Culture Un livre de Horia Bouayad disponible en Algérie et en France ce mois de mars

“Le Caroubier d’Azeffoun” ou la Terre en commun

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Ali BEDRICI Publié 11 Mars 2022 à 19:33

© D.R
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Le livre est empreint de cette même poésie que Horia Bouayad est allée puiser dans la profondeur historique et culturelle du village de ses parents, véritable joyau délicatement posé dans un écrin de verdure et d’azur.

Les vicissitudes de la vie font que l’on peut naître loin du pays de ses ancêtres ou s’en éloigner pour diverses raisons. Cependant, l’attachement aux racines reste vivace. Horia Bouayad en est la parfaite illustration. Parisienne de naissance, diplômée en psychologie de la Sorbonne, son cœur ne cesse de battre pour le village natal de ses parents, dans la commune d’Azeffoun, en Algérie. L’enracinement, la beauté et la poésie de la contrée, son histoire et celle de ses illustres personnalités constituent la quintessence du récit que Horia Bouayad nous livre, dans Le Caroubier d’Azeffoun, la terre d’Azeffoun en commun, paru en janvier 2022 en Algérie. Si la première partie du livre est consacrée aux portraits et parcours des personnalités culturelles et révolutionnaires de la région d’Azeffoun, les deux autres construisent un véritable roman autour de la vie d’Amar-Akli, le grand-père maternel de l’auteure, transporté à Cayenne, en Guyane, en 1888 à la suite, précise-t-elle, d’une vulgaire rixe entre bandes rivales du village, ayant entrainé la mort accidentelle d’un homme. 

Comme Amar-Akli et ses amis évoquaient déjà l’injustice coloniale et la liberté à l’époque, l’administration avait saisi l’occasion d’éloigner, voire “de faire disparaître à jamais ces durs à cuire”, ces “fortes têtes”. Ils ne bénéficieront d’aucune circonstance atténuante et seront transportés au bagne de Cayenne, au bout du monde ! Amar-Akli s’est fixé un objectif : tenir pour retourner un jour au pays. “On l’a dit, la chance d’Amar-Akli c’est sa force dans tous les sens du terme. C’est elle qui lui a permis de résister à tout”, précise Horia Bouayad. La patience et la résistance de cet homme aux souffrances de l’éloignement et aux épreuves des humiliations et des injustices coloniales sont remarquables. Il surmonta la “double peine”, cumulant six ans de prison et autant d’années d’assignation à résidence. Après 12 longues années d’exil forcé, il reviendra enfin au pays. Très documenté, le Caroubier d’Azeffoun renferme une multitude d’informations sur l’Histoire de l’Algérie et de la région, sur la sociologie des villages de Kabylie et les itinéraires prodigieux de ces natifs d’Azeffoun qui feront la gloire de la culture algérienne, la plupart à partir de La Casbah d’Alger. 

Des visages et des vies qui défilent à travers des notes de musique, des scènes de théâtre, des émissions radiophoniques. Que d’enfants d’Azeffoun ont enrichi le patrimoine culturel algérien ! Mohamed Iguerbouchen le compositeur, Mohamed et Said Hilmi les artistes polyvalents, Mohamed Issiakhem le peintre, Tahar Djaout l’écrivain, Mohamed Fellag l’humoriste, Hnifa la chanteuse de l’exil, Hadj M’hamed El-Anka le maître du châabi, Mohamed Ifticene et Mustapha Badie les réalisateurs, Mohand Aouine le parolier, Hamidou le chantre de l’andalou, Mohamed Allaoua l’enfant terrible de la chanson kabyle, Rouiched le comédien émérite… La liste est encore longue, de ces artistes qui ont dû forger leur talent en s’inspirant de leur vécu dans cette région où le ciel, la montagne et la mer composent un hymne perpétuel à la poésie, la beauté, l’amour et la liberté. 

Le Caroubier d’Azeffoun est empreint de cette même poésie que Horia Bouayad est allée puiser dans la profondeur historique et culturelle du village de ses parents, véritable joyau délicatement posé dans un écrin de verdure et d’azur. Le récit est documenté, fruit de recherches et de témoignages vivants de piliers de la culture algérienne qui nous font découvrir aussi de vénérables cheikhs de “l’islam des sages”, comme les désigne l’auteure, à l’instar de cheikh Mohand Ouaamar Sadou qui “était contre l’obscurantisme, de la race des sages et qui ne tolérait pas l’injustice coloniale”. 

A la gloire des martyrs, Horia Bouayad cite des enfants d’Azeffoun tombés au champ d’honneur ou décédés après l’indépendance. Natif d’Alger, Didouche Mourad est originaire d’Ibsekriyen. Yacef Sadi, Taleb Abderrahlane, P’tit Omar, Ourida Medad et bien d’autres avaient leurs racines à Azeffoun. “Ainsi; une suite de noms qui ne semble pas vouloir s’arrêter… Un nombre impressionnant de personnalités liées à Azeffoun… Le talent se conjuguerait et se multiplierait… Bijou raffiné, typique de la région d’Azeffoun, résolument ancré, original et précieux”, écrit Horia Bouayad dans son hymne à “l’unique Azeffoun”, avant de conclure : “Azeffoun n’est pas avare de sa beauté et ce bijou précieux et raffiné a paré fièrement toutes les autres régions d’Algérie qui l’ont porté.” 

Avec de magnifiques illustrations de l’artiste-peintre Zitoun Kerkaden, voilà un livre qui va sans doute passionner les lecteurs auxquels Horia Bouayad livre de précieuses informations sur l’histoire d’Azeffoun, ses héros, ses artistes, ses personnalités, ses liens avec La Casbah d’Alger, la sociologie de ses villages et, bien sûr, son inégalable beauté. 


ALI BEDRICI

 

La Caroubier d’Azeffoun, la Terre d’Azeffoun en commun, de Horia Bouayad, paru en janvier 2022 à compte d’auteur, 266 pages, disponible à compter de mars 2022 en Algérie et en France.

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