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LIBERTE Éco / Grand Angle

Exploitation des hydrocarbures de schiste

Vrai ou faux problème ?

© D.R.

Les experts estiment à l’unanimité qu’il était hors de question que le schiste puisse générer une rente, ni dans l’immédiat ni sur le moyen et long termes.

Abdelmadjid Tebboune est venu conforter le gouvernement des “affaires courantes” dans ses opinions pro-schiste. Ce que Abdelaziz Bouteflika n’a pas réussi à faire en 2014, l’éphémère gouvernement Bedoui, béni dans son action par l’ex-chef d’état-major Ahmed-Gaïd Salah, est allé jusqu’au bout du processus de révision de la loi sur la hydrocarbures ; la nouvelle ne différenciant point les hydrocarbures conventionnels des hydrocarbures de schiste. À son arrivée à la tête de l’État, Abdelmadjid Tebboune a repris à son compte le plaidoyer en faveur des hydrocarbures de schiste, estimant qu’il s’agissait d’un “don du ciel” et qu’il était préférable d’exploiter cette richesse plutôt que de reprendre le chemin de l’endettement extérieur. Ses propos ont suscité un tollé, voire des réactions passionnées chez les populations du Sud, très remontées contre l’idée d’exploiter les hydrocarbures de schiste de par le danger qu’ils font peser sur l’environnement et les richesses hydriques. L’exploitation des hydrocarbures de schiste exige, en effet, une occupation intensive des sols et des volumes importants en eau, nécessaires à la fracturation hydraulique.

Néanmoins, le débat suscité par les propos du chef de l’État n’est pas uniquement d’ordre environnemental, puisqu’il a, par-là même, ravivé la polémique au sujet de l’apport du gaz de schiste en ressources financières ; les experts estiment, à l’unanimité, qu’il était hors de question que le schiste puisse générer une rente, ni dans l’immédiat ni sur le moyen et long termes. Bien au contraire, plutôt que de générer la rente à laquelle aspire le pouvoir, évidemment nécessaire pour sa survie, l’exploitation des hydrocarbures de schiste requiert des investissements très élevés et d’importants moyens logistiques et technologiques.

Et pour couronner le tout, les spécialistes alertent sur un taux de récupération des gisements ne dépassant pas 20%, contrairement aux hydrocarbures conventionnels dont le taux de récupération peut atteindre 40%. Pour ainsi dire, le schiste est loin d’être la solution efficace à l’amenuisement des ressources financières.

Il est par-dessus tout loin d’être une solution immédiate aux casse-têtes d’ordre budgétaire et économique, étant donné que les délais d’exploitation sont forcément longs. Au-delà des urgences économiques et budgétaires auxquelles fait face le pouvoir, les prétextes pouvant justifier le plaidoyer officiel en faveur du schiste sont bien connus : la production d’hydrocarbures conventionnels est en déclin depuis plus d’une décennie, hausse effrénée de la consommation interne en hydrocarbures, baisse en valeur et en volume des parts dédiées à l’exportation, risque de rupture de l’équilibre production/consommation/exportation dès 2030, etc. Cependant, de telles perspectives, plutôt sombres, auraient pu donner naissance à une stratégie de diversification à la fois de l’économie et des sources d’énergies, au lieu de rééditer les politiques bâties exclusivement sur l’apport des hydrocarbures en énergie et en devises.

Le plaidoyer pro-schiste renseigne bon gré, mal gré de l’incapacité du pouvoir politique à suggérer une alternative autre que la rente. Le locataire d’El-Mouradia entame son mandat avec un débat décousu et atypique sur les hydrocarbures de schiste, alors que le bon sens exige que l’on prenne le taureau par les cornes et privilégie les impératifs économiques et budgétaires. D’autant plus qu’après plusieurs années de passivité ces urgences n’admettent plus aucune remise à plus tard.

Cependant, certaines de ces urgences, dont la diversification des sources d’énergie, la révision des subventions à l’énergie, l’instauration d’un bonus-malus sur la facture d’énergie…, sont renvoyées aux calendes grecques faute de légitimité politique. D’où le choix de la facilité, privilégiant les hydrocarbures de schiste, dont le retour sur investissement ne peut intervenir avant cinq ans dans le meilleur des cas. Le débat reste, par ailleurs, entier sur l’état des réserves en hydrocarbures conventionnels, sur l’état de désinvestissement que connaît l’amont pétrolier et gazier, sur les méfaits de l’actuel modèle énergétique, sur la contribution des énergies renouvelables au mix énergétique national, etc. Des questions tout aussi stratégiques que l’exploitation des hydrocarbures de schiste. 
 

Ali Titouche



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