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Sous les chars de la Semaine Sainte, des femmes toujours contestées

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AFP Publié 13 Avril 2022 à 12:00

© D. R.
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Arcboutées, avançant à un rythme lancinant, elles portent sur leurs cervicales un char du Christ et de la vierge d'une tonne et demie. En Espagne, pendant la Semaine Sainte, les femmes “costaleras” accomplissent le même exploit physique que les hommes, mais restent controversées.

Du char qui arpente plus de dix heures durant les rues de Grenade (sud), n'émergent que des chaussures blanches. Dessous, derrière des rideaux, cinquante femmes, serrées sur dix rangs, dont les vertèbres soutiennent les lourdes poutres de l'armature.

Après deux ans d'arrêt à cause de la pandémie, les processions recréant la Passion et la Résurrection du Christ ont repris cette semaine en Espagne, marquant le retour des nazaréens aux cagoules coniques et des “costaleros”, appelés ainsi car ils enroulent sur leur tête un tissu de jute, le “costal”, équipé d'un petit coussinet pour amortir le poids des chars.

Une fonction réservée aux hommes il y a encore une trentaine d'années, quand les femmes ne participaient aux processions que pour les accompagner avec une bougie et une mantille noire sur la tête.

À Grenade, la confrérie “du Travail et de la Lumière” a été l'une des premières à compter une équipe féminine dans les années 1980. Mais au début, “cela n'était pas accepté, on parlait mal des femmes”, se souvient Pilar del Carpio, caissière de 45 ans et “costalera” depuis ses 13 ans, qui est fière d'avoir été “pionnière”. Aujourd'hui encore, sur la trentaine de confréries de la ville, seul trois ou quatre comptent des “costaleras”.

“Il y a peut-être des gens qui pensent que ce n'est pas normal, mais vu que notre corps est capable de le faire, qu'on le fait avec conviction, je ne vois pas pourquoi il y aurait une différence”, martèle María Auxiliadora Canca, 40 ans, contremaîtresse d'une confrérie de Ronda, autre ville andalouse, et monitrice d'auto-école.

Pas convenable, trop physique... Les raisons avancées ne sont pas toujours claires, mais Séville, “capitale” de la Semaine Sainte, ne compte aucune “costalera”, bien que l'Église ait pris en 2011 un décret formulant l'égalité au sein des confréries. “Un scandale”, selon Maribel Tortosa, 23 ans, gestionnaire du compte Instagram “Costaleras por Sevilla”. “Ils disent qu'une femme avec un costal, c'est laid. Mais en-dessous d'un char, on ne voit rien!”, dénonce-t-elle.

À Grenade, en revanche, les habitants ne s'étonnent plus de voir ces femmes, harnachées de ceintures de maintien, s'entraîner dans les rues à soulever un char lesté de parpaings des semaines avant que la Semaine Sainte ne commence.  Trois coups sur le heurtoir, les “costaleras” fléchissent leurs jambes et calent les poutres du char sur leurs cervicales avant de sauter à l'unisson pour le soulever.

“En avant”, “on égalise”, “on s'attend, les filles” : le convoi s'élance au son de la musique et de la meneuse. Regard fixe et intense pour certaines, yeux fermés pour d'autres, la souffrance se fait en silence et en cadence. La charge “pèse plus à chaque heure”, malgré la relève toutes les 30 minutes pendant la procession, qui a commencé à 16h lundi et s'est achevée vers 1h du matin, explique Rafael Pérez, contremaître de la troupe de 111 femmes.

Travailler avec des femmes “ne change absolument rien. Tout juste faut-il les traiter avec plus de tendresse”, dit-il.

Au sein de la troupe, Rocío Melguizo, 21 ans, règle son pas sur celui de sa mère, Montse Ríos, juste devant elle. À 47 ans, Montse se sent “encore assez forte pour aller dessous”, elle qui est “costalera” depuis ses 19 ans, quand les esprits étaient moins ouverts. Elle est aujourd'hui aux anges de partager cela avec son aînée et d'avoir son autre fille “pipera”, c'est à dire chargée de donner de l'eau aux processionnaires.

C'était une première pour la jeune Sandra Maldonado, 19 ans, qui attendait depuis “si longtemps d'être en-dessous”. “C'est une sensation unique”, confie-t-elle, tout en avouant, malicieuse, y avoir déjà été petite, mais “sans porter le poids pour ne pas se faire mal”. Elle reconnaît qu'on ne regarde pas “du tout” de la même manière “les hommes costaleros et les femmes costaleras”, mais à l'heure de porter le char, “il ne faut pas que du courage, mais du coeur. Et ça, on n'en manque pas”.

AFP

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