Culture TÉMOIGNAGE D’ASSELATE MOKHTAR

“Les mémoires de guerre” de Si Méziane dans les Wilayas III et I

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M. OUYOUGOUTE Publié 05 Février 2022 à 16:38

© D. R.
© D. R.

Les anciens maquisards, qui ont insisté auprès de Mokhtar Asselate, du nom de guerre Si Méziane, pour écrire ses mémoires ont tout à fait raison. Et pour cause : dans ses “Mémoires de guerre : 1955-1962. Pour que nul n’ignore ni n’oublie”, Si Méziane y a relaté dans le menu détail la vie des combattants de l’ALN dans le maquis de la Wilaya III et de la Wilaya I où il avait passé onze mois.

Après bientôt 60 ans de l’indépendance, Si Méziane a relaté “étape par étape” son engagement durant la guerre de libération en tant que chef des moussebiline (volontaires) en 1955 avant de rejoindre le maquis le 12 mai 1956 lorsqu’il était recherché. L’auteur est natif du village Aïdounène dans le doura d’Aït Timsyet (arch de Mézaïa), situé à quelques encablures du mont Yemma Gouraya sur les hauteurs de Béjaïa.

Si la région de Mézaïa a payé un lourd tribut, quelque 750 martyrs, le village Aïdounène y a connu un massacre “au cours duquel 11 personnes furent odieusement tuées dont son père Larbi, qui fut hideusement immolé”, écrit feu Djoudi Attoumi, qui a préfacé le livre. Le préfacier a rappelé que Si Méziane était son chef dont il dit s’enorgueillir.

La raison ? Celui-ci “a eu à assumer pleinement des responsabilités au niveau des groupes, des commandos, des compagnies et enfin du bataillon de choc de la Wilaya III historique dans lequel il termina son parcours en qualité d’adjoint au chef de bataillon”. Feu Djoudi Attoumi y a évoqué aussi le brevet de parachutiste de son chef. “Ce trophée, dont rare les Algériens pouvaient se vanter, fut détruit par Larbi Touati lors de son recrutement” alors qu’il avait fallu à Si Méziane “huit sauts en parachute dans une école réputée pour sa rigueur et sa discipline”. 

À la lecture de ce témoignage, on ne peut être que stupéfait devant un tel parcours riche en événements d’un homme d’action, sur les accrochages et embuscades dans divers endroits de Kabylie et au-delà, mais aussi sur l’organisation, le ravitaillement, les cotisations, l’engagement des femmes dans l’ALN et enfin sur les archives de la Wilaya III auxquelles il a consacré un chapitre.

On apprend notamment que tout était minutieusement noté et archivé. Les chefs de la Révolution pensaient déjà à l’avenir. Mais si aucun document n’avait manqué au lendemain de l’Indépendance, la récupération d’une partie des archives était mission impossible, car l’humidité avait eu raison de cette mémoire de la Wilaya III.

Et c’est en tant qu’acteur que Si Méziane, l’adjoint de Si Amira Bouaouina, le responsable de la première compagnie du bataillon de choc de la Wilaya III, désigné par le haut commandement dont l’illustre colonel Amirouche, raconte cette mission spéciale dans la Wilaya I, les Aurès Nememcha.

L’objectif, relate-t-il, c’était de “réconcilier les parties en conflit” conséquemment à des “déchirements jamais vécus auparavant” et ce, depuis la mort du “vaillant moudjahid, Mustapha Benboulaïd, commandant de la Wilaya I”. Les ordres du “valeureux Si Mohamed Saïd, dit Si Nacer, (consistaient) à fusionner les troupes de la Wilaya 3 avec celles de la Wilaya 1”. Mais la cohabitation n’a pas été évidente.

Si Méziane a évoqué la Bleuite, “une dangereuse épidémie (qui est venue) semer la discorde et la zizanie dans les rangs de l’ALN”. La Wilaya III – et un peu moins la Wilaya IV – était ainsi “devenue la cible privilégiée de l’ennemi”. Pour l’ancien maquisard, ce projet avait été mené “par vengeance à l’opération Oiseau bleu où les forces coloniales avaient subi un cuisant échec”. 

Cette bleuite demeurera, écrit Si Méziane, “un épisode regrettable de notre révolution. Elle constituera désormais la tache sombre de notre lutte armée”. Elle continuera, se désole l’ancien maquisard, “à être cette grande énigme, non élucidée jusque-là et ouverte à toutes les lectures”.

L’ouvrage, précieux à plus d’un titre, devrait à être réédité dans une maison d’édition de renom, car les historiens et les nouvelles générations disposent là d’un témoignage d’un acteur, incontournable, du maquis de la Wilaya III et au-delà, qui leur fera découvrir “le vrai visage de la guerre de libération nationale : la vie des moudjahidine et leur sacrifice, ainsi que les souffrances de la population civile”. Le livre gagnerait aussi à être mieux structuré d’autant que l’écriture est plutôt digeste.
 

M. OUYOUGOUTE

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