Culture Daho Ould Kablia participe à une rencontre au SILA

“La cause de l’indépendance algérienne en Italie”

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Hana MENASRIA Publié 29 Mars 2022 à 09:29

© D.R
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Cette 25e édition du Salon international du livre d’Alger, inscrite sous le slogan “Le livre, passerelle de mémoire”, a été marquée dans l’après-midi de dimanche par une conférence fort intéressante, durant laquelle Daho Ould Kablia et l’autrice italienne Bruna Bagnato sont revenus longuement sur la relation qu’entretenaient l’Italie et l’Algérie à travers l’implication et l’engagement de l’humaniste Enrico Mattei, directeur général de l’ENI.


Si le Salon international du livre d’Alger est ponctué de différentes rencontres littéraires, l’Histoire est également au centre des débats, en ce 60e anniversaire de la fête de la victoire. D’ailleurs, le slogan de cette 25e édition n’est autre que “Le livre, passerelle de mémoire”. Et en cette troisième journée du salon, la “Salle Sila” était bondée, car l’invité de marque n’était autre que l’ancien ministre et moudjahid Daho Ould Kablia, qui a animé une conférence portant sur “La cause de l’indépendance algérienne en Italie (Boulahrouf/Mattei)”, aux côtés des Italiens Bruna Bagnato (historienne) et Massimiliano Tarantino (directeur de la fondation Feltrinelli). Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’auteur de Boussouf et le Malg, la face cachée de la révolution (éditions Casbah) est revenu sur les grandes lignes de cet ouvrage, en insistant sur le fait que “mon livre ne relate pas mes mémoires ; c’est un livre de témoignages composé de plusieurs parties”. À cet effet, il a tenu à rappeler les grands chapitres qui constituent son livre, notamment la première partie dans laquelle il revient sur son parcours universitaire et militant ; la présentation du Malg depuis sa naissance ; son service à la révolution et son apport au développement du potentiel militaire. M. Ould Kablia a entre autres évoqué la deuxième partie, où il apporte des “éclairages” et des “appréciations” sur la vie interne du FLN ; les différents systèmes de commandement ; le congrès de la Soummam… Cet ouvrage, qui a suscité en 2020 l’intérêt du grand public, a apporté également des révélations sur un chapitre “douloureux” dont “nous devons parler, il s’agit de la dissension” du FLN. 

“La révolution algérienne se caractérise dès le départ par une multiplicité d’hommes. Elle a commencé avec neuf personnes – six à l’intérieur et trois à l’extérieur – à qui sont venues s’ajouter, en fonction des grades et des responsabilités, des personnalités appelées à rejoindre la révolution”, indique-t-il. Il a cité pour exemple Abane, Ben Khadda, Abbas, Dahlab… qui ne sont pas les “initiateurs” de la révolution nationale, mais ils ont “renforcé et aidé à mieux gérer le FLN”. Sur le rapport entre ces personnalités, le conférencier a expliqué que “chez ces hommes il y avait différentes approches et des sensibilités diverses, soit politique, idéologique ou philosophique”. Cette diversité a ainsi engendré des “dissensions”. “Sans compter qu’il y a eu quelques écarts, car toute révolution est par essence violente”, précise-t-il. Et d’appuyer ses propos en rappelant le “désaccord” entre Abane et ses camarades militaires. 

“Mattei, un partenaire exceptionnel”
Concernant l’implication d’Enrico Mattei, directeur de l’entreprise publique italienne ENI, l’ancien ministre a informé qu’il avait rencontré par hasard Dahlab et Ben Khedda – représentant de la délégation du GPRA – lors d’une escale en Sibérie. “Après un voyage à Pékin, il est resté coincé durant cinq jours en Sibérie, alors ils se sont liés d’amitié. Mattei avait un sentiment assez marqué dans le domaine de la lutte anticolonialiste, c’était un humaniste, un homme universaliste ouvert à tous les continents”, souligne-t-il. Pour ses positions politiques, Mattei est alors “ostracisé” par les grandes entreprises du domaine des hydrocarbures, surnommées “Les 7 sœurs”. À cet effet, c’est Boussouf qui l’introduit en Libye pour des accords de partenariat. “Outre Mattei, il est à noter aussi que l’Italie s’est éveillée très tôt. Un grand pays méditerranéen ne pouvait s’empêcher d’avoir un regard important sur les pays du sud de la Méditerranée et en particulier pour l’Afrique du Nord.” 

Pour sa part, l’historienne et autrice de L’Italie et la Guerre d’Algérie, Bruna Bagnato, est revenue durant son intervention sur la personnalité, le parcours et l’implication de Mattei dans l’indépendance de l’Algérie. S’il s’est fait connaître par les Algériens en tant que DG de l’ENI, il a commencé sa carrière en politique. “Le message qu’il adressait à tous les peuples en lutte pour l’indépendance était à la fois économique et politique.” Lors d’une rencontre, il indique que “le pétrole est une ressource politique par excellence et il faut l’utiliser au service d’une bonne politique dénuée de toute idée colonialiste et impérialiste”, rapporte Bagnato. Et d’ajouter : “Mattei avait annoncé ouvertement qu’il ne voulait pas s’adresser aux Français, car le pétrole est dans le Sahara et je parlerai seulement au gouvernement indépendant de l’Algérie.” Selon la conférencière, il portait un regard critique à l’égard de la France et il n’était pas le seul. “Beaucoup d’italiens soutenaient l’indépendance de l’Algérie. Mattei avait créé un mouvement dans le parti de la Démocratie chrétienne et était soutenu de diverses personnalités importantes.” Cette alliance a provoqué une “crise profonde” entre l’Italie et la France, suite à l’accueil réservé à Florence à la délégation du FLN, lors de la conférence méditerranéenne de la paix : “Mattei n’était pas présent mais tout le monde savait que c’était l’ENI qui l’avait financé.

Et le mouvement de la Démocratie chrétienne, qui est au cœur du gouvernement italien, était en faveur de l’Algérie. C’est à travers ces contacts solides de Mattei que Boulahrouf a pu prendre contact avec De La Pira.” À propos de la crise entre le pays de la botte et l’Hexagone, Daho Ould Kablia a soutenu que “le gouvernement italien était terriblement gêné par ces engagements politiques car il était lié à la France”. Lors de cette conférence à Florence, le FLN était représenté par Boumendjel.  Si l’opinion publique italienne était d’accord à 100% avec tous les mouvements indépendantistes à travers le monde, “pour les politiques le déclic est venu après la déclaration du sénateur Kennedy en 1957 devant le congrès de Washington, où il a demandé à la France de reconnaître l’indépendance de l’Algérie”. Ainsi en 1961, cinq partis politiques socialiste, républicain, libéral et chrétien ont “créé un comité de soutien à la paix en Algérie ; ils ont fait des collectes d’argent pour les réfugiés et le FLN. 

Quant à Mattei, il a proposé de fournir au GPRA du carburant pour son armée. Mais le GPRA a refusé pour ne pas le gêner”, a rapporté l’ancien ministre de l’Intérieur. Et de conclure : “Mattei s’est entouré d’une équipe d’experts, afin d’apporter une assistance conseil à la délégation algérienne, et ce, pour préparer une stratégie à la négociation en ce qui concerne les hydrocarbures.” Outre Mattei, une autre personnalité a longuement contribué à l’indépendance de l’Algérie, mais cette fois-ci à travers les livres. Anticolonialiste, éditeur et libraire, Gian Giacomo Feltrinelli a conservé pas moins d’un million d’archives. “Il voulait collecter et protéger ces sources. Il a publié des livres sur la révolution algérienne et le but était de partager et de raconter ce qui se passait en Algérie, souligne Tarantino. Il a utilisé des livres dans un contexte révolutionnaire, et le seul livre en langue française a été interdit à l’Hexagone. D’ailleurs, ils ont exigé son retrait, mais bien sûr il n’a pas cédé et l’a publié.” Et au conférencier d’insister : “La révolution se fait certes par les armes et l’économie ainsi que par d’autres outils, mais c’est important aussi de soutenir l’importance du livre et de la culture, car on peut faire des révolutions avec de la culture et le savoir.”

 


Hana Menasria 

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