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Économie / Entreprises

Acquisition de la raffinerie italienne Augusta

L’autre scandale Sonatrach…

© D. R.

En plus du montant brut versé à ExxonMobil, Sonatrach devrait engager d’importants investissements pour permettre à Augusta de fonctionner. 

Ce qui a été présenté comme une des prouesses réalisées par Sonatrach à l’étranger pourrait  en réalité être une affaire  qui empoisonnerait  le groupe Sonatrach dans les années qui viennent. L’acquisition par le groupe public de la raffinerie italienne Augusta, qui était d’ailleurs dénoncée par de nombreux experts, est encore loin d’avoir livré tous ses secrets, puisque, cette semaine, Petrostrategies vient d’en rajouter une couche.

Au caractère “ombrageux” de cette opération et à “l’opacité juridique totale” qui  l’avait  caractérisée,  relève  Nasr Eddine Lezzar,  avocat  d’affaires, Petrostrategies évoque dans sa dernière publication, diffusée cette semaine, une acquisition à coups de 725 millions de dollars, un montant jusqu’ici jamais divulgué par Sonatrach et les autorités en charge du secteur de l’énergie.

La page des coûts n’est pas pour autant tournée puisque, à  ce montant  brut versé au profit du groupe américain ExxonMobil, la compagnie publique des hydrocarbures devrait engager d’importants investissements pour la mise en conformité d’Augusta avec les normes environnementales, sa réhabilitation et son entretien annuel, ainsi que pour la “prise en compte de stocks de produits qui n’appartenaient déjà plus à la raffinerie”. “Au total, un coût réel qui dépasserait très largement 

1  milliard  de  dollars.  Sans compter  les  investissements  de  conformité environnementale à venir et les pertes d’exploitation. Car l’usine achetée est ‘structurellement déficitaire’, selon les experts. Ce qui explique pourquoi, depuis son acquisition, Augusta n’est maintenue à flot que moyennant des apports de fonds de Sonatrach, sans perspective de rétablissement des comptes”, lit-on dans l’analyse postée cette semaine par Petrostrategies.

Augusta risque de devenir un gouffre financier et représenterait un véritable cauchemar pour les responsables ayant validé la transaction sans qu’aucune étude soit préalablement exigée. Même les Italiens s’étaient étonnés de la précipitation de Sonatrach à acquérir une installation vieille de sept décennies et pour laquelle ExxonMobil n’a pas réussi à trouver acquéreur depuis 2015.

C’est  que la  raffinerie  était   structurellement  déficitaire et  sans   viabilité économique réelle. D’ailleurs, peu après son acquisition, alors qu’elle n’a pas encore réellement fonctionné, Sonatrach s’endette à hauteur de 250 millions de dollars auprès de l’institution financière saoudienne Arab Petroleum Investments Corporation (Apicorp), pour les besoins de sa raffinerie d’Augusta. 

Des zones d’ombre subsistent
Cet emprunt, apprend-on, servira à financer l’entretien de la raffinerie, mais aussi à l’approvisionner en pétrole saoudien, acheté à Saudi Aramco au moyen  d’une  lettre  de  crédit  ouverte par Apicorp. Initialement,  cette acquisition était destinée à traiter à la fois du Sahara Blend (pétrole algérien) ainsi que du fuel résiduel issu de la raffinerie de Skikda, à en croire les précédents responsables de Sonatrach.

L’ancien  patron  de  Sonatrach  Abdelmoumen  Ould Kaddour  et  ses collaborateurs ont été assez prolifiques, sans convaincre, sur l’opportunité contestée de cette opération, dont le respect des procédures n’a pas été convenablement clarifié.

De son côté, l’actuel ministre de l’Énergie, Mustapha Guitouni, avait mentionné l’approbation de l’opération par le conseil d’administration de Sonatrach, mais ni lui ni Abdelmoumen Ould Kaddour n’ont évoqué l’approbation par le Conseil de la monnaie et du crédit, conformément au texte de l’ordonnance du 29/09/2014 fixant les conditions de transfert à l’étranger de capitaux au titre de l’investissement à l’étranger par les opérateurs économiques de droit algérien.

Ce texte précise que ces opérations sont soumises à l’approbation du Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie qui, de l’avis de Me Nasr Eddine Lezzar, requiert dans le dossier qui doit lui être soumis le procès-verbal de délibération de l’assemblée générale extraordinaire ou de l’organe habilité à approuver ce genre d’opérations. “Il faut ajouter que la réalisation de cet investissement et sa rentabilité sont censées être régulièrement et rigoureusement contrôlées par le Conseil de la monnaie et du crédit”, estime notre interlocuteur.

Selon lui, cette opération, qui s’apparente à un cas de gabegie flagrant, “s’est déroulée dans une opacité juridique totale”. “La commission chargée de la lutte contre la fraude et le transfert illicite des capitaux vers et à partir de l’étranger ainsi que la justice devraient s’intéresser à ce dossier. Des éléments sérieux laissent planer les suspicions d’une immense opération de transfert illicite de capitaux algériens vers l’étranger”, estime Me Nasr Eddine Lezzar.

Plus globalement, sur les montants engagés ainsi que sur les investissements à injecter dans Augusta, la nature des accords conclus pour son approvisionnement en brut et en apports de fonds, ceux conclus avec ExxonMobil, d’importantes zones d’ombre subsistent. Le gouvernement et la justice qui prétendent vouloir rompre avec les pratiques du passé sont réellement mis en demeure quant à cette gestion hasardeuse des deniers publics. 
 

Ali Titouche


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