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A la une / Reportage

Baignade dans les étangs, retenues collinaires et barrages à Bouira

À la quête d’une fraîcheur à hauts risques

© Ramdane Bourahla/Liberté

Nombre de jeunes, le plus souvent chômeurs et sans aucun revenu, n’hésitent pas à braver les dangers inhérents à la baignade dans ces plans d’eau, faisant fi des dangers que représentent ces baignades à haut risque.

La liste des jeunes morts par noyade dans les différents étangs et retenues collinaires de la wilaya de Bouira, ne cessent de s’allonger. Le dernier cas recensé, remonte au 22 juillet dernier, où deux jeunes originaires des communes de Dirah et Dechmia (sud de Bouira) et âgés d'à peine 19 ans, se sont noyés, dans un plan d’eau destiné à l’irrigation, situé au lieudit Oued-Hellaba, dans la commune de Souagui, à 65 km à l’est de Médéa. Selon les chiffres de la Protection civile de la wilaya, pas moins de 5 cas de noyade ont été recensés depuis mai dernier.

L'an dernier, lesdits services avaient recensé 20 cas de noyade durant toute la période estivale. Il faut dire que les températures caniculaires de ces dernières semaines poussent les plus téméraires à “piquer une tête” dans les eaux des oueds, étangs et mêmes d’un des trois barrages que compte la wilaya. En effet, nombre de jeunes, le plus souvent chômeurs et sans aucun revenu, n’hésitent pas à braver les dangers inhérents à la baignade dans ces endroits, faisant fi des dangers que représentent ces baignades à haut risque.

 

 

“Piquer une tête”, quitte à y perdre la vie
Samedi dernier et alors que les services de Météo Algérie venaient de publier un BMS (Bulletin météo spécial), dans lequel ils avertissaient d’une vague de chaleur dans les wilayas du Sud et de l’intérieur du pays, avec des températures pouvant grimper jusqu’à 48° à l’ombre, à Bouira et à 10h du matin, le thermomètre affichait déjà 37 degrés.

Les retenues collinaires situées au niveau de la forêt d’Errich et de la localité d’Aïn Athman, à la périphérie de Bouira étaient littéralement prises d’assaut. Hichem est l’un de ces jeunes intrépides, qui ne reculent devant rien pour un plongeon dans les eaux tièdes, mais rafraichissantes d’Errich. : “Vous savez, nous n’avons pas trop le choix, c’est ça, ou rôtir sous le soleil des 140-Logements (son quartier, ndlr)”, s’est-il justifié.

Son ami, Imad, du haut de ses 16 printemps, abondera dans son sens : “Quand on n’a pas un sou en poche, qu’on est sans aucun moyen de transport et qu’un soleil de plomb vous grille la peau, on n’a qu’une seule envie, plutôt une obsession, c’est de piquer une tête”, avant d’enchaîner : “Nous sommes bien conscients des risques que nous courons, néanmoins à 45 degrés, la raison cède la place à l’envie irrésistible de se rafraîchir !”.

Ces jeunes, dont l’insouciance et l’amour du risque colle à la peau, affirment avec un certain aplomb connaître les dangers et les conséquences parfois dramatiques de ces baignades en eaux troubles. “En 2017, un ami à moi, que Dieu ait son âme, est mort noyé pratiquement au même endroit où nous nous baignons actuellement”, témoignera Djaâfar, un jeune lycéen.

À la question de savoir si cette douloureuse mésaventure ne l’avait pas dissuadé à se baigner dans cette retenue, notre jeune interlocuteur répondra par la négative. “Si je devais suivre ce raisonnement, je ne devrais plus prendre le bus car il y a des accidents, ni manger des chips car cela peut provoquer le cancer. Je nage ici, non pas par plaisir, mais à défaut de moyens financiers pour partir à la plage ou encore m’inscrire à la piscine”, a-t-il rétorqué, avant d’effectuer un plongeon sous les applaudissements de ses camarades. 

Un drame évité de justesse 
Non loin de là, au niveau de la localité d’Aïn Athman, une autre retenue collinaire attire du monde en ces journées infernales. Vers les coups de 12h15, le soleil était à son zénith et le mercure s’est affolé : 46° degrés à l’ombre ! Une bande de mineurs pour la plupart, avait déjà pris position aux abords de cet étang à l’apparence paisible. Mourad, Islem et Ahmed, âgés respectivement de 14, 16 et 17 ans avaient même prévu des sandwichs et autres boissons gazeuses, signe qu’ils allaient passer toute la journée.

Le “package” d’un estivant à la plage, sans cette dernière. Il est vrai pour qu’un adolescent passe au moins une journée à la plage, il lui faudra un bon pactole afin de couvrir des charges comme le transport, le repas, la location du parasol, les boissons et bien d’autres dépenses, or la plupart de ces jeunots sont issus de familles modestes.

Même les colonies de vacances, initiées chaque année par les différentes directions de l’action sociale à travers le pays, ne leur bénéficient pas tous, car la liste requise par commune ne dépasse jamais les 50 enfants issus du milieu défavorisé, ce qui constitue une frustration pour ceux qui ne sont pas choisis. “On est tous issus de familles très modestes, et nous n’avons pas les moyens de nous payer de vraies vacances”, fera remarquera Islem d’un ton résigné. 

Son camarade, Ahmed en l’occurrence, lui emboitera le pas en déclarant : “En plus de tout ça, nous n’avons pas de climatiseur à la maison, comment voulez-vous que je supporte cette chaleur ?”. Avant qu’il ne termine sa phrase, un cri strident s’est fait entendre. C’est Mourad, le cadet de la bande qui s’est enlisé dans une partie vaseuse de cet étang. Panique et branle-le bas général ! Ni une, ni deux, ses amis s’improvisent maîtres-nageurs et filent à son secours à la vitesse de l’éclair.

Quelques minutes plus tard et alors qu’ils se démenaient comme de pauvres diables afin d’extirper leur camarde, un jeune homme qui était de passage s’est empressé de se jeter à l’eau pour leur venir en aide. Au bout du compte, le jeune intrépide fut délivré et ramené sur les rives. 

Ce bon samaritain est un manœuvre qui travaille sur un chantier non loin du lieu de l’incident et s’apprêtait à reprendre sa tâche. Après avoir “passé un savon” aux trois garnements, il s’est livré à un commentaire des plus lucides. “Je ne blâme pas ces gosses, mais plutôt leurs parents ! Comment peut-on laisser des gamins venir ici sans la moindre surveillance? C’est de la pure folie”, s’est-il offusqué.  

Quatre mois sans piscine
Au-delà de l’aspect financier qui contraint ces jeunes à risquer leur vie pour un peu de fraîcheur en cette fournaise du moins de juillet, il subsistait jusqu’à récemment un autre problème au niveau de la wilaya de Bouira. Toutes les piscines publiques étaient fermées. En effet, les dix piscines semi-olympique de la wilaya étaient jusqu’au 10 août hors service et les citoyens étaient priés de rebrousser chemin. La cause ? Le bras de fer qui opposait les travailleurs de l’Office du parc omnisports de la wilaya (Opow) à leur désormais ex-directeur. 

Ce dernier était contesté par ses fonctionnaires qui réclamaient son départ effectif. La genèse de cet imbroglio administratif remonte au mois d’avril dernier, lorsque l’actuel ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), avait procédé à la réintégration de l’ancien directeur de l’Opow de Bouira, qui avait été démis de ses fonctions par l’ancien MJS au mois de décembre 2018. 

Ce n’est que le 28 juillet dernier que le MJS avait daigné débloquer la situation en installant un nouveau directeur en la personne de M. Hemmal Hocine, qui occupait le poste de directeur de l’Office des établissements de jeunes (Odej) local. Désormais, l’ensemble des piscines des OMS de Bouira, Lakhdaria, Aïn Bessam, Bir Ghbalou, M’chedallah, Bechloul, entre autres, ont rouvert leurs portes aux citoyens. 

À souligner qu’en ce qui concerne les deux daïras qui ne disposent pas de leur propre piscine, à savoir El-Hachimia et Souk El-Khemis, le nouveau directeur de l’Opow a tenu à apporter des clarifications. “Les baigneurs de ces daïras utiliseront les piscines limitrophes, à savoir celles de Bir Ghbalou, pour les citoyens des communes de Souk El-Khemis et El-Mokrani, et d’Aïn Bessam pour les habitants d’El-Hachimia et d’Oued Berdi”. Entre le début du conflit et sa résolution, il s’est écoulé quatre mois, soit pratiquement tout l’été.   

L’ANBT sur le qui-vive
L’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), a lancé depuis le début du mois en cours une campagne de sensibilisation sur les dangers de la baignade au niveau des trois barrages de la wilaya à savoir Tilesdit, Koudiet Acerdoune et Oued Lekhel. “Nous sommes actuellement à la deuxième semaine de cette caravane après la première semaine passée au niveau de la wilaya de Boumerdès en ayant parcouru les villages avoisinant d’El-Hamiz, Keddara et Béni Amrane.

Les villages à proximité du barrage de Taksebt, à Tizi Ouzou, ont été également sillonnés”, révèle la chargée de communication de l’ANBT qui souligne que jeudi dernier, c’était au tour de la wilaya de Bouira où ont été ciblées les populations riveraines des barrages de Koudiet Acerdoune et de Oued Lekehal avec les villages de Maâlla, Zbarbar et une partie de Guerrouma, précisent les services de l’ANBT. Au niveau du barrage d’Oued Lekhel, relavant de la commune d’Aïn Bessam, les gardiens étaient sur le qui-vive.

“On passe notre temps à jouer au chat et à la souris avec les jeunes qui veulent à tout prix se baigner ici (…). Nous, on sensibilise, mais le plus grand rôle incombe aux parents qui doivent surveiller leurs enfants”, notera un agent de sécurité qui sillonnait les berges dudit barrage. Il y a lieu de souligner que depuis 2017, aucun cas de noyade n’a été signalé à travers les trois barrages que compte la wilaya, et ce, grâce à la vigilance des fonctionnaires de l’ANBT.         
 

R. B.

 


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