Culture ENTRETIEN AVEC KAMEL YAHIAOUI, ARTISTE-PEINTRE

“L’Algérie est ma principale source d’inspiration”

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Ali BEDRICI Publié 03 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
© D. R.

Né à Bologhine en 1966 (chez les Issiakhem, précise-t-il), diplômé de l’École des beaux-arts d’Alger, l’artiste-peintre algérien, Kamel Yahiaoui, vit en France depuis 1990. C’est avec deux installations qu’il participe à l’exposition “Algérie, mon amour” qui se tient à l’Institut du monde arabe de Paris jusqu’à fin juillet 2022. Il a bien voulu accorder un entretien à “Liberté”.

Liberté : Quelles œuvres exposez-vous à l’IMA ?
Kamel Yahiaoui : J’expose “La mer des tyrannies”, une œuvre de recueillement à la mémoire de tous ces jeunes qui quittent l’Afrique — dont bien sûr l’Algérie — et qui périssent parfois dans les flots. J’ai représenté ce drame par des crânes qui sont un peu des pierres tombales. Ces morts reviennent pour juger la Terre, car on ne quitte jamais son pays de gaité de cœur, il y a toujours des raisons derrière, des souffrances. Il n’y a pas que des Algériens, il y en a de plusieurs pays et continents. Ils vont vers l’ailleurs, certains fuient la guerre, d’autres la misère, d’autres à la recherche de confort… Toujours dans la complainte, la seconde installation est une œuvre qui est née suite à la violente explosion qui a détruit une partie de Beyrouth. C’est une œuvre que j’ai dédié au Liban où il y a eu beaucoup de morts. C’est un pays que j’adore, j’y compte beaucoup d’amis. Cette main tendue vers le ciel implore le secours, l’autre main plonge dans un bourbier, il y a un paradoxe, la vie est un paradoxe.

Avec des crânes qui ressemblent beaucoup à des crânes humains, “La mer des tyrannies” est une œuvre apocalyptique.
J’ai essayé de recréer le drame vécu par ces jeunes, ce qui se passe en mer. Ceux qui arrivent sont sauvés, mais moi j’ai zoomé sur ceux qui périssent, car c’est le summum du drame. C’est aussi une façon de ne pas les oublier et de garder à l’esprit que leurs parents n’ont pas fait leur deuil. Ce sont des tragédies. Dans mon travail d’artiste, toute l’humanité m’intéresse, ce qui se déroule actuellement en Ukraine me déchire, comme ce qui se passe en Palestine pour laquelle j’ai fait plusieurs œuvres, comme pour la Syrie. Je travaille sur des mémoires, tous ces drames le sont. Ces œuvres d’art, à chacun de les sentir et de les interpréter comme il le ressent, comme il le vit.

Quelles sont vos techniques dans ces installations ?
Il y a du bois, du verre concassé qui représente la mer, des crânes soit en plâtre, soit tirés sur imprimante 3D, car je travaille beaucoup avec les technologies de mon époque, ce qui a un lien direct avec la résistance au temps, dans l’espoir que l’œuvre dure le plus longtemps possible. Quant à la main, c’est la mienne en fait, que j’ai moulée avec une matière créée à cet effet. Je suis un artiste plasticien, je touche à la peinture, au dessin, à la sculpture et les installations, et puis je me sers de tous les médiums. Je n’aime pas peindre sur la toile, je peins sur tous supports (sacs de café, de semoule, draps… Le support conventionnel ne m’intéresse pas, j’aime explorer, tout mon travail est un travail de recherche. Je ne fais pas des œuvres d’art pour séduire, je ne suis pas pour qu’on me mette sur les murs, c’est pour interpeller, dialoguer avec la société qui n’est pas limitée à une population ou à une communauté, l’œuvre s’adresse à toute l’humanité.

Quelle est la part de poésie dans vos œuvres ?
La poésie vient de mes grands-parents et de mes parents. Elle était un langage courant dans ma famille. Mon grand-père s’adressait à nous soit avec un poème, soit avec un proverbe. J’ai voyagé un peu partout dans le pays, la tradition orale est fondée sur le verbe, c’est peut-être plus prononcé en Kabylie en raison de l’oralité. Mon amour pour la poésie m’a donné l’idée d’écrire un livre sur le voyage de Si Mohand Ou Mhand vers Tunis et retour. J’aime la poésie de Youcef Oukaci, cheikh Mohand Oulhocine…Nos ancêtres étaient des poètes car ils venaient tous du peuple. Par ailleurs, j’ai participé à un livre de Younès Adli et Youcef Necib sur Si Mohand Ou M’hand qui s’appelle Le crépuscule du printemps. J’ai fait les peintures. J’ai travaillé sur un autre livre avec Nabil Farès, Le voyage des exils.

L’universaliste reste-t-il enraciné ?
L’homme passe toute sa vie à essayer de réaliser ses rêves d’enfant. Tout ce que je fais me vient de mon enfance, ma mère était ma première formatrice, aussi bien à La Casbah qu’à Taoudoucht, à Azeffoun où je passais mes vacances scolaires et où sont enterrés mes parents et mes ancêtres. C’est là-bas que se trouvent mes racines. La Casbah aussi compte beaucoup pour moi et elle m’inspire énormément. Je lui ai consacré plusieurs œuvres, comme “Casbah ma peau”, accompagné d’un poème éponyme.

Des projets en Algérie ?
Quand on fait appel à moi, je réponds toujours présent. J’ai été très content de participer à quelques projets. J’ai fait une résidence avec Nadira Laggoune ancienne professeur de l’École des beaux-arts d’Alger, une autre avec Meryem Aït Lhara de l’Aarc, ainsi qu’une exposition avec Omar Meziani. Présenter mon travail et surtout partager avec les miens est un plaisir car c’est ma première famille artistique. L’Algérie est présente dans mes veines, dans ma tête, dans tout ce que je fais. Mon pays, c’est ma boussole. Quand j’ai quitté le pays, mon père, décédé depuis, me disait : “Tu peux aller où tu veux, mais n’oublie jamais d’où tu viens.” J’ai toujours suivi son conseil.

Propos recueillis par : ALI BEDRICI

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