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Économie / Grand Angle

Coronavirus et risque de récession économique

Marché pétrolier : comprendre le krach

© D.R

Le contexte actuel fait diminuer la croissance de la demande mondiale en pétrole et entraîne les cours du baril dans une chute incontrôlée.

Depuis le début de cette année, le marché pétrolier vit une situation catastrophique. Avant même d’en avoir fini avec la guerre commerciale des États-Unis contre la Chine qui l’avait miné pendant de très longs mois, voilà qu’il subit le contrecoup de l’épidémie du coronavirus. Conséquences : les prix du baril ont atteint des niveaux historiquement bas, en dessous de 34 dollars. Une baisse des prix de l’or noir est souvent considérée comme une bonne chose pour l’économie mondiale.

Elle est synonyme de gains en pouvoir d’achat pour les particuliers et pour les industries consommatrices de pétrole. Toutefois, dans le contexte actuel, l’optimisme ne semble pas être de rigueur, puisque la baisse des prix observée est due à une conjonction de facteurs affectant le marché pétrolier. Outre l’offre excédentaire qu’essaye de juguler l’Opep depuis des années déjà, la dégradation violente de la conjoncture chinoise et les restrictions sur les déplacements ont fait plonger la demande. 

Une demande léthargique
L’épidémie du coronavirus a tellement ralenti l’économie et les déplacements que la demande mondiale de pétrole pourrait baisser en 2020. En quarante ans, cela ne s’est produit que trois fois : en 1993 au sortir de la récession américaine, puis en 2008 et 2009 lors de la crise financière internationale. L’épidémie du coronavirus a tellement ralenti l’économie et les déplacements que la demande de pétrole au premier trimestre serait amputée de 3,8 millions de barils par jour (Mbj) par rapport à la même période l’an passé, et 4,5 millions de barils sous les prévisions initiales.

Dans son rapport mensuel publié mercredi 11 mars, l’Opep a revu fortement à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole en 2020. L’organisation table désormais sur une croissance de la demande mondiale à 60 000 barils/j, expliquant que l’impact de l’épidémie de Covid-19 en Chine et ses effets négatifs sur les transports et les carburants industriels ont été les principales causes de cette révision à la baisse. “Étant donné les derniers développements, les risques baissiers surpassent actuellement tout indicateur positif et suggèrent de probables révisions à la baisse supplémentaires de la croissance de la demande de pétrole si la situation actuelle devait persister”, écrit l'Opep. Les analystes et les banques ont, pour la plupart, revu à la baisse leur prévision de demande mondiale de pétrole.

Ainsi, la banque Goldman Sachs, qui anticipait une croissance de la demande mondiale de pétrole de 1,1 million de barils fin 2019, a révisé à la baisse ses estimations à 550 000 barils en février et se positionne désormais pour une baisse de 150 000 barils. Toutes ces prévisions sur la demande pétrolière interviennent en plein effondrement des cours du pétrole, alors que l'Opep et la Russie ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur un nouvel accord de réduction de leur production pour soutenir les cours. Pis encore, les protagonistes de l’Opep+ se sont même lancés dans une nouvelle guerre des prix qui risque d’enfoncer encore plus le marché pétrolier mondial. 

Guerre des prix
L'échec des négociations entre les pays membres de l'Opep et leurs partenaires parmi lesquels la Russie, les 5 et 6 mars à Vienne, pourrait laisser des traces. Lors de cette réunion, l’Opep espérait faire face à la baisse de la demande de pétrole, qui semble s’accentuer depuis plusieurs semaines avec l’expansion de l’épidémie de coronavirus. Le refus de la Russie a mis fin à cette éventualité. Sur les marchés pétroliers, les traders s’attendaient à ce que l’Opep et ses alliés non-Opep réagissent logiquement, notamment en réduisant leur production.

L’absence de réaction a entraîné une baisse supplémentaire des prix, qui périclitaient déjà depuis le début de l’année 2020. Cela a donc été un échec cuisant pour la coopération Opep et non-Opep, mais aussi pour l’évolution des prix du pétrole. Désormais, des analystes évoquent une baisse de la demande de 4 à 5 millions de barils sur le premier trimestre, avec l’arrêt des usines en Chine, soit 4 à 5 % de la production. Pis encore, l'Arabie Saoudite, vexée par le refus de Moscou de participer aux efforts de réduction de la production, a unilatéralement décidé d’une importante réduction de ses prix pétroliers. Selon Bloomberg News, Saudi Aramco a vendu son baril d'Arabian Light à un prix sans précédent, soit 10,25 dollars en dessous du baril de Brent de la mer du Nord.

Comme si cela ne suffisait pas, Saudi Aramco s'est engagée à fournir un record de 12,3 millions de barils par jour (mbj) en avril, avec l'objectif évident d'inonder le marché. Cet engagement de livraison dépasse en effet nettement la capacité maximale durable de production du royaume, qui a produit environ 9,7 mbj en février. En proposant du pétrole abondant et bon marché, Riyad espère protéger ses parts de marché face aux compagnies pétrolières américaines et, éventuellement, face à Moscou. Face à la surabondance de l'offre à prévoir, les cours des références mondiales de pétrole brut pourraient rester durablement bas.

La banque américaine Goldman Sachs n’écarte pas l’éventualité d’un baril de brut à un plancher historique de 20 dollars dans les semaines qui viennent. Les experts de Société Générale, de leur côté, avancent une prévision moyenne à 30 dollars le baril de Brent au deuxième trimestre, puis 35 dollars au troisième trimestre.

L’impasse 
Dans cette conjoncture, des analystes mettent en garde contre une récession mondiale. Le blocage de l’Opep+ les inquiète fortement. Dans ce contexte de crise pétrolière, beaucoup considèrent qu’un scénario de récession globale en 2020 est désormais inévitable. Un tel scénario rendrait caduque toute intervention des producteurs pour rééquilibrer le marché. Les producteurs, habitués à influer sur l’offre, n’auront aucune emprise sur la demande et peineront à trouver acheteur, même pour des prix extrêmement bas. L’endiguement de l’épidémie du coronavirus atténuera sûrement la crise, mais la reprise ne sera pas de sitôt.

Avec tous ces facteurs réunis, on assiste à un effondrement des prix du pétrole à une échelle jamais vue depuis la guerre du Golfe. De nombreux analystes estiment qu’à moins d'un nouvel accord entre les Saoudiens et la Russie, il faut s’attendre à ce que les prix restent sous pression. En attendant ce que révéleront les prochains mois, le marché pétrolier continuera de subir. 

 

 


Saïd Smati 


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