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Économie / Grand Angle

Change parallèle

Inquiétude et morosité au square Port-Saïd

© D. R.

Le square Port-Saïd, le vaste marché parallèle de change d’Alger, commence la journée de ce premier mercredi du mois de novembre dans le calme. Ni l’effervescence ni le dynamisme qui caractérisaient habituellement cet espace des cotations informelles ne sont au rendez-vous. Les centaines de cambistes clandestins qui attiraient auparavant les passants en quête de devises le long de la rue Abane-Ramdane, se comptent en cette matinée sur les doigts d’une seule main.

La panique née de l’ambiguïté entourant la note  publiée en début de semaine par la Banque d’Algérie sur les limitations des dépôts bancaires en devises semble avoir un impact direct sur ce le marché  parallèle. Une thèse confirmée par les changeurs informels qui se regroupent quotidiennement à l’un des carrefours de la rue de la Liberté. “Nos ventes commencent à baisser. Nous qui avons l’habitude de vendre entre 4 000 et 7 000 euros, voire plus, dans la journée, nous contentons actuellement de quelques centaines d’euros.

Les clients n’achètent plus au-delà de 900 euros car ils ne peuvent justifier un montant égal ou supérieur à 1000 euros”, déclare Salima, la quarantaine qui tente de captiver des clients, de plus en plus rares sur les lieux. “Avec cette nouvelle loi, les clients préfèrent acheter 900 euros pour pouvoir les verser en toute quiétude à la banque”, juge-t-il. Une décision qui n’arrange guère ce monnayeur qui se voit ainsi obligé de baisser ces taux pour pouvoir liquider les devises en sa possession. Constat : l’offre dépasse nettement la demande sur cette place financière illicite et le taux de change risque de baisser davantage. 

Baisse de l’activité
Une tendance baissière des cotations parallèles commence à s’enclencher progressivement à cause de la panique créée par l’instruction de la banque centrale sur la limitation des dépôts bancaires en devises à seulement 1000 euros, bien que le ministre des Finances ait précisé par la suite que celle-ci ne concernait que les étrangers. Le doute et les appréhensions avaient déjà gagné tout le marché parallèle des changes. Le bénéfice que ces cambistes réaliseraient avant en une journée, ils l’engrangent désormais en trois. Un rythme dissuasif pour les plus entreprenants d’entre eux. Ce qui pousse les acheteurs à patienter pour bénéficier d’un taux encore plus bas et avantageux.

Aberdare, un barbu, d’une soixantaine d’années, reste le plus actif parmi ses “collègues”. Il ne cesse de faire des va-et-vient entre quelques personnes, des clients potentiels et sa voiture qui sert de coffre-fort d’où il puise ses liquidités. On le voit se déplacer avec des liasses de billets aux couleurs multiples amassés dans un sachet en plastique devant le regard apathique des policiers. Quel est le taux pratiqué en ce moment ? À cette coutumière question, il répond très spontanément : “À l’achat, 100 euros sont à 19 800 DA et pour la vente à 20 000 DA.” Ici, les gérants de ces “bureaux de change ambulants” sont stoppés net dans leur élan. Le recul qu’enregistre présentement le marché risque d’influer très négativement sur l’évolution de leurs affaires. 

Des cambistes inquiets !
En effet, une bonne partie de ces cambistes exerce une autre activité commerciale toute aussi informelle. Ce sont tous des commerçants en noir, qui importent avec leurs devises, des mobiles à partir de Dubaï et de Turquie et qu’ils revendent en Algérie sur les marchés dédiés à ce commerce. Or, cette nouvelle donne du marché des devises fausse quelque peu leurs calculs. Désormais, ils craignent de ne plus pouvoir transporter avec eux, tel qu’ils avaient l’habitude de le faire, des sommes en devises dépassant les 5000 ou 7000 euros, car ils ne peuvent en justifier l’origine. 

Ils ne peuvent de ce fait prendre le risque d’être débusqués par les agents douaniers lors de leurs déplacements à l’étranger. Malgré l’actuelle tendance à la baisse des cours sur le marché parallèle, les revendeurs en devises continuent néanmoins de nourrir l’espoir de voir le marché se reprendre avec le lancement de l’importation de véhicules de moins de trois ans. Reste à savoir quelle parade prépareront les acteurs de ce marché noir, notamment les plus gros vendeurs, ceux qui s'adonnent à la surfacturation de l'importation et à l’évasion fiscale… ?

 

Badreddine Khris


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