Chroniques

L’insoumission ou comment barbouiller le blanc du silence !

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Amin ZAOUI Publié 03 Mars 2022 à 09:33

Par : Amin Zaoui
Écrivain

1 - L’écriture est le revers de la vie libre. Sa souffrance provoquée n’est qu’une prolongation de la souffrance physique ou psychique de l’écrivain. Elle est aussi son plaisir.  

Elle est aussi la réconciliation conflictuelle de l’écrivain avec la vie. Le miroir fissuré, mais juste, reflétant l’image de son âme embrasée.  
L’écriture est un acte individuel. Un jeu solitaire avec la solitude, dans la solitude assourdissante. Mais, par-dessus tout cela, elle est porteuse d’un projet sociétal.
2 - La feuille blanche ne fait pas peur aux écrivains indomptables et insoumis, au contraire, elle leur offre une géographie sauvage, sans frontière, pour explorer de nouvelles aventures. 
La peur de la page blanche n’est que l’image de la peur de la trace. La trace est l’emblème de l’existence. La peur du blanc n’est que le sentiment de l’autocensure et de la censure.  
Tout blanc est une provocation pour les écrivains matadors ! Le blanc de la page est l’autre face du silence funeste. Le silence complice ! Le blanc est le blocage de la liberté avant sa naissance dans les mots et dans les phrases. 
Le rôle de l’écrivain est de creuser dans le blanc linceul de la page pour y faire naître la vie. Pour faire jaillir la lumière de la liberté.
3 - Écrire, c’est résister au mal. 
4 - L’oubli est une liberté. Pour écrire, il faut oublier. Oublier ce que nous avons déjà lu. Oublier ce que nous avons écrit auparavant. 
Oublier, pour un écrivain, est un combat contre l’oubli maladif ! Oublier, c’est se donner la capacité de démonter et remonter le monde en soi et autour de soi. Oublier, c’est continuer de tracer loin de ces traces qui nous cloîtrent.
La lecture n’est pas toujours libératrice !  
Avant d’entamer l’écriture d’un nouveau roman, il faut savoir oublier le précédent. Avant d’écrire un nouveau texte, il faut savoir oublier ce qui a été emmagasiné dans la mémoire en matière de lectures. L’oubli est très important dans l’écriture. Oublier, c’est partir dans une autre belle aventure. Oublier, c’est déminer la mémoire. Dès que l’écrivain oublie son texte précédent, il peut inviter d’autres personnages, d’autres lieux, d’autres aventures pour habiter son intérieur.  
5 - Il existe des personnages romanesques difficiles, voire impossibles à oublier facilement ou jamais. Ils nous hantent et nous n’arrivons pas à nous détacher d’eux aisément. Ils sont une partie de nous. Notre peau. Ils sont nos geôliers sensibles !
L’écriture créative est un état second, un monde où l’écrivain dort dans le même lit que ses personnages, rêve leurs rêves, déjeune avec eux, pleure sur leur sort dramatique, rit de leur bonheur. On ne donne pas des noms au hasard aux personnages littéraires, leurs noms résonnent en nous comme ceux de nos enfants !
6 - L’écrivain, par son instinct et sa vision, est un prophète, mais sans révélation divine ! 
7- Je sens qu’il faut une économie dans l’écriture ! Le lecteur réclame un texte ciselé ! L’obésité d’un texte littéraire ressemble à celle du corps humain !   
8 - Le sabre de la censure est brandi ! Et la censure est toujours plurielle ! Mais, avant tout, l’écrivain doit se libérer du poids de l’autocensure. L’autocensure n’est que l’ombre de la censure institutionnelle, religieuse, politique ou morale. L’autocensure est une auto-torture. L’écriture est un exercice de libre-parole sans filtre ni censeur intérieur ou extérieur. L’écrivain mène un combat contre lui-même ! 
L’écriture est la parole du non-dit. Elle est la langue du silence et des silencieux !
9 - L’écriture est un parfait exercice de l’ouïe. Il faut savoir écouter, la société murmure ses plaies ! Le réel est plus étonnant que l’imaginable !
10 - La littérature n’est pas faite pour donner des leçons de morale. La littérature est un acte de transgression. Insoumission. Subversion. Acte contre l’ordre établi. Elle est là pour dénoncer l’hypocrisie politico-religieuse. Pour secouer le lecteur étourdi ou paresseux ! Pour perturber sa quiétude stupide. Pour faire bouger les lignes de toutes les convictions dans sa tête. 
La littérature est faite pour faire tomber les murs du silence. Pour poser des questions et non pas pour imposer des réponses prêtes à porter !

 

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