Culture La chronique littéraire de BENAOUDA LEBDAI

Mohammed Dib vu par Abdelaziz Amraoui

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Benaouda LEBDAI Publié 09 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
© D. R.

Abdelaziz Amraoui est codirecteur de la collection “Littérature, Arts et Cie” chez L’Harmattan. En 2020, il a publié aux éditions Frantz-Fanon un ouvrage sur Mohammed Dib intitulé Mohammed Dib le Simorgh, préfacé de façon pertinente par Georges Bertrand, qui est féru de photographie et d’image, ce qui me semble cohérent, car Abdelaziz Amraoui aborde dans cet ouvrage ce qui n’est pas une thèse, mais une proposition de quelques réflexions sur l’art de la photographie chez Mohammed Dib.

Les spécialistes de Mohammed Dib savent combien la photographie fut importante dans la vie du créateur d’images textuelles et aussi photographiques. Divisé en sept parties, l’auteur universitaire de Marrakech présente de manière originale quelques thèmes de l’œuvre de Mohammed Dib, comme l’analyse de quelques figures féminines à travers l’image que ces dernières représentent pour le romancier, en particulier les personnages de Mamouchka, de Faïma et de Lyyl.

Ensuite, le lieu et l’espace originels chez Mohammed Dib sont abordés à travers “Tlemcen ou les lieux de l’écriture”, puis le style photographique du romancier universel est analysé avec bonheur sous l’angle du modèle, de la technique photographique, des sites et des sujets qui furent essentiels dans la vie de l’Algérien colonisé que fut Mohammed Dib.

Le chapitre sur l’image, la photographie d’identité et le clonage est sans aucun doute bien mené car il est souligné comment l’œuvre littéraire et la photographie font toujours irruption dans le présent du romancier à partir du passé, celui du temps de Tlemcen des origines. En effet, pour Mohammed Dib, la photographie est une “mémoire sur le devant. La lumière au visage nu”. La photographie montre ce qui n’existe plus mais en aucun cas une nostalgie, comme le suggère implicitement Abdelaziz Amraoui, lorsqu’il analyse le rapport avec la décennie noire.

Par ailleurs, la décennie noire n’était pas une guerre civile mais bien une guerre des intégristes contre le peuple algérien moderne, tolérant et ouvert au monde. Le critique Abdelaziz Amraoui conclut sur la question de la langue française comme s’inscrivant dans la philosophie d’une vie. En tant que romancier francophone, “il a transporté son Algérie dans son cœur et n’a cessé de l’évoquer dans ses écrits”, à l’instar de Kateb Yacine.

Paradoxalement, la langue française a rapproché Mohammed Dib de sa matrice algérienne, comme il l’affirme : “Le français est devenu ma langue adoptive. Mais écrivant ou parlant, je sens mon français manœuvré, manipulé, d’une façon indéfinissable par la langue maternelle. Est-ce une infirmité ? Pour un écrivain, ça me semble un atout supplémentaire.” Pour le romancier, le rapport à la langue française est clair, selon Abdelaziz Amraoui.

Dans ce sens, les images à lire possèdent une grande force de persuasion, d’imagination et d’originalité qui font la force de l’écriture littéraire algérienne. Mohammed Dib a toujours été à l’écoute de sa société et du monde, d’où l’utilisation du terme “simorgh” pour qualifier Mohammed Dib lui-même ; Abdelaziz Amraoui l’utilise comme titre de son ouvrage, et dans son introduction il explique son choix car Mohammed Dib est “à l’image de ses héros oiseaux du récit et livre éponyme”. En effet, le romancier a trouvé la plénitude dans l’universel à partir de son ancrage dans son pays l’Algérie, dans ses origines tlemcéniennes.

La tétralogie scandinave, L’Infante maure, L.A. Trip, n’ont de sens, selon le critique, que dans l’acceptation du désir du romancier d’explorer d’autres formes de rencontres de nouveaux paysages et d’espaces, de nouvelles sensibilités qui le lient au pays natal, comme le confirme du reste Mohammed Dib : “C’est la Californie toujours, mais dans sa portion basse. Me voyant revenu en pensée dans mon Algérie natale, comme de juste, cela ne me gêne pas personnellement.” De même lors de son voyage au Mexique qui lui évoque tant son Algérie.

L’argument de cet ouvrage est basé sur l’idée essentielle que Mohammed Dib a toujours voulu transmettre aux Algériens et aux Algériennes un message de tolérance et de répit “pour que soient conservés en eux la joie et l’amour de vivre”. L’ouvrage d’Abdelaziz Amraoui sur Mohammed Dib par l’étude de la photographie est grand public dans le sens positif du terme. Alors, il mérite le détour pour capturer l’autre face d’un romancier algérien d’une envergure internationale sans conteste.

B. L.

Abdelaziz Amrzoui,
“Mohammed Dib le Simorgh”, Tizi-Ouzou,
Éditions Frantz Fanon, 2020.

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