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A la une / Reportage

les détenus de l’emblème amazigh CONDAMNÉS, MAIS NULLEMENT ACCABLÉs

Face à l’arbitraire, la dignité

Des citoyens devant le tribunal de Sidi M’hamed en solidarité avec les détenus d’opinion. © Louiza Ammi/Liberté

La colère était forte au tribunal de Sidi M’hamed, l’indignation encore plus, après l’annonce du verdict.

Le verdict des procès des détenus pour port du drapeau amazigh est tombé tel un couperet hier à 2h20. Le juge a décidé de condamner les accusés à un an de prison, dont six mois avec sursis, assortie de 30 000 DA d’amende chacun. Une condamnation inattendue, tant les avocats comme les familles ont cru entrevoir une volonté d’apaisement chez le pouvoir. Il n’en a rien été. 
Les familles, les avocats comme le reste des présents au procès ont été sidérés par cette décision, qu’ils ont accueillie avec colère et indignation. Retour sur des procès inédits. 

“Pas au nom du peuple !” 
La cloche de la salle d’audience, qui a retenti à 2h15 annonçant le prononcé des délibérations,  alors que les présents occupaient le hall du tribunal et dont la majorité dormait à même le sol, a ranimé une foule exténuée par une longue journée d’attente. 

L’impossibilité d’accéder à la salle a rendu le prononcé des verdicts difficile. À peine a-t-elle entendu le juge prononcer la peine d’un an d’emprisonnement, la salle s’est levée pour crier sa colère. Son indignation. “Pouvoir assassin”, “Justice du téléphone”, “Juge, vous êtes la honte”, “Nous sommes toujours des Amazighs”, s’est écriée la salle, au milieu des pleurs et des sanglots des membres des familles des détenus qui venaient d’être condamnés. 
“Dites au juge que moi qui suis citoyen algérien, donc du peuple, qu’il n’a pas le droit de rendre le verdict en mon nom”, criait un homme, soulignant, les yeux en pleurs, que le verdict “est une déclaration de guerre contre les Algériens épris de justice et de liberté”. Le verdict a provoqué une telle colère qu’il a fallu quadrillé le tribunal par la police pour empêcher les gens de sortir et manifester dehors, à cette heure tardive de la nuit. “Vous avez privé mon fils de sa liberté, vous les dictateurs”, criait une mère d’un détenu, soutenue par sa belle-fille qui attendait le retour à la maison de son époux depuis cinq mois. 

“Mon père est malade et je sais qu’il attend le verdict”, a dit la sœur d’un détenu. “L’injustice n’a pas de limites”, a-t-elle dit, dénonçant “des magistrats qui font fi de la loi et qui se soumettent à une autre autorité”. Rares étaient les familles des détenus qui ont voulu s’exprimer sur ce qui venait d’arriver, assommées qu’elles étaient par la décision du juge. 

La colère était forte au tribunal de Sidi M’hamed. L’indignation encore plus, après l’annonce du verdict. Les avocats interrogés n’ont pas manqué de faire part de leur “incompréhension totale”. Me Salah Hannoun a souligné que cette décision est “politique” et qu’elle n’a rien à voir avec le droit. Me Fetta Sadat a, pour sa part, estimé que le tribunal de Sidi M’hamed fait exception à la règle. “Nous ne comprenons pas si nous sommes dans une seule Algérie ou dans plusieurs Algérie”, a-t-elle dit. 

Détermination et fierté 
Malgré les tentatives du juge d’orienter les débats lors des plaidoiries des détenus afin qu’elles ne débordent pas sur l’aspect politique du procès, Samira Messouci brise l’armure du magistrat et s’engage dans un discours politique des plus tonitruants. “J’ai manifesté avec le drapeau amazigh et je vais refaire la même chose une fois libérée”, a-t-elle dit, sous les applaudissements d’une salle qui l’écoutait avec attention. 
Après plusieurs minutes d’un discours qui a ravivé la salle, le juge tente de la freiner dans son élan, mais c’était sans compter sur la détermination de la détenue à poursuivre son réquisitoire contre le système en place. 
Il en est de même pour Smaïl Chebili, étudiant en médecine en fin de cycle, qui a été, lui également, magistral dans ses répliques. “Ils ne nous sollicitent que lors des élections”, a-t-il dit au juge, ajoutant que le drapeau qu’il a exhibé “représente son identité, une identité constitutionnellement reconnue”. Avec fierté, mais surtout détermination, les détenus ont tenu à rejeter d’une manière hautement courageuse l’accusation en assumant leurs convictions. 

Espoir et déception 

Cette journée qui s’est achevée par ce sévère verdict fut longue. Notamment pour les familles des détenus qui sont arrivées au tribunal d’Alger vers 8h. Venues de Tizi Ouzou, de Bouira, de Béjaïa, de Skikda, ces familles ont été accueillies par d’autres familles résidant à Alger. La salle des audiences ne pouvait en aucun cas accueillir le nombre impressionnant de personnes venues assister à des procès,  pour le moins que l’on puisse dire, inédits. Des heures durant, elles ont attendu le début des auditions. 

Ce qui n’est arrivé que vers 13h, moment où le juge a appelé au box des accusés les détenus pour port du drapeau amazigh. Pleurs, sanglots dès que les détenus ont surgi de la porte qui menait à la salle des audiences. 
Mais surtout youyous et applaudissements pour accueillir des héros. Bibi Makhlouf, Boudraâ Abderrahmane, Amine Ould Taleb, Chatri Mouloud, Acherfouche Amar et Ouidir Khaled ont été les premiers à être jugés. Le juge n’a pas donné l’occasion aux détenus de s’exprimer. 

Il les a juste interrogés sur les circonstances de leur arrestation. En prenant le relais, ce sont les avocats qui ont tenu à démolir “une accusation farfelue”. Le collectif d’avocats n’a laissé personne indifférent dans la salle. 
Des plaidoiries éminemment politiques, comme l’est la nature du procès et de l’accusation, sont venues appuyer et renforcer les répliques des accusés pour détruire et anéantir l’accusation. 

L’attente n’était pas facile pour ces mères, ces sœurs, ces pères et ces frères venus, la peur au ventre, connaître le sort que réserve la justice aux leurs. 
Sauf que l’espoir de les voir libres a été plus fort que la peur. À cette situation insupportable s’étaient ajoutés l’exiguïté de la salle, la chaleur et les va-et-vient incessants de dizaines de personnes. Le silence n’a pas été de rigueur dans le tribunal. 

Il ne pouvait l’être. Ces parents venus soutenir leurs enfants incarcérés et dénoncer leur détention, abusive et arbitraire, selon les avocats de la défense et les militants des droits de l’Homme, ne pouvaient suivre religieusement le déroulement du procès. Ils sont, eux aussi, dans le combat de leurs enfants. 
Des enfants dignes dans l’épreuve, cette terrible épreuve qui leur est imposée. 


Mohamed Mouloudj
 



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