Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Magazine

Face au Coronavirus en CÔte d’Ivoire

Abidjan : les “bistrots” font de la résistance

Des clients dans un maquis (bars locaux) dans les quartiers populaires de Yopougon, dans la banlieue d’Abidjan. © D. R.

Les célèbres  maquis  (bars  ou  restaurants  populaires),  qui  font  la réputation nocturne d'Abidjan, continuent à  faire  le plein alors qu'ils doivent théoriquement réduire la voilure pour éviter la propagation du coronavirus en Côte d'Ivoire.

Le préfet de la capitale économique, Vincent Toh Bi, était samedi en croisade dans les quartiers chauds et populaires de Yopougon et de Koumassi, pour faire appliquer les directives de la Présidence dans un pays qui ne compte pour le moment qu'une dizaine de cas mais qui a fermé ses frontières et ses écoles. Si les innombrables boîtes de nuit et salles de spectacle n'ont plus le droit d'ouvrir, les maquis doivent désormais se limiter à accueillir 50 personnes au maximum, faire respecter une distance d'un mètre entre chaque client et proposer savon ou gel hydroalcoolique aux clients... 

Des mesures que personne ou presque ne respectait samedi soir dans la célèbre rue Princesse et ses mille maquis, chantée par de nombreux artistes dont Magic System dans leur tube Premier Gaou : “Quand j'avais un peu (d'argent) matin midi soir on était ensemble à la rue Princesse aux mille maquis Santos payait les poulets...” Samedi soir, malgré le coronavirus, il y avait foule dans les bars, jeunes et moins jeunes bravaient la pandémie en mangeant poulets ou poissons braisés et en buvant vin, alcool fort ou bière, dans la bonne humeur et les éclats de voix couverts par de la musique.

“Corona ! Oui, on veut corona la bière”, rigole un jeune en écoutant les remontrances de M. Toh Bi en tenue, képi de préfet sur la tête, qui se déplace de maquis en maquis entouré de policiers dont beaucoup portent un masque. “Ce n'est pas un jeu. On ne s'amuse pas ! Coronavirus, c'est 10 000 morts dans le monde. Et ça va continuer”, répond-il aux jeunes au “Koutoukodrome” de Yopougon, où l'on prend le “koutoukou”, un alcool distillé artisanalement. 
    
“À quoi sert l'argent si vous mourez ?”     
“Où est le gel ou l'eau pour se laver les mains ? Là, on fait sensibilisation mais demain s'il n'y a pas, on ferme tout”, lance-t-il à un patron de maquis. “Respectez les distances d'un mètre. Ne vous saluez plus avec les mains. Vous ne faites pas ça pour l'État, c'est pour vous ! Faites-le pour vous !”, répète inlassablement le préfet. 

Soulagés  d'échapper  à   une  fermeture  ou  à  une  amende,  les  clients applaudissent mais des jeunes lancent : “Donnez-nous du gel et des cache-nez (masques) !”  “On n'a pas d'argent pour les masques et le gel. En France, vous avez l'argent, ici on n'a pas les moyens. Il paraît que l'OMS donne de l'argent, qu'on nous donne des masques”, explique à l'AFP, David Kevin, étudiant.  

Près du Palais de justice, les  maquis  de  plus  de  50  personnes  ont  été prévenus de l'arrivée du préfet. Ils ferment à la va-vite, barricadant les portes et fenêtres en bois parfois avec des clients à l'intérieur. Pas dupe, le préfet réprimande un propriétaire en désignant les bouteilles et verres de bière pleins encore présents sur les tables en plastique. Puis, il s'approche de commerçantes qui rangent des poissons qui cuisaient au-dessus de charbons ardents.

“On ne vous dit pas d'arrêter mais de vous organiser. Mettez du gel pour les clients. Proposez à emporter. Au Plateau (quartier des affaires), ils font plus à emporter maintenant. Le client ne reste pas. Il faut respecter les règles. Ça va vous servir à quoi l'argent si vous mourez ?”, assène-t-il. “On ne peut pas arrêter, on vit de ça.

Comment  on  fait sinon ?”, interroge Leontine Doh, une  des  commerçantes. Un peu plus loin, sous le couvert de l'anonymat, un patron de boîte de nuit fait grise mine à la porte de son établissement fermé : “15 personnes au chômage en attendant que ça passe. Et moi je fais comment ?”, confie-t-il. N'a-t-il pas peur du virus ? “On effraie  la  population,  alors  qu'on devrait  être ensemble pour lutter”, déplore-t-il. 
    
Koutoukou et fake news     
La peur justement n'a pas encore gagné les esprits. À Koumassi-Prodomo, haut lieu de la vie nocturne, des amis boivent ensemble. “On nous a dit que wanhou (vin) protégeait du corona”, assure Giovanni. Un autre souffle : “Avec la peau noire on est protégé non ?”, répétant une idée fausse très répandue selon laquelle les Africains seraient immunisés contre le coronavirus.   

“Tout  ça  c'est  faux !  C'est  du fake news”, souligne le préfet. “Peau noire, chaleur, koutoukou, ail, citron, gingembre... (qui tueraient le virus) Il faut arrêter avec ça ! La meilleure façon de se protéger, c'est de respecter les consignes et les directives du gouvernement.

Lavez-vous les mains !" Les gens s'éloignent les uns des autres à la demande du  fonctionnaire  mais  une  fois  les  officiels  partis,  ils  se  rapprochent  à nouveau, se passant sans aucune précaution le téléphone avec lequel ils ont réussi à faire un selfie avec le préfet.
 

AFP 

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER