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élection présidentielle anticipée en Tunisie

Deux outsiders pour le deuxième tour

Kaïs Saïed (à gauche) et Nabil Karoui arrivent en tête du premier tour de la présidentielle tunisienne. © D. R.

Kaïs Saïed et Nabil Karoui, crédités respectivement de 18,9% et de 15% des voix, ont créé la surprise lors du premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie alors que les partis traditionnels d’obédience islamiste ou moderniste sont en net recul.

Ce sont finalement deux candidats “outsiders”, Kaïs Saïed et Nabil Karoui, aux profils atypiques, qui sont arrivés hier en tête du premier tour de la présidentielle anticipée tunisienne, selon des résultats préliminaires s’appuyant notamment sur des centres spécialisés de sondages. Hier, à la mi-journée, cette tendance a été relayée par plusieurs médias tunisiens et internationaux se référant cette fois-ci aux résultats du comptage de 39% des PV de dépouillement créditant Kaïs Saeid de 18,9% (253 844 de voix) alors que Nabil Karoui remporterait quelque 200 776 voix, soit 15% des suffrages.

L’homme d’affaires tunisien, en détention depuis le 23 août pour blanchiment d’argent et fraude fiscale, est au coude-à-coude avec le candidat du parti d’inspiration islamiste Ennahda, Abdelfattah Mourou, arrivé en troisième place avec 13,1% des voix.  L’Instance de la surveillance des élections (ISIE), la seule habilitée à confirmer les résultats définitifs, s’est refusée à communiquer sur les résultats, préférant se donner le temps nécessaire pour s’assurer de l’exactitude des décomptes. 

“Les résultats officiels et définitifs sont ceux émanant de l’ISIE”, a prévenu le président de l’ISIE, Nabil Baffoun, au cours d’une  conférence de presse sanctionnant l’opération électorale.  “La tâche est énorme et nous allons nous donner le temps nécessaire pour nous assurer de l’exactitude du décompte”, a-t-il encore fait observer, alors que des informations en boucle ont été véhiculées hier par des médias tunisiens faisant part de la victoire de ces deux candidats.

Si la majorité des Tunisiens s’attendait à la victoire de Nabil Karoui, beaucoup étaient loin d’imaginer le conservateur Kaïs Saïed en tête des résultats.  La fulgurante ascension de ce dernier a été accueillie hier avec une immense surprise en Tunisie.

Sans parti politique le soutenant officiellement et sans machine électorale apparente, ce juriste de formation a réussi à devancer ses concurrents, parmi lesquels certains ont pourtant mis des moyens colossaux lors de la campagne électorale. M. Saïed avait quant à lui tout simplement refusé le financement public auquel il avait légalement droit.

Pour convaincre l’électorat tunisien, ce juriste avait mis à profit, selon des observateurs, le désenchantement général de l’opinion publique en Tunisie vis-à-vis d’une classe politique traditionnelle sans grande ambition et plombée par des guéguerres internes. En construisant un discours très conservateur sur les questions sociétales, Kaïs Saïed a réussi à séduire une bonne partie de l’électorat tunisien, notamment celui de l’intérieur du pays.

Une recette qui semble payante également pour Nabil Karoui qui a multiplié les actions caritatives à l’endroit des couches tunisiennes défavorisées.  Toujours selon les résultats provisoires d’hier, les candidats Abdelkrim Zebidi, Youcef Chahed, Safi Saïd, ont eu respectivement 9,4%, 7,5% et 7,4%.  Le taux de participation final au premier tour était de 45,2% à la clôture de l’opération électorale, selon l’ISIE alors que celui de l’étranger a atteint à peine 19,07%. 

S’agissant de la tenue du deuxième tour, le vice-président de l'ISIE, Farouk Bouasker, a déclaré hier qu'il y a trois alternatives. “S'il n’y a aucun recours, le 2e tour se tiendra au mois de septembre. En cas de recours au 1er tour, ce sera le 6 ou le 13 octobre.”
 

Karim Benamar