
Intervenant, avant-hier, au Conseil de la nation, le ministre des Travaux publics, Kamel Nasri, a imputé l’usure de nombreux tronçons de l’autoroute Est-Ouest à la densité excessive de la circulation.
Réparation des tronçons vétustes, réaménagement des signalisations routières : l’Algérienne des autoroutes (ADA) est appelée à gérer la phase la plus difficile post-mise en service de l’autoroute Est-Ouest. De nouvelles dépenses sont ainsi à prévoir, alors même que le coût global de l’ouvrage ne cesse d’alimenter les polémiques, puisque la justice a décidé de réexaminer le scandale politico-financier dit de “l’autoroute Est-Ouest”.
Faute de rentabilité, l’autoroute Est-Ouest va devoir puiser davantage dans les dépenses de l’État pour les besoins de son entretien. Jeudi, lors d'une plénière au Conseil de la nation, le ministre des Travaux publics, Kamel Nasri, a, tant bien que mal, tenté d’imputer l’usure de nombreux tronçons de l’autoroute à la densité de la circulation et les charges excessives. Dit autrement, la circulation des poids lourds et le non-respect de la charge maximale ont considérablement affecté la viabilité de ces routes. Selon le ministre, les études réalisées sur le sujet indiquent que l'autoroute, qui était initialement conçue pour accueillir 100 000 véhicules, enregistre, actuellement, la circulation de plus de 200 000 véhicules.
Cet état de dégradation avancée de l’autoroute Est-Ouest, notamment dans sa partie Est, devenue un véritable danger pour les usagers, appelle une réparation “urgente” des tronçons vétustes, selon le ministre. Il sera également question de réaménager les signalisations routières, notamment dans la wilaya de Bouira dont le tronçon est réputé très dangereux en raison de sa vétusté et de l’absence d’une signalisation aux normes. L’ouvrage montre une très faible résilience aux aléas climatiques ainsi que la densité du trafic, relançant ainsi de plus belle les controverses quant à la qualité des travaux et à la responsabilité des entreprises de réalisation.
Cela, malgré les coûts importants générés par les travaux et des multiples opérations de réévaluation des coûts qu’a connus le projet tout au long de la longue période de sa réalisation. Il aura été le projet d’équipement le plus coûteux de toute l’histoire, dont les montants sont passés du simple au triple. Prévu initialement pour un montant global de 7 milliards de dollars, le coût de l'autoroute Est-Ouest dépasserait, tout compte fait, les 20 milliards de dollars, selon les évaluations disponibles. Le coût moyen d’un kilomètre de l’autoroute Est-Ouest serait de 9,95 millions de dollars, ouvrages annexes non compris, selon certaines estimations, soit deux fois supérieur à la moyenne européenne, contraintes comprises.
En Espagne, au Portugal, au Danemark et en Suède, le coût au kilomètre varie entre 2 et 3 millions d'euros, selon certaines études publiées par des États européens, alors que le coût de revient en France et en Allemagne se situe dans une fourchette intermédiaire de 4 à 6 millions d'euros pour le kilomètre, contraintes comprises. À l’origine de ces surcoûts figurent des études techniques non pertinentes, des retards nécessitant des réévaluations excessives des coûts et un mode de financement favorisant le gaspillage des deniers publics et la corruption.
En effet, plutôt que d’opter pour des formules de financement mondialement connues, dont le BOT, le recours au financement direct du projet avait ouvert la voie à plusieurs dépassements, à des comportements frauduleux et à des pratiques malsaines. Le ministre des Transports a déterré, jeudi, le dossier de l’autoroute Est-Ouest, aussi lourd que celui de Khalifa et de Sonatrach 1, en attente de son réexamen par la justice. Attendu pour le mois de janvier dernier, le procès de l'affaire de l'autoroute Est-Ouest n'a pas encore eu lieu au pôle criminel de la cour d'appel d'Alger.
Ali Titouche