L’Algérie profonde VALLÉE DE LA SOUMMAM (BÉJAÏA)

Regain d’intérêt pour les plantes sauvages

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SYPHAX M. Publié 20 Mars 2022 à 15:30

La plus grande vigilance est recommandée, pour éviter de tomber sur des espèces vénéneuses. © D. R.
La plus grande vigilance est recommandée, pour éviter de tomber sur des espèces vénéneuses. © D. R.

Dans les piémonts et les massifs montagneux  de  la  région  d’Ath Aïdel, sur la rive droite de la Soummam, les champignons sont les plus prisés par la population. Et la cueillette des plantes sauvages est parfois une affaire de famille.

Les plantes sauvages sont de plus en plus convoitées dans la vallée de la Soummam, à Béjaïa. Le retour accru et opportun à ces végétaux comestibles coïncide généralement avec le renouveau du monde végétal qui signe l’avènement de la belle saison. Par nécessité économique ou par simple dilettantisme, grands et petits s’y adonnent à cœur joie.

La cueillette des plantes sauvages est beaucoup plus perceptible durant les week-ends et les jours fériés, qui voient les prairies et les étendues champêtres investies par des escouades d’ados et de moins jeunes. Très apprécié par les amateurs pour sa saveur singulière, le fruit du palmier nain se consume cru.

“Depuis la petite enfance, on en consommait toujours dans la famille, surtout pendant qu’on faisait paître les moutons. Le fruit se présente sous une double déclinaison de couleurs, jaune et rouge. Ceux de couleur jaune sont réputés pour être plus savoureux que les rouges, qui laissent un arrière-goût dans la bouche”, explique Hocine, un habitant d’Ighzer Amokrane, accro de plantes comestibles.

“La cueillette demande un peu d’effort physique et du tact, pour éluder les piqûres par les épines dont les tiges sont hérissées”, souligne-t-il.

Une autre plante sauvage, l’asperge en l’occurrence, a aussi ses adeptes. Ce buisson aux tiges épineuses colonise les maquis, les abords des forêts et les sous-bois.

Il faut d’abord écarter les vieilles tiges pour délester la plante de ses jeunes pousses comestibles. “Chez nous, les asperges sont consommées en friture, mélangées aux œufs ou aux épinards”, dispose un jeune de Chellata, qui avoue avoir fait de cette cueillette saisonnière une source de revenus.

“Il y a pas mal de jeunes désœuvrés comme moi qui vendent leur moisson à des marchands de fruits et légumes ou la commercialisent eux-mêmes aux abords des routes ou encore au marché hebdomadaire de la ville d’Akbou”, nous apprend-il.

Dans les piémonts et les massifs montagneux de la région d’Ath Aïdel, sur la rive droite de la Soummam, les champignons sont les plus prisés par la population. 

Les espèces comestibles, comme le bolet et l’agaric champêtre, poussent à profusion sous la pinède et les fourrés de lentisque. Les champignons y trouvent l’humus et la moiteur indispensables à leur épanouissement.

“Une séance de cueillette de champignons est d’abord une partie de plaisir et de convivialité, avant son intérêt culinaire. Une façon de joindre l’utile à l’agréable”, déclare un quadragénaire du village Tizi Lemnaâ (commune d’Amalou).

Chasse aux… champignons
Pour lui, rien de tel qu’une randonnée pédestre, ponctuée par un succulent repas, agrémenté de champignons frais. “Chacun a sa recette et sa manière de les apprêter.

Dans nos contrés, on préfère la cuisson à la vapeur, qui préserve la qualité nutritionnelle et gustative de ces végétaux riches en protéines et en sels minéraux”, nous dit doctement un autre citoyen du village.

Pour autant, et on ne le dira sans doute jamais assez, la plus grande vigilance est recommandée, pour éviter de tomber sur des espèces vénéneuses comme l’amanite. Cela, d’autant plus que leur identification n’est pas toujours évidente pour les amateurs néophytes.

Dans les plaines jouxtant l’oued Soummam et le lit majeur de ce cours d’eau, l’heure est à la cueillette du chardon, une plante vivace qui se plaît sur les substrats sablonneux lui permettant d’étaler facilement son système racinaire.

“Nous avons coutume de l’intégrer dans la sauce aux févettes. Le couscous au chardon est réputé pour son goût exquis, si particulier”, dispose un vieillard du village Akhenak, dans la commune de Seddouk.

“Le chardon est disponible pratiquement toute l’année. Il peut remplacer avantageusement les fèves et surtout les haricots verts, dont les tarifs sur le marché sont devenus prohibitifs”, ajoute-t-il.

Dans certaines localités, la cueillette du chardon est souvent une affaire de famille. Parents et enfants en font la récolte ensemble pour améliorer leur ordinaire.

D’autres préfèrent arracher la plante entière pour ensuite la repiquer dans leur enclos potager, à dessein d’en disposer à portée de main. La vedette du printemps, l’incontournable, est incontestablement le thapsia. Une plante résiliente et pérenne, dont l’usage remonte à l’Antiquité.

On lui prêtait notamment des vertus miraculeuses contre le venin de serpent. De nos jours, le thapsia est intégré dans le rituel de célébration de la fête du Printemps. 

Dans toute la vallée de la Soummam, le couscous au thapsia qui accompagne ces rituels ancestraux est toujours au rendez-vous. Plus d’actualité que jamais.

“Depuis toujours, on utilise les vapeurs de cuisson du thapsia dans la préparation du couscous. Les vertus purificatrices et antiseptiques sont bénéfiques pour la santé. C’est sans doute ce qui explique en partie la survivance de cette pratique culturelle à travers les temps”, dira un sexagénaire de la région d’Ouzellaguen.
 

SYPHAX M.

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