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A la une / Environnement

Le Canal mer Rouge-mer Morte

Est-ce la seule alternative pour sauver la mer mythique ?

La masse volumique de l’eau de la mer Morte (1 240 kg/m3) est telle qu’un être humain peut y flotter. ©D. R.

Après plus de dix années d’études et de pourparlers entre Jordaniens, Israéliens et accessoirement les Palestiniens, les trois gouvernements ont signé un accord le 9 décembre 2013 à Washington pour le démarrage des travaux du méga-canal qui doit coûter 10 milliards de dollars pour relier la mer Rouge à la mer Morte. L’étude, à elle seule, s’élevait à 16 millions de dollars.

Le projet vise à suppléer la baisse continue du niveau de la mer Morte qui perd un mètre chaque année. A un tel rythme, son assèchement total est quasi inévitable à l’horizon 2050. Le canal envisagé peut drainer jusqu’à 2 millions de m3 d’eau par an. Les stations de dessalement prévues tout le long des 180 km du tracé fourniront de l’eau (800 millions de m3 par an) pour une région qui souffre d’un dramatique stress hydrique. Il est aussi prévu de produire de  l’électricité en profitant du dénivelé de 400 mètres (gravitation) entre les deux mers (la mer Morte est à 427 mètres en dessous du niveau moyen de la mer). Sur un autre plan, le site mythique recèle un héritage culturel très important et un rôle écologique majeur pour les oiseaux migrateurs, africains notamment.
La première phase du projet a été lancée par la Jordanie et Israël, le 26 février 2015 en l'absence de l'Autorité palestinienne. Un accord a été signé pour commencer la mise en œuvre des travaux à travers la construction d'une usine de dessalement de l'eau de la mer Rouge à Aqaba  au nord de la Jordanie. Il semble que les Palestiniens ne se sont présentés en décembre à Washington que sous la forte pression des USA et de la Jordanie. Mais ceci est une autre histoire. Une chose est sûre, le tarissement continue de la mer Morte n’est pas le fait du réchauffement climatique ; à cause de la salinité exceptionnelle de son eau (près de 10 fois plus que la moyenne des autres mers et océans), elle ne perd que peu d’eau par évaporation. Le déclin est la conséquence du détournement par Israël du fleuve Jourdain, son principal affluent et, accessoirement les Jordaniens (10%). Les apports de la vallée du Jourdain à cette mer intérieure sont passés de 1 350 millions de m3 par an, à 1 250 dans les années 50, 450 en 1975 et 290 en 2000. Mais ce n’est pas la seule raison. Cette mer fait les frais des industries minérales qui y trouvent du potassium, du magnésium et du brome en grande quantité. Les procédés d’extraction entraînent une ponction annuelle de 800 millions de mètres cubes d’eau ! Ainsi le déclin de la mer est imputable à 35% aux industries. Plusieurs interrogations sur les impacts environnementaux et sociaux de cette réalisation demeurent encore sans réponse. En particulier : que deviendra le capital géologique unique au monde de la mer Morte ; son eau contient 32% de minéraux contre 3% en moyenne pour les autres mers. Sur les 21 minéraux répertoriés, 12 n’existent nulle part ailleurs. Quels impacts aura le pompage de grandes quantités d'eau sur les fragiles récifs coralliens du golfe d’Aqaba?  Pour le Dr Bassam Hayek de Royal Scientific Society (RSS) de Jordanie qui est l’un de ceux qui ont piloté l’étude d’impact socio-environnementale, “prélever de grandes quantités d’eau dans le golfe d’Aqaba, au nord de la mer Rouge, ne serait pas sans conséquence sur son écosystème. L’appel d’eau créé par le canal va engendrer des courants ainsi qu’une turbidité qui modifiera l’écosystème du golfe d’Aqaba”, prévient-il. Que se passera-t-il une fois la mer Morte  “remplie” et ne peut plus recevoir la saumure de dessalement générée par les activités de dessalement du projet ? L’injection de plus de 300 millions de m3 d’eau par an pourrait par exemple favoriser la prolifération d’algues rouges et entraîner la formation de gypse blanc. Des nappes phréatiques pourraient également être contaminées par de l’eau de mer. D’autres questionnements relatifs au tourisme cultuel et de cures ­­— de nombreux croyants d’Europe, en particulier des personnes de troisième âge effectuent des pèlerinages sur le site —  qui permet de maintenir une activité économique intense sur le pourtour de la mer Morte sont aussi sans réponse.
Mais ce qui inquiète le plus est que l’on ait procédé au démarrage des travaux alors que les préoccupations environnementales soulevées n’ont pas fait l’objet d’une évaluation indépendante et approfondie des alternatives possibles telles que la réhabilitation du Jourdain pour enrayer le déclin de la mer Morte.
Enfin, la mer la plus salée du monde a toujours été alimentée par de l’eau douce. L’ONG Friends of the Earth Middle East (FoEME) estime qu’“introduire de l’eau salée en grande quantité perturbera automatiquement l’écosystème de la mer Morte”. Attendons pour voir.

R. S.


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