L’International Guerre en Centrafrique

Un dialogue de réconciliation nationale sans opposition ni rebelles

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R. I. /Agences Publié 21 Mars 2022 à 19:14

Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra lors d'un meeting de son parti, à Bangui le 18 mars 2022 © D. R.
Le président centrafricain Faustin Archange Touadéra lors d'un meeting de son parti, à Bangui le 18 mars 2022 © D. R.

M. Touadéra avait promis à la communauté internationale ce dialogue de réconciliation au lendemain de sa réélection, fin décembre 2020, avec 53,16% des suffrages, alors que moins d'un électeur sur trois avait eu la possibilité d'aller voter en raison de l'insécurité.

Un   dialogue  de  réconciliation  nationale  promis  de  longue  date  par  le président Faustin Archange Touadéra en Centrafrique, en guerre civile depuis 2013, s'est ouvert hier avec peu de chances d'aboutir à des mesures concrètes sans les groupes armés, qui ne sont pas conviés, ni l'opposition, qui boycotte. 

Il y a six jours, M. Touadéra avait annoncé, à la surprise générale, que le “dialogue républicain” avec l'opposition et la société civile, promis il y a 15 mois au lendemain de sa réélection très contestée, aurait lieu lundi, mais sur un programme et des objectifs restés très vagues pour des débats prévus pour une semaine seulement.

Le chef de l'État a ouvert le “dialogue républicain” devant plusieurs centaines de participants de la majorité, de la société civile et de personnalités invitées à la cérémonie d'ouverture dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

“Nous sommes tous mobilisés autour des idéaux de paix (...), il n'y a pas de sujet tabou, nous sommes là pour laver le linge sale en famille”, a-t-il lancé, encadré par deux membres russes de sa garde rapprochée, les visages masqués. 

Dimanche, la quasi-totalité des partis de l'opposition avaient annoncé leur refus de participer à ce dialogue, principalement parce que les rebelles n'y sont pas conviés – ce qu'ils savaient depuis 15 mois – et parce que le programme ne prévoit rien sur la “question de la crise post-électorale”, c'est-à-dire la réélection non légitime à leurs yeux de M. Touadéra, le 27 décembre 2020 par une partie très faible du corps électoral.

L'opposition et les experts de la région ont fustigé par avance un dialogue de réconciliation sans les rivaux politiques ni lesennemis armés du régime de M. Touadéra, estimant qu'il ne peut déboucher sur aucune avancée concrète en dehors de la promesse vague d'une “feuille de route” destinée à mieux intégrer l'opposition et la société civile dans la gouvernance du deuxième pays le moins développé du monde, selon l'ONU.

Ils jugent que le Président ne fait que répondre à une exigence de la communauté internationale en tenant ce dialogue qu'elle finance.

Et notamment de l'ONU, qui a placé depuis des années sous perfusion ce pays, où la moitié de la population survit dans un état d'insécurité alimentaire aigüe et qui y a déployé, depuis 2014, une de ses plus coûteuses missions de Casques bleus.

À l'issue du discours de M. Touadéra, participants et invités ont rapidement quitté l'Assemblée nationale. Les travaux doivent débuter aujourd’hui en commissions.

“J'attends des débats francs sur ce qui concerne le pays, l'économie, la mauvaise gouvernance, la sécurité... Certains chefs des services supposés maintenir la sécurité commettent constamment des exactions sur la population, les groupes armés aussi, et cela ne peut plus durer”, a confié à l'AFP l'avocat Bruno Gbiegba, participant issu de la société civile. 

M. Touadéra avait donc promis à la communauté internationale ce dialogue de réconciliation au lendemain de sa réélection, fin décembre 2020, avec 53,16% des suffrages, mais alors que moins d'un électeur sur trois avait eu la possibilité d'aller voter en raison de l'insécurité.

Depuis, comme après son élection en 2016, quand la guerre civile entamée en 2013 avait commencé à se faire moins meurtrière, le chef de l'État et son Mouvement cœurs unis (MCU) règnent sans partage au gouvernement comme au Parlement, grâce à l'appoint de petits partis satellites. 

Lors de la présidentielle, Bangui était menacée par une offensive de plusieurs des groupes armés occupant alors deux tiers du territoire.

M. Touadéra avait appelé Moscou à l'aide et des centaines de paramilitaires russes étaient venus s'ajouter à ceux présents depuis 2018, à la rescousse d'une armée démunie.

Ces “instructeurs non armés” selon Moscou, “mercenaires” de la société privée de sécurité russe Wagner selon l'ONU, ont, depuis, facilement repoussé les groupes armés de la majorité des villes et territoires qu'ils occupaient.

Non sans être accusés par l'ONU et la France de commettre – tout comme les groupes armés et rebelles – des “crimes de guerre” et d'avoir fait main basse sur les ressources du pays. 
 

R. I./Agences

 

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