L’Actualité DROIT DE REGARD

Foot et politique : jeu et enjeu

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Mustapha HAMMOUCHE Publié 03 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
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L’équipe nationale de football n’a pas obtenu sa place au Mondial 2022. Sévère coup de sort, mais en cette fin de mois de mars, le pays cumule d’autres infortunes que celle d’avoir raté, pour des raisons autour desquelles nos experts continuent à conjecturer la dernière marche pour Dubaï. En plus de souffrir des effets de la baisse d’activité économique et du contexte inflationniste (chômage, stagnation des salaires, inflation éprouvante), les Algériens voient surtout se confirmer le caractère structurel des pénuries, d’ailleurs entériné par le ministre du commerce élevant “la chaîne” au rang de vertu civilisationnelle.
La file d’attente constitue une marque de discipline sociale, en effet, mais seulement lorsque les clients ou usagers s’en acquittent avec la sérénité de ceux assurés qu’ils vont être tous servis.
Ce ne peut être le cas lorsqu’il y a une offre insuffisante d’un produit de consommation de première nécessité, comme l’a établi une commission d’enquête parlementaire à propos l’huile, par exemple. Ce ne peut être le cas, non plus, lorsqu’on propose 20 000 tickets de stade qu’on vend à travers quelques lucarnes à une innombrable masse de jeunes, fanatiques de leur équipe nationale, forcés de jouer de leurs muscles pour se départager ! Et il est inutile de faire comme si le spectacle insoutenable de cette hideuse cohue n’était pas prévisible. Là, la cause, puisque le foot est désormais élevé au rang de cause, semble justifier les impérities organisationnelles des autorités et les débordements comportementaux de la société. C’est la cause qui définit la règle, un peu comme le vendredi où l’on est tacitement autorisé à stationner n’importe comment aux alentours des mosquées ou comme le jeûne du ramadhan autorise nos avidités et nos emportements.
En réalité, les files d’attente, les mêlées et bousculades auxquelles elles donnent lieu parfois sont surtout l’expression de l’état de sous-développement dans lequel végète la fonction de mise à disposition du citoyen des produits et services auxquels il a droit.
Au XXIe siècle, nous sommes probablement le dernier pays dont les sujets doivent disposer d’argent liquide pour payer… leurs impôts et les derniers à faire “la chaîne” devant un guichet pour réserver et régler sa place d’avion ou de train ! Cela, c’est sûr, ce ne sont pas des marques de civilisation.
C’est dans ce contexte que mars vient de laisser place à un Ramadhan dont l’avènement n’est pas fait pour adoucir l’épreuve du manque de produits de base et de leur cherté. Réputé mois de retenue, de partage, de piété et d’élévation morale, il est malheureusement aussi le mois où s’épanouissent nos goinfreries, nos paresses, nos irascibilités, nos avidités…
Mais mars lègue aussi des raisons de ne point l’accabler de seuls reproches. Comme le retour de précipitations dont nous commencions à désespérer. Comme la hausse du prix des hydrocarbures, même s’il faut le dire vite parce qu’on le doit à une meurtrière guerre, une autre. Il nous quitte sur une autre bonne nouvelle : une soixantaine de détenus d’opinion été ont remis en liberté provisoire, en attendant leurs procès à venir. Les motivations de cette initiative ne sont pas connues et ses modalités ne sont pas explicites. Mais en matière de “justice” politique, il n’y a pas de forme adéquate.
La pratique contredit la justice dans son essence même, celle-ci ayant vocation à prémunir la société contre le fait du prince. Bien sûr, la nouvelle d’innocents qui retrouvent leur liberté est toujours réjouissante et toujours bonne à prendre. Mais l’abus reste injustifiable, au moment où il sévit comme au moment où il se rétracte.
Surtout qu’il ne s’agit que de libérations partielles, puisque, pour l’heure, le plus grand nombre de militants, de journalistes, d’activistes de la société civile et des citoyens coupables d’avoir exprimé leurs aspirations politiques continuent de croupir en prison. Et dans l’intervalle, d’autres arrestations et gardes à vue ont été opérées. Ces libérations ne sont donc pas la fin de la répression. Ce n’est pas la fin de la censure de l’expression, non plus ; la maison d’édition Koukou vient de l’éprouver au récent Salon du Livre d’Alger. L’Algérie souffre d’une double panne de développement et de démocratie plutôt que d’une crise de football. La défaite sportive peut nous éprouver sentimentalement. Mais il y a plus à redouter de ce que s’assombrisse la perspective nationale, dans ses aspects socioéconomique et politique.

M. H.
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