Contribution

Presse, pouvoir, argent  les leçons de “Liberté”

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Farid CHAOUI Publié 11 Avril 2022 à 12:00

J’ai lu et relu, avec beaucoup d’interrogations, les propos des intellectuels, dont certains sont des amis très proches, concernant la décision du conseil d’administration du journal de procéder à l’interruption définitive de la parution de Liberté. Bien sûr, on ne peut que partager l’émotion et la colère exprimées dans ces écrits, mais après, le moment du cœur doit venir celui de la raison ; et celle-ci nous commande de nous interroger sur les fragilités qui ont miné la presse nationale et l’ont conduite à son effondrement !
Je dois d’abord souligner que la presse nationale n’en est pas à son premier enterrement : faut-il rappeler l’acharnement dont une des meilleures parutions nationales, indépendante et positivement critique, a été l’objet et qui s’est terminée par sa disparition dans l’indifférence générale. Il s’agit bien sûr de l’hebdomadaire la Nation. Depuis, il y en a eu d’autres, presses écrite et électronique confondues.
Je me dois de rappeler brièvement le contexte dans lequel la presse indépendante est née : c’est la révolte des jeunes, en Octobre 88, qui a produit la secousse tellurique qui a secoué le fameux “système” et conduit à l’ouverture politique des années 89-91. Le gouvernement des réformes, dirigé par Mouloud Hamrouche, avait résolument, et malgré de fortes résistances, décidé de promouvoir une presse libre. à cet effet, il fut proposé aux journalistes de la presse publique l’aide nécessaire de l’État pour s’organiser et créer leurs propres organes indépendants, dans le but de promouvoir la pensée critique et de développer le débat public indispensable pour faire comprendre et emporter l’adhésion des Algériennes et des Algériens au projet politique défendu par ce gouvernement. En toute liberté ! L’objectif était de promouvoir un journalisme professionnel, indépendant et critique, jugé indispensable à l’édification d’une démocratie ou, plus exactement, à la mise en place des outils politiques nécessaires au sortir d’une société de rente et de sujets vers une société de citoyens libres. Malheureusement, deux facteurs ont bouleversé la donne – d’abord l’échec des réformes politiques, ensuite le retour de l’État autoritaire – qui vont produire la première charge contre les libertés en général et la presse en particulier. Mais ne faut-il pas souligner une deuxième dérive qui a frappé cette même presse : la collusion avec deux pouvoirs : l’argent et le politique !
Car que se passe-t-il aujourd’hui avec notre cher Liberté sinon que son propriétaire, pour des raisons qui restent à comprendre, a décidé de fermer la “boîte”, “sa” boîte !
Je rappelle que lorsque le “pouvoir”, pour des raisons politiques faciles à saisir compte tenu de sa propre nature, s’était opposé au rachat d’un grand quotidien arabophone par un homme d’affaires, la presse dite libre et bon nombre d’intellectuels avaient crié au scandale. J’étais personnellement outré de voir cette “élite intellectuelle”, arabophone ou francophone, défendre le passage du journal au plus grand tirage national dans l’escarcelle du monde de l’argent ! Quels que soient, par ailleurs, le respect ou l’admiration que l’on doit à la personne de ce grand industriel algérien, propriétaire actuel de Liberté.
Il y a du travail à faire pour établir un bilan objectif et pertinent de l’évolution de la presse algérienne, depuis l’avènement de la presse libre à ce jour. Cette crise profonde qui touche les organes indépendants devrait nous conduire à nous interroger sur le sens même de la notion d’indépendance et de libre action de la presse dans l’environnement politique qui est le nôtre.
Nous pleurons la disparition de Liberté aujourd’hui, préparons nos mouchoirs pour ceux qui, malheureusement, vont inévitablement suivre. Et la faute n’incombe pas seulement au “système”.

  • Editorial Un air de "LIBERTÉ" s’en va

    Aujourd’hui, vous avez entre les mains le numéro 9050 de votre quotidien Liberté. C’est, malheureusement, le dernier. Après trente ans, Liberté disparaît du paysage médiatique algérien. Des milliers de foyers en seront privés, ainsi que les institutions dont les responsables avouent commencer la lecture par notre titre pour une simple raison ; c’est qu’il est différent des autres.

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    Abrous OUTOUDERT Publié 14 Avril 2022 à 12:00

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    Pour cette édition de clôture, il m’a été demandé de revenir sur ma carrière de chroniqueur dans ce quotidien.

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    Mustapha HAMMOUCHE Publié 14 Avril 2022 à 12:00

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