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Économie / Grand Angle

Sid-Ahmed Ghozali, ex-premier ministre (1991-1992)

“La participation de la population à la décision est plus que jamais nécessaire”

© D.R.

Dès la mort de Boumediene on est entré dans un cycle de mensonges d’État en trompant les gens sur la réalité de la problématique de l’endettement. Une définition préalable de la l‘endettement : si une famille s’endette pour ouvrir un commerce ou un atelier qui va constituer une nouvelle source de revenus, elle s’enrichit et l’emprunt sera remboursé sur les revenus nouveaux ainsi constitués grâce à l’emprunt. Si la même famille s’endette pour “craquer” l’argent emprunté dans des fiestas dispendieuses, elle s’appauvrit et finit par se ruiner. Car faute de revenus nouveaux, elle va emprunter pour rembourser des échéances, cela s’appelle la cavalerie. 

Il y a donc le bon endettement qui consiste à emprunter pour développer le pays en investissant aux fins d’augmenter la richesse de l’économie nationale. Et il y a le mauvais endettement qui consiste à boucher artificiellement les déficits extérieurs et intérieurs. C’est ce que s’apprête à faire le pouvoir à l’instar de ce qu’il a fait au lendemain de la mort de Boumediene. La hausse aussi soudaine que brutale de la dette externe, au lendemain de la mort du président Houari Boumerdiene, “a précipité les évènements de 1988”, estime l’ancien Premier ministre, Sid-Ahmed Ghozali. Invité par Liberté à témoigner sur les premiers emprunts extérieurs de l’Algérie et leur gestion par les gouvernements qui étaient à la manœuvre dans les années 1980 et 1990, Sid-Ahmed Ghozali estime que le “malheur a commencé après la mort de Houari Boumediene quand un petit groupe d’apprentis sorciers a mis dans la tête du nouveau chef de l’Etat que pour dépasser Boumediene il devait noircir le bilan de ce dernier. D’où les slogans tels que “Boumediene nous a laissé un pays ruiné par la dette”. 
Or, la dette héritée de Boumediene “était consacrée entièrement au développement et le ratio du service de la dette par rapport aux revenus était de 16%. Taux reconnu internationalement comme très raisonnable”. “Les prix du pétrole ayant grimpé (pour cause de révolution islamique iranienne) de 12 à 20, puis de 31 à 42 dollars, le pouvoir mu par des motivations purement politicardes fait croire au peuple qu’il l’avait libérer de l’endettement en remboursant par anticipation les emprunts précédents tout en s’adonnant sans compter à importer des produits de consommation (réfrigérateurs, bananes etc)…tout cela au détriment des investissements productifs”. Et c’est ainsi que le Plan anti-pénurie a été créé. L’idée était aussi d’en finir avec les “pénuries de l’ère Boumediene”. “Je me rappelle que l’on avait arrêté le projet de GNL 2 et transféré les 500 millions de dollars de crédits canadiens qui étaient affectés à ce projet vers la construction du centre de loisirs environnant le Maqam Echahid”, témoigne Sid-Ahmed Ghozali. Le Premier ministre de l’époque clamait haut et fort que l’économie algérienne “faisait mieux que les Américains” (sic) et que “la dette avait été entièrement annulée” ! Voilà que, patatras, les cours du brut amorçaient dès 1985 une dangereuse dégringolade et la stratégie privilégiant l’importation au détriment de l’investissement vacillait. Au lendemain du choc pétrolier de 1986, “l’on était dans l’obligation d’emprunter pour consommer avec une échéance de 1 à 2 ans. L’engrenage s’était révélé inévitable car, en plus des emprunts pour la consommation, on s’endettait aussi pour rembourser la dette qui arrivait à échéance”. “Le gouvernement Brahimi négociait l’endettement en cachette, laissant le peuple dans une ignorance totale. Au lendemain du 5 octobre 88, le gouvernement est démis et remplacé par le gouvernement Merbah (où je détenais le portefeuille des Finances). Les indicateurs, tenus secrets même vis à vis des ministres et autres institutions ainsi que des médias, étaient tous au rouge : dette de 24 milliards de dollars, taux d’endettement de 70%, réserves de change égales à zéro. Pour la première fois, le public et les institutions étaient informés par le ministre des Finances. Un travail informatif et pédagogique fut entrepris pour dévoiler aux Algériens la problématique de la dette”, explique Ghozali. 
En juin 91, dans une situation insurrectionnelle, l’Exécutif Merbah était remplacé par le gouvernement Hamrouche. “Dans mon discours programme, j’exposais à l’APN que cette situation était issue du fait que le précédent gouvernement avait été le premier à utiliser la violence en précipitant l’Algérie dans la dette, le chômage et la crise socioéconomique”, regrette-t-il. Du temps de Kasdi Merbah, il n’y avait plus aucun sou dans les réserves de change et la dette s’emballait pour atteindre un stock de 24 milliards de dollars et 7 milliards de dollars en service de la dette, alors que les revenus étaient d’à peine 10 milliards de dollars et les stocks alimentaires ne couvraient même pas 15 jours, souligne Sid-Ahmed Ghozali qui était alors ministre des Finances. “J’ai aussitôt appelé Michel Camdessus, qui était alors directeur du FMI, lui demandant une marge de manœuvre, le temps d’améliorer les exportations d’hydrocarbures pour renforcer nos fonds propres. En attendant, il a fallu emprunter pour éteindre le feu et nous avons pu avoir un emprunt de 600 millions de dollars. Mais je n’étais pas suivi sur la question des exportations d’hydrocarbures. Ce fut le gouvernement Hamrouche qui a négocié le lancement de l’ajustement structurel conclu en avril 1991”, affirme Sid-Ahmed Ghozali. Ces négociations ne furent connues du public et du gouvernement qu’au lendemain de la chute du gouvernement Hamrouche.
Ironie du sort, c’est à son successeur que revint la mission de mettre en application le programme d’ajustement structurel, préalable au rééchelonnement de la dette. “J’ai été le premier exécutant des mesures de réajustement car le gouvernement Belaid Abdesslam avait tiré le frein à main”, précise notre interlocuteur. Après avoir vécu et géré la dette, Sid-Ahmed Ghozali estime que la dette n’est pas forcément une mauvaise chose ; cela dépend de l’usage que l’on en fait. 
Cependant, recommande-t-il, “nous sommes dans une conjoncture où la participation de la population à la décision est plus que jamais nécessaire. Autrement, les politiques sont vouées inévitablement à l’échec”. Sid-Ahmed Ghozali fait allusion à la décision de l’actuel gouvernement de s’orienter à nouveau vers la dette, soulignant que “tous les problèmes actuels, grands et petits, ne peuvent être résolus par l’actuel pouvoir qui ignore la population”. Selon lui, il y a un abîme qui sépare le pouvoir et la société et “pour qu’une négociation soit possible, il faut une reconnaissance mutuelle”. Il conseille à l’actuel pouvoir de ne pas rééditer l’échec du précédent régime qui avait commis trois grands péchés : “le non-respect des lois, le mépris vis-à-vis du rôle de la société et l’irresponsabilité”. Ainsi parla Sid-Ahmed Ghozali. 
 

Ali Titouche


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