Culture

Le dernier entretien de Yamina Chouikh, accordé à “Liberté” le 18 janvier dernier

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Hana MENASRIA Publié 04 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
© D. R.

Liberté : Le Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda vous a rendu hommage pour l’ensemble de votre carrière. Comment avez-vous vécu cette consécration et que pensez-vous de cet événement ?
Yamina Chouikh : Je remercie l’équipe du festival d’avoir pensé à moi, mais un hommage marque toujours une fin de carrière pour la personne qui le reçoit. C’est un prix de fin de vie ! On te rend hommage quand tu n’as plus rien à donner… Alors que même à notre âge, nous pouvons encore offrir des choses ! Je trouve que ce festival est une excellente initiative ; de créer un évènement pareil dédié au film et à la littérature de la femme. Par ailleurs, pour la continuité de cette manifestation, c’est plus facile sur le volet littéraire d’inviter des romancières, chercheures, poétesses…, contrairement au cinéma où les films de femmes en Algérie sont devenus rares. Si nous continuons sur cette lancée, le festival n’aura plus que le nom de “cinéma de la femme”, et cette situation est indépendante des organisateurs.

Comment expliquer cette absence de films réalisés par des femmes ?
Je ne saurais donner une réponse exacte, alors que ces dernières années le métier est plus ouvert aux jeunes femmes. Nous ne pouvons pas évoquer la parité femme-homme au cinéma, ce sont les mêmes problèmes qu’ils connaissent. En fait, en Algérie, même les hommes n’arrivent pas à faire de films ! Cela est dû à l’État qui a adopté une politique bien définie concernant le cinéma : tout est fermé, il n’y a pas d’ouverture. D’ailleurs, les réalisateurs de ma génération n’arrivent plus à faire des films, alors qu’on a pris l’habitude de faire face aux difficultés, à l’exemple des répondants qui manquent de connaissances sur le 7e art et l’absence de financement. Et ces obstacles ont usé les professionnels de ma génération, qui n’ont plus d’énergie pour affronter tout cela. À cet effet, qu’en est-il de ces jeunes filles et jeunes hommes fraîchement diplômés qui veulent exercer ce métier ? Malheureusement, ils sont vite découragés en arpentant les couloirs du ministère de la Culture, en cherchant des moyens financiers, des autorisations…

En évoquant ces jeunes, il y a une belle dynamique de cinéastes qui a pu se distinguer à travers le court métrage…
Le cinéma est comme un roman dans lequel nous racontons une histoire, et ces jeunes arrivent à raconter des histoires avec peu de moyens. Par exemple, au festival de Saïda, nous avons vu des films avec de belles approches et tous ces films diffusés représentent les préoccupations des jeunes en Algérie. Ils ont raconté des choses, il y a une réflexion sociétale, mais après ce genre de festivals, ils reprendront leur copie pour les ranger au fond d’un tiroir !

À votre avis, que devraient faire les services concernés pour encourager ces réalisateurs ?
Un court métrage n’a pas forcément besoin d’une grande salle pour être projeté. En fait, c’est aux chaînes publiques ou privées de s’intéresser à ces jeunes, et ce, en montrant leur travail pour les promouvoir. Cette initiative les encouragera à faire d’autres films, aussi à gagner de l’argent pour le réinjecter dans d’autres projets. Malheureusement, ni le ministère de la Culture, ni la télé, ni les salles ne s’intéressent à ces jeunes ! Le court métrage est le parent pauvre du cinéma en Algérie. Il faut aussi investir dans la formation, ce volet est très important pour l’évolution de ces jeunes. Car, aujourd’hui, le métier s’est démocratisé et ces réalisateurs arrivent à faire leurs films avec des téléphones ou de simples caméras.
Mais cette démarche leur fait perdre l’essentiel de la technique, comme le mixage, l’étalonnage… Ils montent leur film sur un simple ordinateur, et ce, sans avoir recours au montage-son ou à l’étalonnage pour soutenir le film. À cause de cet exercice, ils ne pourront pas apprendre le métier, et ainsi s’améliorer dans la réalisation d’autres productions. C’est dommage, car ces jeunes n’arriveront pas à progresser sous de telles conditions. Alors que cette jeunesse peut apporter beaucoup de choses, elle est consciente et ouverte sur le monde grâce, notamment, à internet. Aussi, elle a les outils qu’il faut, contrairement à notre génération qui s’est formée toute seule. Il faut donner à ces jeunes un champ de liberté et d’expression pour qu’ils puissent s’épanouir, et on aura ainsi des citoyens utiles à la nation.

Selon le gouvernement, l’une de ses priorités dans le secteur culturel est la relance du cinéma en Algérie…
On l’espère bien, car cela fait un moment que l’on attend ! Il est à rappeler que le secrétariat d’État chargé de l’industrie cinématographique a été dissous, et ce, sans demander l’avis des professionnels. Alors qu’il y a eu un travail qui a été fait et nous étions bien contents, à l’instar de la préparation de la loi de la cinématographie avec les concernés, et depuis il n’y a eu aucun suivi. Cette loi ne peut être créée qu’en concertation avec les professionnels du métier et non pas avec des bureaucrates ! En somme, il n’y a pas de mécanismes d’aide au cinéma, il faut le créer. Il faut savoir que dans tous les pays, il y a des mécanismes de production, mais en Algérie nous n’avons pas cela, et nous n’avons pas d’industrie cinématographique. Il faudrait qu’il y ait une réflexion approfondie autour de cette question pour la création d’une industrie.
La réouverture des salles de cinéma permettra notamment d’injecter les gains de la billetterie dans le trésor public, comme cela était le cas dans les années 1970-1990. Suite à cette période, il y a eu des réformes dans ce secteur pour son arrêt, car l’image fait peur ; le cinéma rassemble ; les gens débattent et réfléchissent. Après ces réformes, aucune loi n’a été créée comme pour les autres secteurs. Et celle de 2011, c’est une loi d’interdits et on la subit, alors qu’une loi doit être réfléchie. Il y a tout un travail à élaborer, car le cinéma est une industrie.

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