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LIBERTE Éco / Grand Angle

Mokdad Sifi, ancien chef de gouvernement (1994-1995)

“Nous empruntions pour consommer...”

© D.R.

L’endettement extérieur revient sur le devant de la scène, 15 ans après le remboursement par anticipation de la dette externe. Le pays y a laissé des plumes. Avec le service de la dette, la facture a coûté près de 40 milliards de dollars tout compte fait, alors que la dette était de 27 milliards de dollars au milieu des années 1990, dont 15 milliards seulement de dettes “rééchelonnables”, à en croire Mokdad Sifi, ancien chef de gouvernement (1994-1995). Ses gouvernements ont hérité de la difficile tâche de mettre en application les termes de l’accord négocié avec le Fonds monétaire international du temps de Réda Malek, alors chef de gouvernement (1993-1994). Mokdad Sifi y siégeait en tant que ministre de l’Équipement. 

La dette s’élevait alors à près de 27 milliards de dollars, dont une bonne partie arrivait à échéance. “Lorsque le ministre des Finances Mourad Benachenhou nous a présenté en conseil de gouvernement puis en Conseil des ministre le projet d’accord avec FMI, j’ai été le seul à émettre des réserves. Ironie du sort, c’était à moi qu’allait revenir la charge de mettre en application le programme annuel de stabilisation dit stand-by, soutenu par l’accord de confirmation du FMI, après le départ de Réda Malek et de son gouvernement”, témoigne Mokdad Sifi, reçu au siège de Liberté. “On empruntait pour consommer. Et c’est le pire des endettements”, estime l’ex-chef de gouvernement. Le point de basculement s’était produit au départ du président Boumediene, raconte Mokdad Sifi, soulignant que la décision a été prise lors d’un congrès extraordinaire du FLN ; celle d’observer une pause dans l’investissement au profit d’un programme d’importation confié à des organismes publics. Le prix du pétrole passait de 12 à 41 dollars en 1979. “On a exagéré ! On importait presque tout ; on était comme hypnotisés par la hausse des prix du pétrole.” Mais les prix amorçaient soudainement une courbe descendante pour atteindre 6 dollars le baril en 1986. Les lendemains du choc étaient tragiques. Le gouvernement de l’époque commençait à emprunter en cachette pour financer ses importations et son budget. “La dette augmentait à cause des besoins, mais surtout à cause des intérêts. Nous nous endettions pour consommer et pour préserver la stabilité. L’effet boule de neige était inévitable, et nous rentrions ainsi dans le cercle vicieux de la dette”, témoigne Mokdad Sifi.  “Lorsque j’ai été désigné à la tête du gouvernement en avril 1994, j’ai commencé d’abord à analyser plus en détail la situation de la dette et je me suis rendu compte qu’elle était grave ! L’accord conclu avec le FMI en 1994 (d’une durée d’une année) a été suivi d’importants sacrifices : réformes économiques et sociales, dont la suppression des subventions, la stabilisation du cadre macroéconomique, réduire les charges et les dépenses, etc. Nous avons mené d’âpres négociations dans une conjoncture difficile, mais nous avons bien géré le programme grâce à la mobilisation massive des cadres gestionnaires, ce qui nous a permis de négocier un deuxième accord de trois ans”, raconte Mokdad Sifi. “Ceux qui disent que la dette a été négocié moyennant la fermeture des entreprises et les départs au chômage mentent”, déclare-t-il. Les deux mémorandums portant les contenus détaillés des deux accords liant l’Algérie au FMI et signés de part et d’autre ne contiennent aucune dissolution des entreprises. Il rappelle avoir dénoncé ces mensonges à plusieurs reprises dans la presse. Ne lésinant sur aucun propos, qualifiant de grand mensonge les propos d’Ahmed Ouyahia selon lesquels “les caisses étaient vides” à son arrivée au gouvernement, Mokdad Sifi affirme avec insistance que “les engagements nous liant au FMI avaient été totalement satisfaits fin 1995, avant l’arrivée d’Ahmed Ouyahia. Fin 1995, il n’y avait plus de conditionnalités et plus d’engagements de l’Algérie en direction du FMI en dehors de la poursuite de la dévaluation progressive du dinar, politique monétaire qui relève strictement de la Banque d’Algérie et pas du chef du gouvernement. Ce qui restait, c’était mettre en pratique des réformes déjà élaborées et préparées mais qui ont été jetées aux oubliettes”. 
Il ne manque pas de décocher une flèche à l’adresse de ceux qui ont eu à gérer le pays ces dernières années, estimant que “tout ce qui a été fait allait permettre au FMI de revenir”, 15 ans après le remboursement de la dette. Il y a tout compte fait des similitudes saisissantes entre la période avant et post-1986 et celle d’avant et post-2014.
 

A. T.



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