Reportage Site touristique en attente de valorisation

Taburth n’Lainceur, La porte du bonheur

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Ghilès O. Publié 14 Février 2022 à 10:19

© D.R
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Aussi bien en été qu’en hiver, ce site émerveille par la beauté de ses falaises abruptes, son calme et ses eaux limpides qui attirent des milliers de visiteurs en quête de quiétude, de détente et surtout de randonnées pédestres.         

Il fait partie de ces sites naturels à vous couper le souffle. Mais c’est aussi l’un des plus délaissés. Taburth n’Lainceur est un atout touristique qui aurait pu servir de levier pour le lancement du tourisme de montagne et le développement de la déshéritée commune d’Assi Youcef dont il relève. Seulement, les aménagements qui y étaient prévus n’ont toujours pas vu le jour. Aussi bien en été qu’en hiver, ce site émerveille par la beauté de ses falaises abruptes, son calme et ses eaux limpides qui attirent des milliers de visiteurs en quête de quiétude, de détente et surtout de randonnées pédestres. C’est le cas en cette matinée de vendredi où de nombreux véhicules sont déjà stationnés sur le vaste espace en jachère qui fait face à la célèbre fontaine qui donne son nom au site. Les plaques d’immatriculation de ces véhicules renseignent déjà que les visiteurs sont venus des quatre coins du pays. Des enfants descendant d’un bus immatriculé à M’sila poussent des cris de joie à la vue des singes qui sautent d’un sommet à l'autre. Profitant de la clémence de la météo, nombreux sont les visiteurs qui n’hésitent pas à enfiler leurs godasses et à porter leurs sacs à dos pour tenter l’aventure des cimes enneigées qui offrent des vues imprenables et paradisiaques sur toute la région.     

Pour arriver à ce site que la nature a façonné telle une porte qui s’ouvre sur un couloir qui traverse les falaises pour donner accès au Parc national du Djurdjura, deux choix s’offrent au visiteur : soit prendre la route menant d’Ath Mendès vers Assi Youcef, sur une distance de 5 kilomètres, soit encore passer par Mechtras et emprunter une route sinueuse traversant de nombreux hameaux nichés au pied du majestueux Djurdjura. Essaïd, notre guide d’une journée, opte plutôt pour Ath Mendès, sur les hauteurs de Boghni. “Le chemin est mieux entretenu et il permet d’admirer les villages”, argumente-t-il. Une fois à Taburth Bouada (la porte d’en bas), la température, qui affichait 22° à Boghni, descend déjà à 2° seulement. Sur place, un jeune volontaire qui surveille la fontaine nous explique que le site est composé de trois parties : Taburth Ouffela (la porte d’en haut), Taburth Thelemasth (la porte du centre) et enfin Taburth Bwada (la porte d’en bas). La porte d’en bas, explique-t-il, est une aire spacieuse où sont concentrées les quelques échoppes de fortune offrant des services aux visiteurs : une gargote, une cafétéria, un restaurant et des espaces de jeux. La porte du milieu est un autre espace où se trouvent le réservoir d’eau et des robinets et, enfin, la porte d’en haut, qui donne accès à la montagne et où des cascades se jettent dans un oued qui coule à flots, offre un spectacle merveilleux. 
         
Entre légende et réalité
Certains racontent qu’il y a très longtemps, un fort séisme a ébranlé la région et suite à une forte explosion, la montagne s’est ouverte et les deux falaises s’étaient alors formées, symétriques. “Ce qu’on voit sur la falaise de droite est identique à ce qu’on voit sur celle de gauche. On dit même que des blocs de pierre avaient été projetés jusqu’à la vallée de Mechtras”, raconte notre accompagnateur, affirmant que cette version est la plus répandue dans la région. Réalité ou légende ? Selon de rares écrits, cette explosion se serait produite entre 1667 et 1687. 

Avant qu’Essaïd achève son récit, un déluge de galets dévale de la falaise gauche : c’est une colonie de singes certainement dérangés par les cris des enfants qui leur font des grimaces. “Lorsque ces singes magots  ne trouvent rien à se mettre sous la dent, ils descendent pour chercher de la nourriture. Ils envahissent même les villages à proximité du Parc national du Djurdjura”, explique notre interlocuteur. “Ils sont menaçants. Et puis, quand ils sont en groupe, ils peuvent attaquer. C’est pourquoi la prudence et la vigilance sont toujours recommandées”, ajoute Mokrane.  

Cependant, face à la fontaine, le défilé de véhicules est incessant. “Même en hiver, on vient puiser de l’eau à Taburth n’Lainceur. Les vendredis et les samedis, il est difficile de trouver une place pour se garer”, explique Aâmi Ali, un septuagénaire venu de Tizi Gheniff pour remplir ses jerricans. “Ce site est prisé à longueur d’année”, dit-il. En été, ajoute-t-il, des jeunes viennent exposer des objets d’artisanat : poteries, gadgets, plantes aromatiques, robes kabyles... “En hiver, l’activité baisse. Les randonneurs y garent leurs véhicules et leurs bus avant de s’engouffrer dans la porte d’en haut et d’escalader les gigantesques falaises pour ensuite prendre un chemin escarpé et dangereux à la découverte de tous les recoins de ce versant au relief abrupt de la chaîne montagneuse du Djurdjura”, confie-t-il. 

Mais force est de constater que si Dame Nature a doté la région d’un site aussi féerique et attractif, la main de l’homme n’a pas apporté la touche nécessaire qui permet de joindre l’utile à l’agréable, comme cela se fait sous d’autres cieux. Même le petit commerce qui était jadis florissant sur les lieux a fini par disparaître sous le poids de la crise sanitaire. “Notre activité a diminué de plus de 80%. à cause de la crise sanitaire, c’est la faillite. L’été dernier, le site a été fermé à cause de cette maudite maladie. À peine avons-nous repris notre activité, qu’un autre variant a fait son intrusion. Nos clients fuient les fast-foods et les cafétérias. Ils s’arrêtent ici puis ils vont directement au cœur du Djurdjura”, se plaint le tenancier d’une échoppe de fortune rencontré sur place.

Pour positiver, Hamid, un commerçant installé à Taburth Bwada depuis des années, estime qu’il s’agit là plutôt d’une aubaine pour les autorités de prendre en charge comme il se doit ce lieu paradisiaque avec de véritables aménagements touristiques, en adéquation avec les exigences du site et de l’écologie. Un avis partagé par beaucoup, dans cette région qui aspire à un développement durable. “Notre commune est pauvre. C’est l’occasion pour les élus de promouvoir un tel site. Il faut préserver Taburth n’Lainceur. Il n’y a qu’un seul bénévole qui assure la sécurité des visiteurs à mains nues. Parfois, en tentant de raisonner les indélicats, il est menacé. Je crois qu’un poste de gendarmerie est plus qu’une urgence. Combien de personnes ont failli y être agressées. Ensuite, ce ne sont pas ces petites baraques de fortune qui vont faire de Taburth n’Lainceur, une destination attractive pour des visiteurs locaux et pourquoi pas étrangers. Beaucoup reste à faire.

Ce site mérite une meilleure prise en charge”, plaide un riverain. Selon des habitants, une délégation de l’APW et des représentants de l’APC d’Assi Youcef se sont rendus sur les lieux en 2019 et ont promis une cagnotte de deux milliards de centimes pour la mise en valeur et l’aménagement de ce site. “Pour le moment, il n'en est rien”, déplorent-ils, eux qui souhaitent que les responsables concernés retiennent cette initiative salvatrice pour l’économie locale. Selon leurs explications, il est attendu non seulement la réalisation de chalets en bois, mais aussi l’aménagement de l’aire de stationnement et le bitumage de l’accès jusqu’au réservoir d’eau, ainsi que d’autres infrastructures. 

En attendant, ce sont des habitants qui veillent sur les lieux. Discrètement et d’un pas mesuré, un jeune homme accueille les personnes venues remplir leurs jerricans. Il rassure les visiteurs, les conseille et les aide même à transporter leurs bidons pour éviter l’encombrement. C’est Mokrane Saïdi, un jeune homme costaud, jovial et sérieux. Il nous dévoile son histoire. “Je fais ce métier bénévolement. Personne ne me paie. C’est de cette façon que je peux contribuer à la sauvegarde de cet endroit merveilleux. Celui-ci a été abandonné et livré aux laissés-pour-compte. C’est grâce à l’aârch Nath Voughardane que tout le monde est en sécurité aujourd’hui. Les villageois ont chassé tous les délinquants”, explique ce gardien du temple.

Il enchaîne qu’il n’est, à vrai dire, qu’un maillon de cette chaîne de volontaires engagés pour préserver cet endroit. Mokrane poursuit : “Cela fait maintenant cinq ans que je suis ici. Grâce à mon dévouement et à ma finesse, j’arrive souvent à trouver des solutions à de petits problèmes qui surviennent aux alentours de cet endroit sans faire appel à aucun corps de sécurité. Bon, je résiste, mais jusqu’à quand ?” Ce jeune homme souhaite que l’APC ou les responsables du Parc national du Djurdjura lui créent un poste d’emploi fixe, non seulement pour gagner dignement sa vie, mais aussi pour garantir sa sécurité et celle des autres car il ne vit que grâce aux quelques pièces que lui donnent les visiteurs. Notre hôte, comme à l’accoutumée, ne lâche personne sans lui donner un aperçu sur ce site. Il explique que “ce réservoir se  remplit depuis Taburth Oufella (la porte d’en haut). C’est une conduite réalisée au début des années 80 par les autorités locales. Pour son eau au goût exceptionnel, des centaines de personnes viennent des quatre coins de la wilaya et même des wilayas limitrophes pour remplir leurs jerricans, leurs bidons et leurs bouteilles. C’est une eau pure”. Cet “agent de sécurité” poursuit son récit en jetant des regards à gauche et à droite car, en même temps, il organise le stationnement. “Vous êtes en pleine sécurité.

Ne craignez rien et vous pouvez même monter vers Taburth Ouffela mais faites attention aux glissades car, ces derniers jours, il y a du verglas”, conseille-t-il à un couple hésitant, avant de quitter Taburth Thalemasth en direction de la montagne pour découvrir des grottes encore enneigées. “Des dizaines de randonneurs viennent découvrir les beaux paysages. Je les attends ici jusque très tard. Pour moi, l’essentiel est qu’ils soient satisfaits et qu’ils reviennent”, conclut le sympathique Mokrane, qui estime que ce site qui se trouve au cœur du Parc national du Djurdjura, à 830 mètres d’altitude, pourrait devenir un site touristique si et seulement si une attention particulière lui était accordée. Mokrane rêve de voir se développer des circuits conduisant au cœur de la montagne et des infrastructures dignes de ce nom pour accueillir ces flots de randonneurs qui viennent visiter les lieux et grimper jusqu’au lac Agoulmine, le plus haut lac naturel d’Afrique, qui culmine à plus de 1 700 mètres. 

 

Reportage réalisé par : O. Ghilès 

 

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