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A la une / Reportage

Village Avarane (Tirmitine)

Quand la volonté citoyenne comble les carences des autorités

© R. Achour/Liberté

Sur la placette centrale du village, l’on découvre de vraies petites merveilles ! Le tableau s’ouvre par une fontaine publique dotée de plusieurs robinets, réalisée dans un style architectural particulier.

Alors qu’ils pataugeaient, à l’instar de ceux des autres localités de la wilaya, dans des conditions de vie déplorables, les habitants d’Avarane, un village de la commune de Tirmitine, ont décidé de prendre leur destin en main, de se retrousser les manches afin d’améliorer leur cadre de vie en re-convoquant ce qu’ils y a de plus atavique et d’ancestral dans la sociologie berbère, à savoir “thiwizi”, cette valeur de solidarité basée sur l’entraide entre les membres de la  communauté villageoise.

C’est à partir du lieudit Fraghda, où se trouve un pont enjambant un petit cours d’eau que nous entamons la visite de ce village de 1400 habitants, en compagnie de Chaboni Toufik, président de l’association “Ithran usirem et Moussouni Mohamed, président du comité de village, qui nous ont accueillis avec l’hospitalité légendaire connue aux habitants des villages de montagne.  Aussitôt, nous empruntons un chemin qui monte pour atteindre le centre de ce village qu’on peut également rejoindre par le haut, en passant par El-Kseur, le chef-lieu communal de Tirmitine.  

L’on n’a pas encore atteint ce centre du village que nous constatons déjà un décor et une organisation qui laisse facilement mesurer les colossaux efforts fournis par les habitants. Le chemin que nous empruntons est déjà frappant rien que par sa propreté. Il est, de surcroît, bordé de part et d’autre d’une clôture en bois peinte en blanc, le long de laquelle sont plantés des arbres, soigneusement disposés et alignés. Au fur et à mesure que nous avançons, les surprises ne font que se multiplier. 

Les réalisations sont déjà nombreuses mais à l’intérieur du village, un groupe d’hommes et de jeunes sont en plein travail. Pelles, truelles, pinceaux, marteaux en main, qui pour crépir un mur, qui pour poser une clôture, préparer le mortier ou pour peindre les bordures de la rue, etc. “Cela fait maintenant plus de deux ans que l’idée de nous prendre en charge a germé, avec la relance de notre comité en fin de l’année 2017.

Tout récemment, nous avons été encouragés  par le village voisin d’Azemmour Oumeriem  qui a obtenu le 1er prix du concours Rabah-Aïssat, Nous avons entamé les travaux depuis uniquement 4 mois par de simples nettoyages des ruelles et fossés puis abattage des arbres qui représentaient un danger pour les habitations, mais au fil du temps le village a subi une véritable métamorphose”, nous explique M. Moussouni. 

De surprise en surprise  
Sur la placette centrale du village, l’on découvre de vraies petites merveilles ! Le tableau s’ouvre par une fontaine publique dotée de plusieurs robinets, réalisée dans un style architectural particulier. “C’est une adduction opérée à partir des nombreux puits qui se trouvent non loin d’ici”, précise notre guide qui nous apprend que cette région est fortement aquifère et recèle une nappe phréatique inépuisable, localisée à l’endroit appelé “Thamijth”. “Nous comptabilisons plus de 50 puits.

Presque chaque famille en possède un. Les villages voisins puisent l’eau chez nous, lors des pénuries qui surviennent, notamment en été”, ajoute-t-il avec une apparente dose de fierté. Un jardin public en gazon naturel jouxte cette fontaine, il est doté de plusieurs bancs et orné d’objets traditionnels et de poteries berbères anciennes, de deux portraits, Mouloud Mammeri et Mouloud Feraoun. 

Les allées de ce jardin sont configurées de manière à obtenir la symbolique lettre “Z” de thifinaght, comme pour réaffirmer l’appartenance culturelle de la région à tout visiteur des lieux où flotte également fièrement  l’étendard amazigh aux côtés du drapeau national. “Ce terrain a été mis à la disposition du village par la veuve du chahid  Chibi Slimane”, précise notre interlocuteur. Un monument où une épitaphe comportant les noms des 26 martyrs de la Révolution de novembre 1954 complète le décor. Rencontré sur les lieux, Dda Ali, ancien moudjahid, se souvient,  parfaitement, malgré le poids de son âge, de cette remarquable épopée de la Révolution et n’hésite pas à nous narrer les hauts faits d’armes des siens qu’il souhaite léguer à la postérité.

“L’armée coloniale qui s’est rendu compte de l’engagement du village dans la Révolution ne s’est pas contentée d’implanter sur place un poste avancé mais elle a également déplacé une partie des habitants du village en 1958, en pleine Opération Jumelles”, raconte-t-il avec une fine analyse replaçant l’évènement dans son contexte politico-historique exact. Sur la même placette une mosquée en  préfabriqué vient d’être réalisée avec un coût de 350 millions de centimes. 

Immersion instructive 
Nos guides nous entraînent ensuite dans les profondeurs du village à travers ses  ruelles étroites, typiques des villages kabyles anciens, mais d’une parfaite propreté. Nous débouchons sur une autre petite placette, “Ighil tezrouts” où sont installées deux “horloges  naturelles” qui peuvent indiquer l’heure de la journée rien qu’avec la position du soleil. “On ne les retrouve que dans notre village et dans un seul autre endroit en Algérie”, disent fièrement nos accompagnateurs. 

Un peu  plus bas, c’est le musée du village, une maison kabyle ancienne qui a survécu au temps et qui est aménagée comme aux temps immémoriaux de la société kabyle, avec ses “Ikoufane” (les jarres de stockage des aliments), “thaarichth” (soupente), “lmedhouedh” (l’étable), “ikanoun” (petit trou dans le parterre où on cuisine), etc. La décoration des murs est restée aussi intacte.

C’est là que M. Chabouni nous montre le grand figuier qui a donné son nom au village. “Avarane, c’est cette variété de figuier noir qui était en abondance dans cet endroit. Ces terres appartenaient jadis à des habitants de Thadarth Thamoukrant, dont une partie a fini par la suite à occuper les lieux. À l’époque, ces  gens s’adonnait beaucoup à la culture maraîchère, vu la nature aquifère de l’endroit”, a-t-il détaillé.

La ruelle qui mène vers le quartier Thakharouvth et celles adjacentes sont aussi embellies et décorées de fresques murales où sont représentés des objets traditionnels, les anciens artistes connus de la chanson algérienne, Slimane Azem, El Hesnaoui, Lounes Matoub, Lounis Aït Menguelet… mais aussi , les héros de la révolution, tels que Abane Ramdane, Krim Belkacem, Larbi Ben M’hidi, Boudiaf, etc.

 

 

Plus bas encore, une station d’épuration des eaux usées faite d’une suite de bassins de décantation et un centre de tri sélectif et de compostage, ont été réalisés avec le concours de l’association universitaire dénommée “Association l’initiation au développement durable” (AIDD), dirigée par Mme Bourbia. 

“Ces deux réalisations nous permettent de dépasser le cadre des seules opérations d’embellissement, pour d’autres œuvres d’un grand intérêt écologique. Avec la station d’épuration, nous parvenons à transformer les eaux usées en eau aussi limpide que celle de roche qui contribuera à la préservation de la faune et la flore de la région. Cette eau sera aussi utile pour l’irrigation.

Quant au centre de tri et de compostage, non seulement il servira à éliminer les rejets des huileries, le grignon et les margines, mais bien plus, ils seront transformés, grâce au procédé de compostage, en produits fertilisants utilisables en agriculture”, affirment nos guides qui laissent ainsi comprendre que grâce à la solidarité et la mobilisation de ses habitants, le village Avarane ne s’est pas contenté des habituelles opérations de lifting mais s’est attelé à combler même les carences des autorités.    
 

R. A.

 

 

 

 

 


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