes-nous devant un véritable scandale financier dont les secrets ne sont pas encore totalement connus ?
Il y a effectivement des coûts apparents et des coûts cachés que vous avez cités et d'autres encore moins apparents comme le coût d'opportunité de l'opération et le bilan coûts/avantages qui n’apparaissent nulle part. L'âge des installations ne doit pas être apprécié uniquement à partir de la date du début de sa mise en exploitation (1950), il faut évaluer les investissements réalisés durant toute sa période d'exploitation, notamment les technologies chimiques introduites pour le raffinage des qualités de pétroles traités, notamment ceux lourds, pour la réalisation d'une gamme de produits commercialisables pour le marché algérien et à l'exportation. C'est donc une expertise fine qui devra être réalisée par un bureau spécialisé de haute volée. 

Pourquoi la justice ne s’autosaisit pas sur cette affaire qui s’apparente à une gestion pour le moins hasardeuse du secteur de l’énergie ?
Je ne suis pas magistrat pour répondre à cette question, mais je reviens, à chaque fois que l'on aborde le secteur stratégique de l'énergie, sur le rôle qu'aurait dû jouer le Conseil national de l'énergie, présidé par le président de la République, qui ne s'est plus réuni, depuis vingt ans, nonobstant la qualité des ministres ou des PDG de Sonatrach qui se sont succédé. Les décisions, les montants et les engagements sont trop importants pour les laisser entre les mains de deux ou trois décideurs de second degré. Une décision collégiale, concertée et experte est nécessaire dans ce cas d'espèce, c'est malheureusement ce qui n'a pas été fait, et aujourd'hui on ne voit que les conséquences qui me semblent irréversibles ! 

Quant à la création d'un Fonds souverain et de sa nécessité, lorsque notre pays avait engrangé quelque 200 milliards de dollars de réserves de changes, il me semble qu'il y avait là une opportunité qui nous aurait permis de réaliser un certain nombre d'investissements à l'étranger pour à la fois les rentabiliser et approvisionner le marché national en produits de large consommation (dérivés du pétrole et du gaz), impossibles à réaliser sur place pour des raisons techniques et commerciales. Cette opportunité a été ratée, il faut en tirer toutes les conséquences économiques et financières. Quant à la justice, elle a son propre agenda que je ne me permettrais pas de commenter. 

Selon les experts, le raffinage du brut algérien à l’étranger coûterait plus cher au pays, alors qu’il aurait  fallu  le raffiner en Algérie.  Se  posera évidemment  la  question  de  savoir  pourquoi  Sonatrach  s’était-elle engagée dans un tel investissement... 
Le pétrole algérien (brut léger) n'est pas éligible au raffinage dans cette entreprise qui traite en général des pétroles lourds pour produire notamment des bitumes et autres produits dérivés. À l'évidence, on ne pouvait pas attendre que notre pétrole puisse être raffiné dans cette entreprise. Or notre pays importe des produits issus du raffinage de pétroles lourds, d'où le problème de l'opportunité d'acheter ou pas cette raffinerie, et une évaluation coûts/avantages aurait dû être initiée, en toute transparence, ce qui n'a pas été le cas !

Quant à la réalisation, en Algérie, d'une raffinerie pour le traitement du pétrole algérien, à cet endroit également le calcul économique et financier et la vision stratégique sur le secteur énergétique (l'amont et l'aval) doivent concourir, seuls, à la prise de décision finale, dans un cadre collégial (CNE) et dans la transparence la plus totale.

Il ne faut pas perdre de vue que la consommation domestique en produits pétroliers et gaziers augmente de manière exponentielle, et il est donc impératif de mettre à niveau le potentiel existant (revamping) et éventuellement d'investir dans de nouvelles raffineries, mais en même temps de prendre en charge le problème de prix relatifs et donc des subventions. 
 

Propos recueillis par : Ali Titouche 


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