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Turquie

Un maire communiste abat des murs et rebat les cartes

© D.R

Seul maire communiste de Turquie, M. Maçoglu, âgé de 50 ans, détonne dans un paysage largement dominé depuis 17 ans par l'AKP.

Après son élection le mois dernier, le premier acte de Fatih Maçoglu en tant que maire de Tunceli, dans l'est de la Turquie, a été de détruire les murs d'enceinte construits autour de la mairie. Un signe, pour lui, de transparence. Il a également refusé d'avoir une voiture officielle et a prévu d'afficher les comptes publics de la mairie sur le bâtiment, pour que tous voient comment est dépensé son budget. Seul maire communiste de Turquie, M. Maçoglu, âgé de 50 ans, détonne dans un paysage largement dominé depuis 17 ans par l'AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan. “Il n'y a rien d'anormal à ce que le public sache ce qu'il se passe”, explique-t-il à l'AFP au cours d'un entretien dans son bureau, une longue file de visiteurs attendant devant sa porte ouverte. “Cela ne devrait pas être (perçu comme) une insulte”. Aux élections du 31 mars, M. Maçoglu a été élu maire à Tunceli, ex-Dersim, dans l'est de la Turquie, une ville kurde alévie foncièrement laïque et de gauche. Principale minorité religieuse du pays, les Alévis forment un groupe hétérodoxe et progressiste, dont la pratique religieuse est très éloignée de celle des franges traditionnelles de l'islam. M. Maçoglu avait déjà été élu maire d'Ovacik, un village de la province de Tunceli, en 2014 pour le Parti communiste de Turquie - qui, marginal, n'a aucun élu au Parlement turc. Ses mesures promouvant l'agriculture et les transports publics gratuits y avaient rencontré un franc succès. Il dit avoir récupéré à Tunceli une municipalité “vidée”, aux revenus confisqués. En 2014, la ville avait été remportée par le parti prokurde HDP, mais le gouvernement y a nommé ensuite un administrateur public, comme dans de nombreuses autres municipalités après le putsch manqué de juillet 2016. 

Miel et pois chiches bio
La région de Tunceli a une longue histoire de résistance de gauche. En 1938, l'armée y a mené une vaste opération visant à mater une rébellion kurde, qui a causé la mort de quelque 13 800 personnes. En 2011, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, avait présenté ses excuses “au nom de l'État”, une première. Des points de contrôle militaires ont été installés autour de Tunceli, dont la région a été fortement marquée par le conflit entre les forces armées et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe classé “terroriste” par Ankara et ses alliés occidentaux. Ce conflit a fait plus de 40 000 morts depuis 1984. 
Niant se sentir isolé parce qu'il défend le communisme, M. Maçoglu dit au contraire recevoir “beaucoup de sympathie” du public. “Si aujourd'hui, même les représentants de la politique bourgeoise parlent de production et de coopératives, c'est une victoire pour nous.” Lors de son mandat à Ovacik, village perché dans les montagnes, il a ouvert une coopérative visant à promouvoir le travail de fermiers produisant du miel et des pois-chiches biologiques. Les revenus dégagés permettaient de financer les études de jeunes issus de familles pauvres. M. Maçoglu cherche désormais à étendre ce modèle à travers le pays. Cihan Durna, employé de la coopérative à Ovacik, vante le modèle mis en place par l'ancien maire. “Nous sommes contents qu'il soutienne la production”.

“Pas sur la bonne voie”
Senem Yerlikaya, gérante du “Café Cuba” à Ovacik, décrit un sentiment “doux-amer” maintenant que le maire est parti. “Il a fait beaucoup pour les gens ici au cours des cinq dernières années. Les maires sont d'habitude très formels, mais lui s'était bien intégré avec les locaux.” La population locale est globalement contente de M. Maçoglu: par sa politique, cet homme, marié et père de deux enfants, a permis de faire évoluer la région. Mahmut Tutan, qui possède un petit hôtel à Ovacik, souvent assimilé aux Alpes suisses, affirme que les touristes sont venus nombreux l'année dernière, grâce au maire. “Il a grandi dans une famille pauvre de cette vallée”, explique M. Tutan en pointant du doigt un village au loin. “Un jour, les gens autour de lui lui ont demandé de travailler pour le bien des autres. C'est comme ça que ça a commencé.” 


Par Fulya OZERKAN 



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