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Ukraine

Quand les canons se calment, la culture revient


Dans un bar plein à craquer, une centaine de jeunes reprend en chœur une chanson en ukrainien. La scène serait banale si elle ne se déroulait pas dans l'est de l'Ukraine, contrôlé par des séparatistes prorusses. “Promets-moi que demain viendra”, entonne la chanteuse du groupe qui se produit dans ce bar de Donetsk, la plus grande ville de la zone séparatiste, devant un public qui comprend des hommes en uniforme.
Ce jour-là, c'est soirée ukrainienne, un thème peu commun dans ce territoire russophone, où, depuis qu'une guerre a éclaté il y a plus de quatre ans, l'ukrainien est de facto banni de l'usage public. Des musiciens locaux jouent des tubes de groupes ukrainiens dont les concerts, de l'autre côté de la ligne de front, sont difficilement accessibles aux habitants des zones séparatistes. “En 2014, quand la guerre ne faisait que commencer, un tel concert aurait été impossible”, avoue le guitariste Oleg, 20 ans. Une partie de l'est de l'Ukraine est contrôlée par les séparatistes prorusses, dont la guerre avec les forces de Kiev a fait plus de 10 000 morts. “Les gens ont moins peur et participent davantage à des événements culturels”, dit Pavel, cofondateur de Contraband Group, une agence événementielle qui organise à Donetsk une dizaine de concerts de musiciens locaux par mois. “Ici, on oublie le conflit militaire, la politique, on écoute simplement de la bonne musique.” Si cette agence organise notamment des concerts de musique ukrainienne, les autorités séparatistes cherchent surtout à promouvoir la culture russe en organisant des concerts gratuits de pop russe en plein air. De l'autre côté de la ligne de front, en territoire contrôlé par Kiev, des artistes et militants associatifs multiplient les festivals, créant une vie culturelle d'une intensité inédite pour ces régions industrielles défavorisées. Les Ukrainiens “ont commencé à se rendre compte que la culture définit l'identité”, explique à l'AFP le réputé metteur en scène Vlad Troïtski. Lui a organisé cette année une nouvelle édition de son festival d'art moderne GogolFest à Marioupol, dernière grande ville de l'est contrôlée par Kiev. Le cinéaste voit dans cette effervescence l'envie de répondre à une “propagande agressive du monde russe”. Ce port et centre industriel sur la mer d'Azov brièvement occupé par les séparatistes en 2014, puis repris par Kiev, a accueilli en mai des spectacles, concerts et installations d'art. Ils ont attiré environ 30 000 spectateurs, selon les organisateurs. “La peur est présente, nous savons tous ce qui se passe ici”, avoue Marko Galanevitch, musicien du groupe populaire Dakha Brakha. “Mais il est important pour nous (...) de venir soutenir ceux qui vivent ici et veulent que cette ville demeure ukrainienne.” Dans la même veine, l'écrivain et poète Sergui Jadan, baptisé “Barde de l'est de l'Ukraine” par le magazine américain The New Yorker, a fondé il y a deux ans un festival de théâtre et littérature itinérant. Originaire de la région de Lougansk, dont une partie est aux mains des séparatistes, M. Jadan a lancé ce projet après avoir été impressionné par le nombre d'Ukrainiens venus à des concerts dans des localités touchées par les bombardements. “La musique et la poésie sont nécessaires partout et surtout dans le Donbass”, le surnom de ce bassin houiller, estime-t-il.
Fozzey, le chanteur du groupe ukrainien de hip-hop TNMK, qui joue régulièrement pour les soldats ukrainiens dans l'est, prévient cependant : “La guerre culturelle est loin d'être gagnée.”


Ioulia SILINA/AFP



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