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A la une / Reportage

à aïn témouchent, la SAISON ESTIVALE RISQUE D’êTRE COMPROMISE

On ne bronzera pas cet été

La plage de Bouzedjar à Aïn Témouchent. © D.R.

Que serait Aïn Témouchent sans ses plages peuplées d’estivants ? Rattrapé par le confinement sanitaire, le littoral témouchentois sera marqué cette année par un calme sans précédent à l’approche de l’été.

Prévue pour le 1er juin prochain, l’ouverture officielle de la saison estivale n’aura finalement pas lieu à Aïn Témouchent. Et pour cause, Mme Ouinez Labiba, la wali, vient de signer un arrêté interdisant l’accès aux plages. Le relâchement des citoyens et leur comportement en cette période de crise sanitaire sont la raison de cette décision extrême. Et elle n’a pas tardé à faire réagir la population.

Hichem, doctorant, un habitué de la plage de Bouzedjar, qui a appris la nouvelle dans la soirée de dimanche, s’est interrogé sur la capacité des services de la wilaya à imposer l’application de l’arrêté sur le terrain. “Si on arrive à bloquer l’accès aux estivants venus d’ailleurs, quel sera le sort des riverains des plages ? Réussira-t-on à les isoler ?” Et puis, le littoral témouchentois, qui s’étend sur une longueur de 80 km, ce ne sont pas uniquement les 18 plages autorisées à la baignade. Il existe d’autres criques non autorisées fréquentées par les estivants. Aussi, quel sera le sort des propriétaires de cabanons habitués à les louer pendant la période estivale ? “Jusqu’à l’heure actuelle, aucun estivant ne s’est manifesté pour louer mon cabanon”, nous apprendra un propriétaire de cabanons situés à la plage de Sassel. D’autres, par contre, espèrent profiter de cette occasion pour aller se détendre en forêt. Mais ira-t-on dans ce cas également jusqu’à interdire l’accès à ces espaces aux familles ? Car, selon notre interlocuteur, les familles ont du mal à imaginer devoir passer la période de grandes chaleurs cloîtrées chez elles.       
Rattrapé par le confinement sanitaire, le littoral témouchentois sera marqué cette année par un calme sans précédent à l’approche de la période des grandes chaleurs et de l’effervescence estivale. 

Barques abandonnées
Avant même cette prise de décision d’interdiction, rien n’indique qu’on prépare cette saison comme cela se faisait chaque année. Un tour du côté de la plus importante plage de Terga, à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya, nous renseigne sur cette certitude. Le site donne une image d’être abandonné depuis des années. Des cabanons désertés, hormis quelques maçons et autres ouvriers perchés sur un échafaudage en train d’effectuer des travaux dans une ancienne bâtisse d’un émigré. Une mer démontée. À l’entrée de la plage, le véhicule a du mal à se frayer un chemin malgré une chaussée récemment bitumée. 
Des tonnes de sable recouvrent le mur de clôture de l’esplanade. Sur la rive, quelques barques de pêcheurs abandonnées sur du sable qui attend d’être nettoyé. Sur ce point, le P/APC de Targa, M. Sid-Ahmed Alhakoumou nous apprendra que ses services ne peuvent agir sans l’aval de la wilaya dans la mesure où sur le plan réglementaire, le sable rejeté par la mer est du domaine maritime. “Une demande d’autorisation a été adressée au wali dans ce sens depuis le mois d’avril dernier, mais en vain”, nous révèlera le P/APC de Terga ajoutant que “pour les travaux qui devront être entamés dans le cadre de la préparation de la saison estivale et malgré le fait qu’aucune correspondance n’a été reçue de la wilaya et l’insuffisance de notre budget, nous comptons lancer les travaux le premier dimanche qui suit la fête de l’Aïd”, a tenté de rassurer notre interlocuteur. “Il n’y aura pas de soumissions d’adjudication pour les solariums, les parkings et les sanitaires, même si ceux-ci pourraient être ouverts aux estivants”. D’où un manque à gagner important pour le budget de la commune. M. Alhakoumou n’a pas caché son souhait de voir annulée cette saison estivale. “Du moment que la plage demeure un centre de regroupement des estivants surtout les week-ends qui connaissent un rush et donc un risque de contamination, il vaut mieux la fermer comme ce fut le cas pour les mosquées et les stades de football. Que chacun reste chez lui”.

Les hôteliers risquent de mettre la clé sous le paillasson   
Il n’y a pas que les communes à l’exemple de celle de Terga qui subiront le contrecoup de l’annulation de la saison estivale. Sont aussi touchés les nouveaux établissements hôteliers qui s’apprêtent à accueillir leurs premiers clients. La commune de Terga, à elle seule, compte une dizaine d’établissements hôteliers et autres complexes touristiques dont certains sont en cours d’achèvement. Ce qui fera dire au P/APC que la plus grande plage au niveau de la wilaya mérite plus d’attention en termes d’aménagement au lieu de la laisser à l’abandon. “Un projet lancé par la Direction de l’urbanisme et de la construction portant sur l’aménagement de la plage (sanitaires, douches, trottoirs, VRD, éclairage public...) risque de tomber à l’eau puisqu’il accuse un grand retard en raison du désistement de l’entreprise réalisatrice alors qu’elle était en possession de l’ordre de service”, nous apprendra le P/APC de Terga. 

Le complexe touristique M’hiddine, qui se trouve à moins de 100 mètres du bord de la plage, ne peut laisser indifférent le promeneur. Lancé par les frères Benchâabane, et en complément du complexe touristique composé de 32 appartements, d’un hôtel de 60 chambres et 12 suites, un véritable bijou est en train de pousser juste à proximité du premier. Il s’agit d’un projet public-privé portant sur la réalisation d’une gigantesque résidence touristique sous la forme d’un car-ferry en R+8 d’une capacité d’accueil de 650 lits en plus de plusieurs centres destinés à des cures de rééducation fonctionnelle, de réadaptation ainsi qu’un centre de thalassothérapie. Larbi Benchaâbane, copromoteur, affirme qu’il n’a reçu aucune demande de réservation alors qu’auparavant il affichait complet dès le mois de février ou mars. Plus loin, dans la petite commune d’Ouled Boudjemâa, dans la daïra d’El-Malah, sortie de l’anonymat grâce au premier village touristique que le promoteur Tourki Brahim est parvenu à réaliser contre vents et marées, inauguré en 2014, un pôle de vie animé en permanence grâce à la variété de ses activités pour les visiteurs.

Une bouffée d’oxygène pour la commune qui est sortie de son isolement notamment avec le lancement de l’agro-tourisme et écolo-tourisme, deux produits qui profiteront aux agriculteurs de la région mais aussi aux 152 pères de famille au chômage qui ont réussi à décrocher des postes d’emploi. Puis est venue cette épidémie qui a tout chamboulé. Brahim Tourki n’en revient pas reconnaissant que pour cette saison c’est la perte sèche. “On est en train de refuser les réservations parce qu’on ne sait pas de quoi sera fait demain. Le complexe affichait complet avec 426 réservations au 15 mai dernier qu’on est obligé d’annuler, nous apprendra M. Tourki en ajoutant : “Alors que tous les employés sont payés car je préfère dépenser trois mois de masse salariale que de risquer une contamination puisque mes salariés restent chez eux à l’exception des agents de la sécurité qui sont hébergés, pris en charge et confinés à l’intérieur du complexe”.

Notre interlocuteur espère néanmoins que l’État puisse prendre en charge une partie des pertes notamment sur le plan fiscal même s’il reconnaît qu’“en pareille circonstance, c’est l’État qui a besoin de nous”. De son côté, M. Mâameri Hamouda directeur du tourisme et de l’artisanat nous révèlera qu’avant l’apparition du Covid-19, l’État n’a pas lésiné sur les moyens pour la réussite de la saison estivale puisqu’une cagnotte de 33 milliards de centimes a été allouée pour lancer les grands travaux d’aménagement au niveau des plages les plus importantes à l’image de Rachgoun 1 et 2, Bouzedjar 2 et Madagh. Quant aux ZET de Terga et de Rachgoun en plus des plages d’En Nedjma et d’El-Mordjane, le taux d’avancement des travaux de viabilisation est estimé à 80% et ils devraient être achevés vers le 10 juin avec la réalisation d’une double voie au profit des investisseurs touristiques. “Il était prévu l’ouverture de quatre nouveaux établissements hôteliers pour cette saison dont deux à Béni Saf, un à Sassel et un autre à Hammam Bou Hadjar qui renforceront les 33 établissements hôteliers existants. Cependant, le gel des crédits bancaires a influé négativement sur l’investissement touristique car on aurait aimé qu’au moins trois parcs d’attractions soient mis en service dès cette saison”, a regretté M. Mâameri même s’il estime qu’il n’y aura pas de saison estivale pour cette année en raison du risque de contamination sur les plages. “Personnellement si la situation sanitaire s’améliore je propose la date du 15 ou du 20 juillet pour l’ouverture officielle de la saison estivale avec des précautions à prendre et des mesures qu’on doit imposer au niveau des structures d’hébergement comme le port de bavettes, la distanciation sociale, la réduction des activités culturelles tout en favorisant le tourisme culturel et écologique. En tous les cas la décision revient aux autorités centrales”, a-t-il lâché. La Protection civile, pour sa part, a mobilisé 60 agents professionnels et 325 agents saisonniers pour la saison dont l’ouverture officielle est prévue le 1er juin. Le capitaine Zoubir Bensabeur chef de service de la protection générale auprès de la direction de la Protection civile de la wilaya nous apprendra que les chefs de daïra et les P/APC des communes côtières ont été saisis pour lancer les opérations d’aménagement des postes de la Protection civile au niveau des plages. “Or, aucune APC n’a entamé l’opération malgré l’instruction de la wilaya relative à la préparation, au suivi et à la gestion de la saison estivale même si la décision de l’ouverture de la saison dépend des autorités centrales”, nous dira l’officier. 
La wilaya a doté la Protection civile de bouées de sauvetage et de balisage pour délimiter les zones de baignade, d’une embarcation pneumatique neuve qui renforcera les 11 embarcations pneumatiques existantes au niveau des plages à forte affluence.

Réalisé par : M. Laradj


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