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Good Mourning*, Dz-press

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YASMINA KHADRA Publié 12 Avril 2022 à 12:00

Le journal Liberté nous quitte, comme nous ont quittés tant d’êtres chéris et tant de personnages familiers.

Un vieux briscard est sommé de prendre ses cliques et ses claques et d’aller voir ailleurs si l’air est plus frais. L’air est frais ailleurs et partout, c’est chez nous que ça ne sent pas la rose. Le journal Liberté nous quitte, comme nous ont quittés tant d’êtres chéris et tant de personnages familiers. C’est la vie ! Elle rassemble et sépare à sa guise, telle est sa fonction naturelle. Je ne suis pas en colère, ni outré ni alarmé ; je suis seulement déçu dans un pays où la déception est devenue le lot quotidien de tout un chacun puisqu’il ne se passe pas un jour sans qu’une déclaration tétanisante d’absurdité ou qu’une décision suicidaire ne s’adjuge la Une de nos préoccupations. À croire qu’on essaye d’émousser à jamais notre orgueil, de nous rendre indifférents à notre propre galère.
Le journal Liberté vit ses ultimes instants, en silence, comme un navire qui coule lentement au large, à l’heure où la nuit ravit au jour ses derniers sursauts de lumière. Ainsi s’éteint l’histoire d’une belle promesse, la flamme d’un beau trophée, le jalon d’une nouvelle ère que les Algériens attendaient depuis quatre mille ans : la liberté de dire, de dénoncer, d’instruire, de défendre valeurs et vérités. Et pourtant, il en a fallu des morts et des détenus, des chars dans les rues, du sang sur les trottoirs et des cadavres sur la chaussée, pour qu’enfin un soupçon de démocratie tempère nos blessures. Rappelons-nous octobre Rouge/1988.
Liberté est né au forceps, après ce mois tragique, dans une Algérie qui se disait révolutionnaire et qui, comme toutes les révolutions, dévorait tout crus ses meilleurs enfants. Et comme toutes les révolutions, de son côté, Liberté a pleuré ses martyrs, engagé ses foudres de guerre dont la plupart a été décimée par les Califes de l’Apocalypse, sollicité ses stratèges et actionné ses soldats de l’ombre... Pour quelle victoire ?
Liberté, c’est l’histoire de trente années de témérité, de persévérance, de combats implacables, de menaces, de procès intimidants et d'arrestations arbitraires ; c’est aussi l’histoire d’un vœu pieux qui ne sera jamais perçu comme une prière puisque les rboba d’Alger avaient eux-mêmes perdu la Foi. Mais bon, à quoi sert de remuer le couteau dans la plaie encore et encore ? Je n’écris pas ces pages pour montrer du doigt le tort des uns et des autres. Je voudrais juste rendre hommage à ce journal qui a su se donner du poids et du relief dans le paysage médiatique de notre pays en osant tenir tête à un régime voyoucratique qui aura engendré l’une des plus méprisables îssaba du bassin méditerranéen, un ramassis d’opportunistes et de dépravés qui ont fait d’une patrie une gigantesque maison de passe et de passe-droits et d’un peuple, la nation la plus ridiculisée et la plus humiliée de la terre ; rendre hommage à tous les journalistes, à tous les employés et à tous ceux qui ont contribué à faire de Liberté un grand organe de presse ; hommage à ces différents directeurs de la publication, y compris à ceux qui ne m’avaient pas à la bonne, aux rédacteurs en chef jusqu’aux pigistes qui, parfois, furent traînés devant les tribunaux pour de simples petites vérités qui auraient déplu à une autorité locale à la panse bien garnie ; hommage aux caricaturistes qui nous ont appris à rire de nos déconvenues, aux billettistes qui savaient si bien nous raconter en quelques lignes et qui, en forçant le trait, forçaient notre admiration, aux photographes qui ont immortalisé nos drames, nos joies et nos peines, aux techniciens, ces héros des coulisses, qui ont veillé à ce que leur journal soit dans les kiosques dans les temps et dans les normes. Je ne voudrais pas citer de noms au risque d’en oublier d’autres, mais à l’ensemble de la famille Liberté, grands et petits, je tiens à leur adresser l’entièreté de ma sympathie et de ma gratitude pour la place qu’ils ont occupée dans l’espace de nos lectures à tous, pour nous avoir renseignés sur les choses inavouées qui nous concernaient et pour l’enrichissement intellectuel que nous ont proposé les grandes plumes et les érudits de notre pays que Liberté invitait régulièrement à s’exprimer, en toute liberté, dans ses colonnes. À toutes et tous, braves militants de l’Information, je vous souhaite de vous reprendre en main au plus vite, de rester unis et de nous sortir bientôt un autre journal que vous appellerez comme bon vous semblera car, si votre quotidien ferme dans deux jours, d’autres horizons ne demandent qu’à se faire beaux pour vous. Au revoir donc, et à bientôt. Je m’abonne déjà, afin que le Verbe ne devienne jamais un vulgaire sujet.

  • Editorial Un air de "LIBERTÉ" s’en va

    Aujourd’hui, vous avez entre les mains le numéro 9050 de votre quotidien Liberté. C’est, malheureusement, le dernier. Après trente ans, Liberté disparaît du paysage médiatique algérien. Des milliers de foyers en seront privés, ainsi que les institutions dont les responsables avouent commencer la lecture par notre titre pour une simple raison ; c’est qu’il est différent des autres.

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    Abrous OUTOUDERT Publié 14 Avril 2022 à 12:00

  • Chroniques DROIT DE REGARD Trajectoire d’un chroniqueur en… Liberté

    Pour cette édition de clôture, il m’a été demandé de revenir sur ma carrière de chroniqueur dans ce quotidien.

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    Mustapha HAMMOUCHE Publié 14 Avril 2022 à 12:00

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