Culture ENTRETIEN AVEC CLAUDE LEMAND, COMMISSAIRE DE L’EXPOSITION “ALGÉRIE MON AMOUR” À L’IMA DE PARIS

“J’ai découvert les artistes algériens à partir de 1990”

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Ali BEDRICI Publié 12 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
© D. R.

Né au Liban, issu d’une famille modeste, Claude Lemand est, dit-il, “le seul de toute la famille à avoir obtenu les diplômes, du bac au doctorat”. Très jeune, il s’intéressait à l’art, mais n’avait pas les moyens d’acquérir des œuvres. Sa volonté de réussir lui fera gravir les échelons jusqu’à devenir professeur d’université en Égypte, en France… Sa femme et lui ont commencé à rassembler petit à petit les œuvres des collection. C’est ce qui leur a permis de faire cette donation à l’IMA, dans laquelle figurent 600 œuvres d’artistes algériens. Rencontré à l’IMA en tant que commissaire de l’exposition, Claude Lemand, a bien voulu accorder un entretien à Liberté.

Liberté : Comment appréhendez-vous l’art ?
Claude Lemand : Ce n’est pas seulement de voir des expositions dans des musées et des galeries, de visiter des ateliers, mais d’acheter des œuvres. Je me suis découvert le besoin d’acheter une œuvre, de la garder chez moi, de voir qu’elle me parle ou non. Nous avons commencé ma femme et moi à rassembler petit à petit les œuvres des collection. Notre donation à l’IMA est parisienne. Après la guerre civile au Liban, Paris m’a adopté et moi de même. Je ne voulais donner les œuvres de ma collection à aucune ville au monde, mais à Paris. Lorsque j’ai rencontré Jacques Lang, le déclic s’est produit. Nous avons tout donné à l’IMA sans contrepartie, à une seule condition : l’IMA doit changer complètement son musée et installer une collection y compris de l’art moderne et contemporain, sans négliger évidemment les aspects de la préhistoire à nos jours.

Comment est né votre intérêt pour les artistes-peintres algériens ?
La génération des artistes nés à la fin du 19e siècle, comme Mammeri, Racim et d’autres, ne m’a pas beaucoup intéressé. Les artistes du monde entier sont arrivés à Paris après 1945. Ils ont quelque chose de particulier, de passionnant, ce sont de vrais artistes modernes et contemporains. J’ai consacré ma vie à les étudier, à les approcher, à acquérir leurs œuvres dont je fais aujourd’hui une donation à l’IMA. Par rapport aux artistes algériens, je les ai découverts à partir des années 1990, à travers le peintre Abdallah Benanteur qui m’a séduit. C’est un artiste merveilleux. J’ai commencé à lui acheter des œuvres. Quand j’ai quitté la fonction publique, j’ai ouvert une galerie d’art. Ma collection se développait avec des artistes du Liban, d’Irak, de Syrie, du Yémen, du Soudan… mais point d’Algériens. En 1988-89, où trouver ces grands artistes algériens ? Ils étaient en Algérie où il n’y avait pas de marché de l’art. Ils n’étaient pas soutenus. À partir des années noires, ils ont commencé à se rendre en France et se sentaient artistes universels, comme tous les artistes du monde. C’est là que j’ai fait l’effort d’aller les contacter, sans privilégier une génération sur une autre, il y a des artistes des années 1930, d’autres nés dans les années 1960-1970 et ceux de la dernière génération.
Celle-ci est représentée par trois artistes femmes. Je tiens à ce que les femmes algériennes, admirables dans l’histoire et dans l’actualité, soient bien représentées : Zoulikha Bouabdallah, Halida Boughriet et la plus jeune, El-Meya, la seule qui vit toujours en Algérie.

Vous avez appelé cette exposition Artistes de la fraternité algérienne...
Oui, car en fait, je me sens comme le porte-parole de ces artistes qui disent que la colonisation française de l’Algérie a été l’une des plus affreuses au monde, les militaires et les politiques français ont essayé d’arracher l’âme et la culture de ce peuple, mais heureusement ils n’y sont pas arrivés. Artistes de la fraternité, c’est pour affirmer le grand respect que j’ai pour le peuple algérien qui a su inspirer tant d’artistes d’une telle qualité. J’admire ces artistes et je les aime. L’Algérie est en eux, comme le dit Benanteur : “L’Algérie est en moi, je ne l’ai quittée que de mes pieds.” C’est aussi vrai pour tous les Algériens de la diaspora.

Comment avez-vous structuré l’exposition Algérie mon amour ?
Le public a un choix de 18 artistes (Issiakhem, Mesli, Ould Mohand, Baya, Denis Martinez, Rachid Koraichi ...), alors que la collection du musée de l’IMA compte 600 œuvres d’artistes algériens, cependant l’espace ne permet pas de les exposer toutes. Nous avons choisi quelques œuvres emblématiques de ces 18 artistes. Pour donner un aperçu complet de ces œuvres algériennes, je compte publier un livre le 5 juillet prochain, pour le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, “Artistes algériens, arts modernes et contemporains”, avec des textes d’Anissa Bouayad, historienne d’art et qui a beaucoup travaillé sur les artistes algériens. Ce sont des textes documentés et non des généralités, car je considère que chaque artiste est particulier, est un monde en lui-même. C’est ce monde-là que nous avons voulu montrer, analyser. Nous disons au public français, européen, regardez ces artistes, si vous pensez qu’ils sont d’un niveau égal à celui des artistes allemands, américains, argentins…, il faut les acquérir, les mettre chez vous ou dans vos musées, ils auront une place sur le marché de l’art international.

Propos recueillis à Paris par : Ali BEDRICI

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