L’Actualité CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

Des roses et des épines

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Hana MENASRIA Publié 07 Mars 2022 à 23:25

© Archives Liberté
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La femme algérienne fête ce 8 Mars une journée censée être celle de la célébration  de  ses  droits, tels  que consacrés  par  l’ONU.   Mais dans la réalité, au-delà du folklore  accompagnant  cet  événement, le  chemin demeure  semé   d’embûches   et  surtout   de  pesanteurs  sociales  et politiques qui empêchent son émancipation.

Chaque année, le 8 Mars, nous célébrons la Journée internationale des droits des femmes, qui a été adoptée officiellement par l’ONU en 1975. Si cet événement marque un combat sans concession de femmes courage pour l’égalité des droits, notamment celui du vote, des études et du travail et toute discrimination des genres… Qu’en est-il aujourd’hui en Algérie, de cette date commémorative censée être une tribune de débat, de réflexion et de revendication ?

Sur cette interrogation, la réponse est catégorique : une fête commerciale ou plutôt folklorique, qui rime avec défilés de mode, chansonnettes et autres activités aussi réductrices, durant laquelle les organisateurs de spectacles et les fleuristes triplent leur chiffre d’affaires. Si la gent féminine trouve son bonheur et le moyen de souffler un après-midi durant, qu’en est-il des 364 jours qui suivent cette “célébration” ?

À ce propos, la militante socialiste Safia Djaoui souligne que “cette journée en l’honneur des femmes est devenue une journée de fête, folklorique, dénaturée et détournée de son sens. Cela au grand bonheur du grand capital, qui, grâce aux campagnes de marketing, est capable de mercantiliser les causes les plus nobles et les réduire à des pratiques souvent sans aucun intérêt”. Dans le même sillage, l’actrice engagée pour l’égalité des genres, Souha Oulha estime que beaucoup de femmes n’ont pas encore compris que c’est la “Journée internationale des droits” et non la “fête de la femme”, et cette méprise est due, selon elle, à l’absence de sensibilisation en faveur des citoyennes. 

“Depuis une vingtaine d’années, cette commémoration a été banalisée et est devenue une occasion pour beaucoup de femmes de sortir et d’aller danser. Même si c’est légitime de leur part, elles devraient s’imposer et lutter pour que cette journée devienne un acquis au quotidien !”. Et d’ajouter : “Il ne faut pas oublier que cette journée est le fruit, de souffrances et de combat de femmes dans la lutte pour nos droits. Il faut échanger et essayer de trouver des solutions pour que nos fils et nos filles soient sur un pied d’égalité dans notre société.” 

Le 8 Mars, une journée plutôt de droits !
Quand les enjeux du 8 Mars sont évoqués, la question des droits ne peut être occultée, car le chemin est encore long ! Ces dernières décennies la femme algérienne a pu arracher des acquis, à l’exemple du code pénal de 2015 qui criminalise la violence conjugale, le harcèlement sexuel et le harcèlement de rue.

Aussi, dans le milieu du travail, “nos textes juridiques ont toujours été favorables à la participation des femmes à la vie économique. L’Algérie a ratifié un grand nombre de textes relatifs au travail qui constituent la source du code du travail algérien, consacrant l’égalité homme-femme et bannissant la discrimination”, a indiqué dimanche, l’avocate Nadia Aït Zaï, lors d’une rencontre à Alger, a rapporté l’APS. Et ce, tout en regrettant qu’“en dépit de ces textes de loi favorables, la présence des femmes sur le marché du travail demeure assez faible”.

Certes les femmes ont de nos jours accès à toutes les professions, mais elles souffrent toujours des discriminations, comme l’on a pu le constater au Hirak, à travers le carré féministe ; la campagne sur les réseaux sociaux “Plastek fel cousina” (ta place est à la cuisine) ou encore l’augmentation des violences et des féminicides durant la pandémie.

Sans occulter le fait qu’elle soit et demeure sous l’emprise d’un tuteur ! Concernant, la place de la gent féminine dans le domaine politique, elle trouve difficilement des “postes de pouvoir”, qui sont réservés exclusivement aux hommes. À ce sujet, Safia Djaoui précise que c’est souvent par le biais du mouvement féministe que les femmes accèdent à des rôles politiques.

“Un mouvement qui ne s’adresse qu’aux femmes et qui n’a jamais réussi à s’accorder sérieusement et efficacement sur des buts concrets ; tout comme les mouvements de jeunes qui ne s’adressent qu’aux jeunes, deux notions qui restent pourtant aussi abstraites l’une que l’autre !”, signale-t-elle.

Pour rappel, la dernière loi sur les élections a remplacé le système des quotas par une parité sur  les  listes  des  candidatures.  Cela  a  marqué  une  forte régression de la présence des femmes  à  l’Assemblée  nationale passant de 31% en 2012 (l’Algérie était à la 26e place mondiale et à la 1re place dans le monde arabe) à 25,97% en 2017 et à 8,35% (34 élues sur 8 305 candidates) en 2021.

La Journée internationale des droits des femmes ne devrait-elle pas être plus qu’une occasion de distribuer des fleurs ? Mais, plutôt une opportunité pour mettre en place des actions où toutes les femmes, sans exception, se retrouvent au cœur de la création et au centre de leur participation à la vie sociale, politique et économique.
 

Hana MENASRIA

 

 

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