Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Magazine

Dans un pays ravagé par la guerre

Des femmes yéménites fabriquent des masques contre le coronavirus

© D.R.

Derrière des rangées de machines à coudre, des couturières yéménites redonnent vie à la plus ancienne usine textile du pays pour confectionner des masques de protection, craignant la propagation du nouveau coronavirus dans ce pays en guerre, déjà confronté à une grave crise humanitaire. 

En niqab noir et gants blancs, des employées font défiler le tissu sous leurs machines à coudre, tandis qu’à l’autre bout de l’usine, d’autres rassemblent les masques dans des sacs en plastique, soigneusement désinfectés au préalable. “Je suis prête à travailler gratuitement ici pour la santé de nos enfants, nos nourrissons et nos femmes”, assure Faten al-Masoudi, l’une des vingt travailleuses de cette usine, située dans l’est de Sanaa. La capitale du Yémen est sous le contrôle depuis 2014 des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran. Leur guerre contre le gouvernement a dégénéré en la pire crise humanitaire au monde, selon l’ONU, depuis l’intervention en 2015 d’une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite pour appuyer le régime. Depuis six ans, la guerre au Yémen a tué des dizaines de milliers de personnes, essentiellement des civils, selon des organisations humanitaires. Trois millions de Yéménites vivent entassés dans des camps de déplacés et environ 24 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’assistance, estime l’ONU. 
Le Yémen est menacé par la famine, frappé par des épidémies de la dengue et du choléra et souffre d’un système de santé en déliquescence. Mais, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), aucun cas de nouveau coronavirus n’a été enregistré dans ce pays qui vit déjà presque entièrement isolé, sous le blocus aérien imposé par la coalition menée par R!yad. “Nous fabriquons les masques depuis (lundi) et, Dieu merci, nous avons commencé avant que la maladie ne nous atteigne”, se réjouit Faten al-Masoudi, payée comme ses collègues au nombre de pièces cousues.

“Forte demande”
Construite en 1967 avec l’aide de la Chine, l’usine textile a joué un rôle important dans la culture du coton, un secteur-clé pour l’économie du Yémen dans les années 1970. Son propriétaire, l’État yéménite, ferme l’établissement en 2005 pour “rénovation”. 
Après l’intervention de la coalition, des frappes aériennes endommagent l’usine. En 2018, elle rouvre partiellement ses portes pour produire principalement des vêtements de travail destinés au personnel médical. Depuis mars, “nous avons transformé une partie du département de confection des vêtements en une section dédiée à la production des masques”, explique son directeur, Abdallah Chaïban, en chemise et veste. Il espère que la manufacture atteindra son “plein potentiel” rapidement, avec davantage d’embauches pour “produire entre 8 000 et 10 000 masques par jour”, contre environ 2 000 à l’heure actuelle. “Il y a une forte demande”, explique-t-il. 
Cette hausse de la demande a conduit des commerçants au gros appétit à majorer les prix des masques, généralement importés, ce qui exaspère le directeur. “Ce n’est pas quelque chose que nous acceptons. Il doit y avoir de l’éthique, de la morale, du religieux et de l’humain”, réprimande M. Chaïban. 

“Rester unis”
Face à l’épidémie dont l’épicentre est désormais l’Europe, l’OMS dit travailler en étroite collaboration avec les autorités de Sanaa comme celles d’Aden (Sud), que le gouvernement a instauré comme capitale temporaire et où il s’est retranché. “Le virus ne respecte pas les frontières, il ne fait pas de différence entre les individus de l’est, ouest, nord ou sud” du pays, a insisté le représentant du Yémen à l’OMS, Altaf Musani, lors d’une visioconférence depuis Sanaa. "Il n’y a pas assez de tests (...) nous sommes sur le point d’augmenter ce nombre”, a-t-il ajouté, précisant que l’OMS avait fourni des équipements de protection, tels que des masques et des gants, mais pas “suffisamment”, et s’efforçait d’en obtenir davantage. À Sanaa, les rebelles ont fermé les écoles et l’aéroport — qui servait uniquement aux vols de l’ONU et à acheminer de l’aide humanitaire — alors que les riches pays voisins du Golfe ont annoncé environ 1 000 cas de personnes infectées par la maladie du Covid-19, imposant de strictes mesures de précaution. “Nous avons survécu à la guerre, nous affronterons cette maladie”, promet Abdelbasit al-Gharbani, directeur de la section couture dans l’usine de Sanaa. “Pour la combattre, nous devons rester unis”, plaide-t-il.
 

Par Abdel Karim AL-MARANI/Dana MOUKHALLATI (AFP)


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER