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Antananarivo

L’impossible confinement de la capitale malgache

© AFP

“Je sais que le coronavirus peut tuer. Mais si je reste à la maison pendant quinze jours sans travailler, je meurs aussi.” Jean Naina Rakotomamonjy l’avoue, il n’a pas hésité très longtemps à braver les ordres de confinement. Il n’avait guère le choix. “Je dois ramener ce que ma famille va manger aujourd’hui”, justifie ce vendeur malgache d’Antananarivo, âgé de 53 ans et père de trois enfants. “Je n’ai pas les moyens de faire des économies pour acheter des provisions.” À voir les cohortes qui ont envahi dès l’aube les rues de la capitale Antananarivo, il est loin d’être le seul. Dimanche soir, le président Andry Rajoelina a pourtant été on ne peut plus clair en décrétant le confinement de la capitale et de la deuxième ville du pays, Toamasina (Est), pour tenter d’enrayer la progression du coronavirus. À ce jour, 12 cas ont été officiellement déclarés sur la Grande-Île. “À partir de demain (...) tout le monde reste chez soi”, a tonné le chef de l’État à la télévision : “Ceux qui ne respectent pas ces mesures vont subir des sanctions sévères.” Son ton martial n’a semble-t-il pas beaucoup impressionné ses concitoyens. Lundi matin, Jean Naina Rakotomamonjy a croisé du monde dans les rues escarpées d’Antananarivo. Autant que d’habitude ou presque. Les travailleurs les plus matinaux ont eu la chance de pouvoir attraper un minibus, avant que des militaires en armes et en véhicules blindés ne mettent en place des barrages et leur ordonnent de faire demi-tour. 

“On choisit de vivre”
Le reste de la population franchit les points de contrôle en voiture ou à pied, imperturbablement. “Je viens d’acheter mes écrevisses à Vasakosy (dans l’ouest de la capitale) et je dois aller au marché de Besarety (dans l’Est) pour les vendre mais il n’y a pas de bus”, rouspète même Jean Naina Rakotomamonjy, son sac de 10 kg de crustacés sur la tête. “Si je ne me dépêche pas, ajoute-t-il, mes clients vont croire que je ne travaille pas aujourd’hui.” Dans les rues, les grappes de piétons sont compactes. Les consignes de distanciation sociale, données pour éviter les contaminations, semblent bien lointaines. Quant aux véhicules particuliers, ils circulent normalement. Les soldats, fusil automatique en bandoulière, les arrêtent 
nonchalamment puis se contentent de questions de pure forme à leurs chauffeurs. “D’où venez-vous ?”, “Où allez-vous ?” Sur le marché du quartier d’Antohamadinika, à une demi-heure à pied du centre-ville, les petits commerces continuent à s’aligner le long des trottoirs, juste à côté des militaires. “On doit choisir entre mourir du coronavirus ou de la faim en confinement, explique sous le couvert de l’anonymat une vendeuse de feuilles à tisane, aujourd’hui on choisit de vivre.” Les neuf dixièmes des 25 millions d’habitants de la Grande-Île survivent avec moins de deux dollars par jour. Beaucoup d’habitants ne mangent pas à leur faim et de nombreux enfants ne vont pas à l’école.

Plantes antiseptiques
Pour cette femme, la pandémie de coronavirus a pris des allures d’aubaine inespérée. Dans sa “pharmacie” naturelle, elle vend quelques spécimens de feuilles à infuser que les Malgaches s’arrachent depuis quelques jours. Les croyances locales attribuent aux feuilles des “katrafay” (nom scientifique Cedrelopsis grevei), “ravitsara” (Cinnamomum camphora) et “kinina fotsy” (Eucalyptus grandis) des vertus antiseptiques idéales pour désinfecter objets et maisons. La preuve ? Leur prix a été multiplié par dix en quelques jours... Même progression pour les tarifs des citrons et gingembres, affichés respectivement à 2 000 (50 centimes d’euro) et 6 000 (1,5 euro) ariary le kilo. À en croire la rue malgache, ils renforceraient les défenses immunitaires. Comme les rues du quartier d’Antohamadinika, les magasins font eux aussi le plein. “Une seule personne est autorisée à se déplacer pour faire les courses”, a pourtant insisté dimanche soir le président Rajoelina. Là encore, en vain. Dans un supermarché, la caissière a posé des caisses de bière sur son tapis pour faire respecter un semblant de distance entre les clients. Quatre au maximum en même temps, c’est la règle. En guise de protection, elle et ses collègues portent des masques faits avec du papier-toilette, dérisoires. Quant aux produits désinfectants, il y a bien longtemps qu’ils ont disparu des rayons. L’affichette collée à la porte du magasin est sans appel. “Il n’y a plus de gel lave-mains.”
 

Tsiresena MANJAKAHERY (AFP)


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