Culture MOHAMED SALAH SAYAD, ALIAS MOHA

Un prestidigitateur entre passion et illusion !

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Fatima Zohra Bouledroua Publié 06 Mars 2022 à 18:56

© D. R.
© D. R.

En l’absence de structure d’orientation, de formation ou d’aide, il ne pouvait que compter sur internet, des contacts et beaucoup de volonté pour se professionnaliser.

Moha, 26 ans, est prestidigitateur autodidacte depuis huit ans. Passionné de magie depuis sa tendre enfance, il rêve de devenir magicien professionnel. Il a réussi à se faire un nom et avance malgré les aléas du métier. Il se produit en spectacle lors de journées de théâtre pour enfants et de manifestations culturelles locales, anime des cérémonies privées et garde comme principal objectif l’organisation d’un spectacle professionnel de magie.

Mohamed Salah Sayad a débuté sa jeune carrière avec des tours de cartes pour impressionner ses amis. Très vite, il s’est concentré sur les tours de magie et s’est laissé emporter pour faire de sa passion son métier. Ayant trouvé sa vocation, Moha va provoquer son destin. Internet et des vidéos sur You Tube ont été sa première école, car à Annaba il n’existe aucun club dédié à cet art. Face à ces manquements, le jeune artiste explique : “C’est l’artiste feu Amou Rafik qui m’a aidé à me lancer. Généreux et professionnel, il m’a appris l’art de la scène, il m’a aidé financièrement pour acheter du matériel et n’a jamais cessé de m’encourager. J’ai débuté dans sa troupe de théâtre pour enfants.” 

Ainsi, en découvrant le plaisir de la scène, Moha commence à tisser des liens avec des prestidigitateurs et magiciens algériens. En l’absence de structure d’orientation, de formation ou d’aide, il ne pouvait que compter sur internet, des contacts et beaucoup de volonté pour se professionnaliser. “J’exerce en tant que prestidigitateur semi-professionnel, c’est-à-dire que je ne peux pas vivre de cet art pour l’instant. Je tente d’en faire ma profession, mais le contexte ne le permet pas trop”, explique le jeune artiste. “Le métier de magicien est souffrant dans notre pays. Il n’est pas estimé à sa juste valeur. Nous avons besoin de plus de spectacles, mais aussi nous devons monter des spectacles professionnels de magie pour mieux évoluer et accompagner les jeunes passionnés”, martèle Moha. 

Que de contraintes !
Les grands magiciens ou illusionnistes algériens se comptent sur le bout des doigts. L’on peut citer entre autres Brahim Sekel, Amine Zorgane, Yazide Youz, etc. Aussi, très peu de rencontres entre magiciens professionnels sont organisées à l’échelle nationale ; l’on peut noter les Journées nationales de prestidigitation et de magie de Batna et celles d’Aïn Defla. Mohamed Salah Sayad a remporté le prix du meilleur spectacle complet à la première édition du Festival de prestidigitation de Sétif en 2021. Selon lui, la prestidigitation est doublement marginalisée en Algérie. 

Les occasions pour se rencontrer et apprendre de nouvelles façons de faire, telles que les festivals, les rencontres ou les séjours de formation, manquent, d’une part, et, d’autre part, les prestidigitateurs sont peu sollicités dans les manifestations organisées par le secteur de la culture. Mohamed Salah Sayad explique : “Les organisateurs préfèrent travailler plus souvent avec les troupes de théâtre pour enfants car leur cachet est nettement inférieur au cachet du magicien ou prestidigitateur.”

Il en donne les raisons : “Le matériel et les animaux (lapins, pigeons…) nous coûtent cher ; je confectionne moi-même quelques objets tels que boîtes, valises, bouquets, mais je passe aussi des commandes sur internet pour acquérir d’autres objets : baguettes, foulards en soie, etc.” Il y a tout de même une communauté de magiciens et de prestidigitateurs qui active et s’entraide. “La communauté des magiciens est solidaire. Nous œuvrons tous ensemble pour faire connaître cet art et aider les plus jeunes”, explique Moha. “Il y a un projet de création d’un syndicat initié par un magicien ; j’espère qu’il verra le jour”, note-t-il.

Prestidigitateur, illusionniste,mentaliste ou magicien ?
Il est nécessaire de relever les nuances qui existent entre ces concepts. L’illusionniste s’appuie sur l’illusion. Ses tours trompent nos sens grâce à une mise en scène basée sur des jeux de lumière et des effets de scène. Disparition, lévitation et transformation relèvent de ses spécialités. Il use de techniques plus mécaniques ou théâtrales (éclairage, etc.). Le prestidigitateur est reconnu pour son habileté. Il réalise des tours principalement axés sur les cartes, les gobelets et autres objets grâce à sa rapidité et sa dextérité. Le prestidigitateur préfère le close-up (ou magie de proximité) et se déplace généralement de table en table pour distraire les invités. Le mentaliste est, quant à lui, maître de l’art concernant l’illusion de l’esprit. En effet, ses tours sont basés sur la psychologie. 

Les mentalistes utilisent des techniques telles que la programmation neurolinguistique ou les neurosciences. Le magicien regroupe différentes compétences : illusionnisme, prestidigitation et mentalisme. Il utilise toutes les techniques grâce à son habileté, à ses connaissances en psychologie et à sa maîtrise de l’art sur scène. Il fait apparaître et disparaître divers objets, défie la gravité, transforme la matière, lit dans les pensées, voit dans l’avenir… Avec ses astuces et son habileté, son adresse et son boniment. Force est de constater que beaucoup de nos jeunes sont attirés par cet art qui ravive nos souvenirs d’enfance et fait voyager notre esprit et nos sens. 

Enfants et adultes aimeraient assister à des spectacles professionnels. Hélas, la passion a ses limites et le manque d’encadrement et d’événements fait de ce métier d’illusion en Algérie une grande ILLUSION. 
 

Fatima Zohra BOULEDROUA

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